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Cattenoy : «Il va falloir un certain temps pour voir les effets de la méthode de Romagosa»

Publié le jeudi 6 octobre 2016 à 18:06 par Dubdadda
Avant de s’envoler pour les Etats-Unis et intégrer l’encadrement technique des Chicago Fire (MLS), Cédric Cattenoy, ancien directeur de la préformation du PSG, a accepté de répondre en exclusivité à nos questions et revenir sur ses quinze années passées dans le club de la Capitale. Voici la seconde partie de cette interview dans laquelle le technicien parisien revient sur l'organisation de la formation au PSG et son futur de l'autre côté de l'Atlantique.

Après une première partie consacrée à son parcours au PSG, aux «PSG Academy » et à la préformation qu'il a dirigée durant de nombreuses saisons, cette deuxième partie de notre entretien avec Cédric Cattenoy s'attarde plus la formation au PSG, notamment concernant l'organigramme, et les raisons de son départ vers l'étranger.

La formation au PSG

Avec un peu de recul et surtout avec votre expertise, comment expliquer les échecs de joueurs aussi talentueux que Phitzgerald Mbaka ou Abdallah Yaisien ? On a parfois l'impression que jusqu'en U17 Nationaux, les joueurs parisiens sont tellement au-dessus du lot qu'il est difficile d'évaluer leurs chances de percer au club.

Cédric Cattenoy : «Ces deux garçons avaient du talent. Je pense que pour Abdallah tout a été trop vite. Son agent de l'époque voulait qu'il signe un contrat professionnel en U17. Cela lui a mis plus de pression qu'autre chose et puis il a eu nombreuses blessures. Il est parti ensuite à Bologne, était-ce le meilleur choix de carrière ?

En 15 ans, on a l'impression que le PSG est devenu au fil des ans un véritable club formateur. A quoi attribuez vous cela ?

La qualité du recrutement et un staff technique compétent, longtemps resté en place, sont à l'origine de ce succès.

Pensez vous que les objectifs fixés par les Qataris sont compatibles avec une réelle politique d'intégration des jeunes à l'équipe première ?

Oui je le pense mais il faut mettre en place une véritable politique de post formation avec un suivi précis des joueurs prêtés pour voir leur évolution.

Quelle était votre relation professionnelle avec Bertrand Reuzeau ? Est-ce que vous aviez des discussions avec Olivier Létang ?

«À son arrivée, Olivier Létang a souhaité insuffler un nouveau projet au club.»

Bertrand était le directeur de la formation et de la préformation, nous étions en contact permanent. Il avait ses idées mais il était ouvert au dialogue et prêt à revoir ses positions. Durant toutes années, il m'a fait une totale confiance pour gérer la préformation. À son arrivée, Olivier Létang a souhaité insuffler un nouveau projet au club. Il a organisé de nombreuses réunions au cours desquelles il y avait des échanges. Il était aussi très présent sur les réunions d'effectif.

Vous avez cotôyé pendant un an Carles Romagosa, pourriez vous nous donner vos impressions sur le technicien espagnol ? Comment s’est passé la transition avec Bertrand Reuzeau et à votre avis est-ce que son expertise peut apporter à la formation ?

Sur l'arrivée de Romagosa : «Je pense qu'il va falloir un certain temps pour voir les effets de leur méthode sur la formation.»

Carles est un garçon sympathique et bien organisé. Dès son arrivée, il a souhaité comprendre le fonctionnement du club. Il a multiplié les réunions et observé toutes les équipes en prenant des notes pour ne rater aucune information. En février dernier, il a été rejoint par David Hernandez qui est en charge de la méthodologie. Je pense ne pas avoir passé suffisamment de temps avec eux pour comprendre le sens de leur méthode. Toute méthode demande du temps pour avoir un impact sur les joueurs et les équipes et je pense qu'il va falloir un certain temps pour observer les effets de leur méthode sur la formation.  Néanmoins, vous verrez certainement une différence dans les prochains mois.

Que ressentez vous lorsque vous voyez Jonathan Ikoné, Lorenzo Callegari ou encore Alec Georgen briller avec les pros durant la préparation estivale ?

Je ressens énormément de joie. Je dois avouer que je ne pensais pas que Lorenzo attendrait ce niveau. Jonathan a fait du "Jorko" : insouciant, capable de percuter et d'éliminer n'importe qui. Alec a fait preuve de sérieux et d'efficacité. La relève est bien là, c'est de bon augure pour la suite.

