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QTA et le PSG, un contrat au cœur du fair-play financier

Publié le dimanche 4 novembre 2018 à 19:56 par Philippe Goguet
Les Football Leaks ont relancé les questions autour du fameux contrat d'image liant le PSG à Qatar Tourism Authority (QTA). Hors-normes, tant par son montant que par sa nature, il est aujourd'hui au cœur de nombreuses questions et n'a jamais semblé aussi près de s'arrêter, avec les grosses conséquences que cela pourrait avoir.

Alors qu'il était encore président de l'UEFA, Michel Platini répétait régulièrement que les clubs devaient être inventifs face au Fair-Play Financier et aux limites que le dispositif de contrôle impose au club. Du côté du PSG, c'est le contrat avec Qatar Tourism Authority qui est, depuis l'arrivée du Qatar comme actionnaire du club en 2011, l'une si ce n'est la principale réponse du club parisien. Loin d'être un contrat de sponsoring, il s'agit d'un contrat dit de « nation branding », ou de « promotion d’une nation » en français. Traduction, le Qatar via son office du tourisme QTA, paye pour voir son image être associée à celle du PSG. Pour autant, le nom de n'apparaît pas vraiment : pas de présence sur le maillot, à peine au Parc, il s'agit simplement de faire la « promotion de l’image du Qatar ».

Dans les Football Leaks, ce fameux contrat est pratiquement le fil rouge de l'enquête. Dès juin 2012 et alors que le PSG de QSI va jouer pour la première fois la C1, il apparaît et le document original publié par Médiapart donne les premiers chiffres : « 1,075 milliard d’euros sur cinq saisons au PSG, soit 215 millions annuels en moyenne : 100 millions la première saison, jusqu’à 250 millions ensuite.» A l'époque, la somme est déjà hors-normes sachant que les revenus sponsoring du PSG s'élevaient à l'époque à 24M€ et l'objectif est clairement précisé : « recruter des joueurs […] au plus haut niveau européen ». 

Un contrat qui pose problème dès 2013

Alors qu'il ne demande que très peu au PSG, à savoir mentionner le Qatar dans sa communication et y aller pour faire de la promotion une fois par an, le contrat signé en août 2012 commence par verser 100M€ pour la saison d'avant, ce que Jean-Claude Blanc a justifié auprès de Medipart par le fait que le PSG a « commencé à servir le Qatar » dans la saison précédente. Mais le PSG sait aussi que ce contrat va avoir du mal à passer auprès de l'UEFA et des autres gros clubs et mandate dès 2013 Havas afin de trouver une justification à la valeur du contrat. En ressort alors la fameuse notion de « nation branding » en opposition au sponsoring classique.

Les premiers soubresauts autour du contrat QTA arrivent vite et l'UEFA, via la nouvellement créée Instance de contrôle financier des clubs (ICFC) mandate l'agence de communication Repucom pour mesurer l'impact publicitaire obtenu par QTA via ce biais. Selon l'agence, le contrat vaut 123 000€ par an. Octagon est aussi sollicitée et tombe de son côté sur un chiffre de 2,78M€ par an. Le PSG se défend avec un argument simple : son contrat est unique dans le football et ne peut être comparé à aucun autre. Selon Jean-Claude Blanc auprès de Mediapart, « pour la visibilité qui a été donnée, ce n’est pas très cher ».

Reste que l'UEFA n'a pas vraiment la même vision et décote très largement ce contrat dès 2014, une décote qui fait sortir le PSG des clous et aboutit aux premières sanctions envers le club. Après quelques négociations entre pontes de l'UEFA et du club parisien, le secrétaire général de l'époque Gianni Infantino valorise finalement le contrat à hauteur de 100M€ par an. Cette décote sera compensée par l'arrivée d'autres sponsors qataris, bien visibles et plus traditionnels (Ooredoo, Aspire, etc). Selon Mediapart, Infantino a craqué face au PSG. Selon Blanc, « c’est faux, il n’y a pas eu d’accord sur 100 millions, il y a eu une décision de la chambre d'instruction ». Autre élément apporté par Mediapart, le montant versé par QTA change selon les années après le renouvellement en 2015 : d'abord 155M€ puis 145M€ soit la somme nécessaire au PSG pour valider ses comptes devant la DNCG. Devant l'UEFA, c'est en revanche toujours 100M€.

Quand Neymar et Mbappé arrivent, QTA redevient un problème

Oublié pendant un certain temps, le contrat avec QTA redevient vital au moment de la signature de Neymar et Mbappé, l'UEFA revenant sur les cotes du PSG sous la pression des grands d'Europe. Arrive alors l'épisode bien connu de la saison passée, à savoir l'affrontement entre la valorisation d'Octagon commandée par l'UEFA et celle de Nielsen côté PSG. Le premier rapport évoque une valeur réelle à 5,5M€, Nielsen à 123M€ en 2016/2017 puis 217M€ en 2017/2018 suite à l'arrivée de des deux stars. Mais Nielsen revoit ensuite ses chiffres, valorisant les quatre sponsors qataris du club, à savoir QTA mais aussi QNB, Ooredoo et beIN, à 104M€ contre 183M€ dans les comptes.

Arrive ensuite une nouvelle grande séquence de négociations entre les deux parties, avec le contrat QTA au coeur des tensions, et la fin suivante au printemps dernier : l'UEFA oblige le PSG à vendre pour 60M€ de joueurs avant le 30 juin 2018 pour présenter des comptes à l'équilibre et, point clé pour le futur, elle oblige le club parisien à ne pas renouveler ce précieux contrat de sponsoring à son issue en juin 2019, ce dernier lui empoisonnant la vie depuis le début de par son impossibilité à l'évaluer. Une fin à venir que le secrétaire général du PSG Victoriano Melero a confirmé dans L'Equipe de ce samedi en expliquant qu'«à la date d'aujourd'hui, quand on doit construire notre business plan, on le fait sans le contrat QTA.»

Une évaluation impossible

Sans ce contrat, le PSG va devoir à terme trouver de nouvelles sources de financement, possiblement via la vente d'un de ses cracks comme l'espère tant ses ennemis venus d'Espagne. Pour autant, certaines voix vont encore dans le sens du club parisien sur ce dossier qui place le fair-play financier et l'évaluation des contrats à ses limites. Selon l'économiste du sport Vincent Chaudel, «pour QTA, c’est une bonne affaire et pour le PSG, c’est un bon contrat.» Sur Europe 1, il s'explique : «Si QTA avait dû développer et atteindre ce niveau de notoriété en achetant de la publicité de façon classique, ils auraient mis probablement plus que 200 millions d’euros sur la table.»

L'économiste confirme en tout cas la très grande difficulté d'évaluer la chose : «Si on l’évalue au regard d’une autre prestation de service qui s’appelle le sponsoring, bien évidemment qu’on n’obtient pas les mêmes éléments de comparaison. Octagon arrive à 123.000 euros au lieu de 200M, on est juste dans des proportions ridicules et on se doute bien que ce n’est pas de la surévaluation mais de l’escroquerie.Mais, malheureusement, c’est aussi de l’escroquerie que de faire une évaluation à 123.000 euros. Ce n’est pas possible, on ne parle pas de la même chose.» 

A lui seul, ce fameux contrat aura en tout cas exposé toutes les limites du fair-play financier. Reste désormais à savoir qui du contrat ou du fair-play financier va devoir s'arrêter en premier.



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