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Jesé, son interview complète dans AS

Publié le jeudi 27 décembre 2018 à 19:34 par Jean Chemarin
Jesé Rodriguez a accordé un long entretien au quotidien madrilène AS il y a quelques jours. L'ancien grand espoir du Real se confie longuement sur sa situation particulière à Paris, son échec depuis qu'il s'est gravement blessé au genou il y a quelques années ou encore sa vie personnelle agitée avec une ex-star de télé-réalité.

Comment ça va ?

Pour être honnête, jouer au foot me manque beaucoup. J'espère rejouer le plus rapidement possible. Je compte les jours d'ici le mercato d'hiver. Je me sens en forme et je me prépare énornément.

Vous souvenez-vous de votre dernier match ?

Je crois que ç'était il y a un an... (en réalité, son dernier match officiel remonte à mars 2018, avec Stoke City, il avait remplacé un certain Choupo-Moting). Je ne sais plus, c'était en avril je crois. Mais je n'ai pas joué tout le match, je suis entré en cours de jeu. Je ne me souviens pas exactement de la date, mais ça fait presque un an. C'est long. C'est dur d'être footballeur et de ne pas jouer. Très dur même. Je l'ai mal vécu, mais j'essaye d'en tirer du positif. Cela m'a servi de préparation psychologique et m'a permis de réaliser ce qui était vraiment nécessaire dans ma vie et dans ma carrière de joueur. Je me suis entouré de gens que j'aime vraiment. J'ai aussi changé des habitudes dans ma vie.

Qu'avez-vous changé ?

«Je crois que j'avais des amitiés qui n'étaient pas bonnes et j'y ai mis fin.»

J'ai changé d'amitiés. Je crois que j'avais des amitiés qui n'étaient pas bonnes et j'y ai mis fin. Je me suis rapproché de ma famille. Quand tu joues et que tu voyages tout le temps, tu as peu de temps pour voir tes fils. Cette année, j'ai pu passer beaucoup de temps avec les miens. J'ai aussi pu retravailler l'aspect physique avec la personne avec qui je travaillais avant la grave blessure dont j'ai souffert à Madrid et qui m'avait ensuite aidé pour ma récupération. En plus de m'entraîner avec l'équipe, tous les jours je fais un entraînement personnel avec lui et encore un autre à la maison. J'ai perdu sept kilos. 

Sept kilos ?

«Aujourd'hui j'ai le même poids qu'avant ma blessure au genou.»

Oui, aujourd'hui j'ai le même poids qu'avant ma blessure au genou (contractée en mars 2014, ndlr). Un poids que je n'avais jamais retrouvé ensuite. C'est mon poids idéal. J'arrive au mercato d'hiver avec le poids que j'avais avant ma blessure. 

Pourquoi n'aviez-vous jamais retrouvé ce poids avant ?

Je crois que pour me protéger le genou, j'y suis allé trop fort sur le travail de mes jambes et la musculation en général. J'ai fait cette erreur, je pensais que je me protégerais mieux des coups et des chutes. Mais ce dont j'ai besoin en fait, c'est d'être mince en haut et avoir des fibres musculaires en bas. Je suis comme ça désormais.

Vous faites plus attention à votre alimentation ?

Avant je faisais très attention, mais maintenant j'ai encore progressé. Je comprends mieux comment ça marche. Je suis quasiment devenu fou à cause de ce que je devais manger ou non en fonction des entraînements que je faisais. Je me suis beaucoup investi sur cette question. Je petit-déjeune tous les jours à 9h, je vais ensuite m'entraîner, puis je mange, je goûte, j'accorde beaucoup d'attention au repos, aux machines de récupération...

Vous aviez mis de côté votre famille pour les amitiés négatives dont vous parliez avant ?

Quand tu es jeune, célèbre et que tu as de l'argent, tu penses à des choses qui ne sont pas si importantes dans la vraie vie. Je l'ai appris avec le temps et des mauvaises expériences. Je distingue désormais beaucoup mieux la réalité et ce que c'est d'avoir les pieds sur terre. Je ne dis pas qu'avant je ne le savais pas, mais aujourd'hui je suis beaucoup plus mature.

Certains étaient amis avec vous juste parce que vous étiez un jeune joueur du Real ? 

Oui voilà. Tu crois avoir de vrais amis, prêts à tout pour toi, puis vient l'heure de vérité où ils ne te corrigent pas quand tu fais des bêtises. Au final, les seuls qui ne vont pas te lâcher sont les personnes de ta famille. Je me suis réuni avec eux et je leur ai dit que je voulais changer des choses. J'ai eu un déclic. 

Vous avez eu besoin d'un psychologue, comme Morata par exemple ?

Moi, jamais. Mais je veux bien le croire pour Alvaro. Ce n'est pas facile de vivre ce que l'on a vécu et nous avons aussi commis des erreurs : nous sommes jeunes, célèbres, riches...

Avoir autant d'argent à seulement 20 ans désoriente un joueur ?

Moi je dépensais beaucoup avant, maintenante je le gère différemment. J'ai aussi appris ça. Quand tu es jeune, tu es dans une bulle et tu penses tout faire correctement, mais en réalité, tu prends des mauvaises décisions constamment. J'ai commis des erreurs et je me suis trompé, je n'ai aucun problème à le reconnaître.

Vous avez des regrets ?

«Je me dis que si j'avais travaillé comme je le fais depuis trois mois...»

Je regrette de ne pas avoir profité des moments que j'ai eus à Madrid après ma blessure. Je me dis que si j'avais travaillé comme je le fais depuis trois mois... Après je suis venu à Paris, j'ai eu l'appendicite, j'ai été arrêté deux mois et je n'ai jamais joué avec régularité. Si j'avais été plus strict avec moi-même après ma blessure de Madrid, les choses se seraient passées autrement.

Vous pensez par exemple que vous consacrer à la musique a pu porter préjudice à votre image ?

Chaque footballeur a sa manière de se divertir, pour moi c'est un hobby. Je me suis consacré à la musique en même temps qu'au football car je me sentais très seul. J'avais beaucoup de gens autour de moi, mais je me sentais très seul. C'était un refuge. C'est pour ça que j'écrivais. Arriver dans le vestiaire du Real en étant jeune et avec du charisme est compliqué. Ça l'est, mais tu es heureux et tu hallucines avec ce qu'il y a autour de toi. Tu as envie de croquer le monde. Les problèmes arrivent quand tu te crois arrivé. C'est ce qui s'est passé avec moi, je me suis cru arrivé. A ce niveau, tu ne peux pas, jamais. J'étais arrivé au Real, à 16 ans je marquais mon premier but avec l'équipe première, ils m'ont mis un contrat sous le nez, j'avais tout bien fait avant ma blessure. Quand je suis revenu de blessure, je me suis satisfait de ça. Mais tu dois toujours te battre pour vouloir plus. 

Les coéquipiers que vous avez eu, par exemple ceux du Real, ont pris de vos nouvelles ?

Non. C'est là que tu réalises beaucoup de choses. Mais ce n'est pas une critique, sincèrement, chacun fait ce qu'il veut. Je pensais que j'avais des amis dans le vestiaire du Real Madrid et ils ont arrêté de l'être à partir du moment où ils ne se sont plus souciés de moi ou n'ont plus répondu à mes messages. J'ai gardé deux amis, avec qui je jouais quand j'étais plus jeune et qui ont toujours été là pour moi. L'un joue en première division, l'autre à un niveau plus bas. 

Avons-nous placé trop d'espoir sur vous ?

Les journalistes, et les gens en général, donnent toujours leur avis par rapport à ce qu'ils voient de l'extérieur. Vous avez créé cette attente parce que vous avez vu quelque chose en moi. Vous n'avez rien inventé. J'espère simplement avoir encore le temps de répondre à ces attentes... Je suis plus motivé que jamais en tout cas.

Vous regardez des matches ?

Oui, j'adore ça. Je ne regarde pas seulement des matches du Real et du Barça, mais aussi de la seconde division. Parfois, je regarde même des anciens matches de moi quand j'étais au Real ou à Las Palmas. Ça m'aide à me souvenir et à corriger des choses.

Avez-vous la sensation d'être devant la deuxième chance de votre carrière ?

Oui clairement, et les gens qui m'entourent pensent aussi ça. Ils savent que j'en suis capable. Mes frères Misael et Israel, ainsi que ma famille, insistent beaucoup sur ça avec moi.

La maladie de votre fils, dans quelle mesure cela vous a affecté la saison passée ?

Je l'ai très mal vécu et je le vis toujours très mal. Je ne souhaite ça à personne d'avoir un fils avec une maladie incurable comme le mien. Mais ça me motive aussi. Quand je suis fatigué à l'entraînement, je me dis : "Je ne peux pas avoir mal ni me sentir fatigué, je dois le faire pour mon fils". Pour lui et pour les deux autres que j'ai.

David Silva a vécu la même chose.

Oui, il m'a écrit d'ailleurs et m'a posé des questions. Je lui ai donné mon avis. Il l'a très mal vécu lui aussi, même si on dirait que ça va mieux maintenant. Je lui ai dit que cela nous avait touchés et qu'il fallait l'accepter. Là, le football reste au second plan, nous sommes avant tout des hommes. 

Que vous disent vos coéquipiers et Thomas Tuchel ?

«Tuchel a dit lors d'une causerie devant tout le monde que j'étais un exemple.»

Presque tous me disent qu'ils ne pourraient pas supporter ma situation. Je m'entends très bien avec Cavani et il me dit que parfois c'est moi qui les motive quand ils me voient m'entraîner. Depuis que le mercato d'été a pris fin, je savais que je n'allais pas jouer et j'ai dû assumer ce rôle. Il y a un mois, Tuchel a dit lors d'une causerie devant tout le monde que j'étais un exemple pour l'équipe au vu de ma situation et de la manière dont je la gérais. Il m'a remercié.  

Vous vous moquez de votre future destination ou vous avez certaines exigences par rapport à votre statut ?

Mon statut fait partie du passé. Ce que je veux, c'est jouer. Profiter des six derniers mois de la saison qu'il reste. Bosser et bosser. Je veux de nouveau sentir cette odeur quand tu rentres sur le terrain. C'est surtout mon père qui a mal vécu tout ce temps sans me voir jouer. On l'a tous mal vécu.»

NB : Propos recueillis par AS. Nous publions cette version intégrale de façon exceptionnelle car non-disponible en français.

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