En tant qu'observateur assidu, on a souvent l'impression que certains jeunes talentueux ne parviennent pas à franchir l'obstacle U19/CFA lorsque les premières difficultés apparaissent. Est-ce que la clé de la réussite dans un club comme le PSG ne serait pas avant tout le mental ?

Bien sûr, l'aspect mental est prépondérant pour atteindre le haut niveau et surtout y rester.

Souvent, l'idée d'un championnat des réserves professionnelles revient. Qu'en pensez vous à l'heure où de plus en plus de jeunes joueurs sautent la case CFA (Rabiot par exemple a disputé très peu de matches avant de commencer sous Ancelotti) ? Certains prétendent que l'état des terrains et la faiblesse du contenu des matches de CFA seraient un frein à la progression de ces jeunes joueurs.

Il me semble qu'un championnat des réserves serait une bonne idée pour que les jeunes progressent. Il est vrai que la plupart des équipes de CFA qui jouent le PSG sont bien organisées défensivement (bloc bas) car elles ne veulent pas perdre. Il est certain aussi que des terrains de mauvaise qualité sont des atouts dans ce type de projet de jeu.

Prenons l'exemple de Kimpembe ou Augustin. Faut il privilégier dans leur cas à votre avis le temps de jeu (prêt) ou l'expérience aux côtés des joueurs expérimentés du PSG ? Ces dernières années très peu de prêts ont été concluants (Bahebeck, Ongenda pour ne citer qu'eux).

Les prêts sont une bonne chose pour acquérir du temps de jeu et de l'expérience mais encore faut-il choisir le bon club qui proposera le projet le plus adapté.

Le départ de Kingsley Coman a causé un véritable tremblement de terre au sein de la formation parisienne. Comment avez vous vécu son départ ? Est-ce que sa réussite actuelle est un mauvais signe envoyé aux pensionnaires du Centre ?

«Le départ de Kingsley Coman a été très mal vécu par les entraîneurs et les recruteurs du centre de formation.»

Le départ de Kingsley a été très mal vécu par les entraîneurs et les recruteurs du centre de formation. La cicatrice a du mal à se refermer surtout lorsque l'on voit ses performances avec le Bayern et plus récemment avec l'équipe de France. Je pense que le cas Coman a fait jurisprudence, c'est pourquoi le club a fait signer de nombreux jeunes talentueux professionnels.

Ces deux trois dernières années, on observe des signatures de plus en plus précoces. Face à la concurrence étrangère, on fait désormais signer un contrat pro à des jeunes qui auraient peut être auparavant des contrats stagiaires. Cette tendance semble inéluctable mais ne complique t'elle pas encore un peu plus le travail des formateurs ?

«Les jeunes joueurs doivent surtout comprendre que la signature d'un contrat professionnel n'est pas un aboutissement mais le début d'un parcours.»

Les jeunes joueurs doivent surtout comprendre que la signature d'un contrat professionnel n'est pas un aboutissement mais le début d'un parcours qui nécessite énormément de travail. C'est aux formateurs de rappeler ce message aux joueurs qui auraient tendance à s'endormir.

L'après PSG

Pourquoi avez vous quitté le PSG après 15 années de loyaux services ?

J'ai toujours souhaité connaître une expérience professionnelle à l'étranger. Alors quand l'opportunité d'intégrer les Chicago Fire comme directeur de la formation s'est présentée, j'ai accepté. Il faut dire que je connais bien la ville pour m'y être rendu à de nombreuses reprises dans le cadre de la PSG Academy. À 45 ans, c'était le moment ou jamais pour se lancer dans une nouvelle aventure.

Bertrand Reuzeau, David Bechkoura et vous, cela fait un été sacrément mouvementé du côté de la formation parisienne. Est-ce que les trois décisions sont liées ? 

Je pense que même si Bertrand et David étaient restés, je serais parti car j'ai toujours voulu travailler à l'étranger. 

Comment avez-vous été contacté par le club de Chicago Fire ? Un mot sur les infrastructures mises à votre disposition ?

Le manager général des Fire m'a contacté fin juin pour me présenter son projet. La volonté du club est d'avoir une académie performante pour alimenter l'équipe première. Il y a tout à penser et à créer des U9 aux U18, je vais ainsi pouvoir aller au bout de mes idées. 

Pourquoi avoir choisi la MLS ? Savez vous où en est la formation dans le championnat américain ?

La MLS est en plein développement. Elle impose à chaque club professionnel d'avoir une académie et la fédération est très impliquée pour développer les jeunes.

Quels conseils donneriez vous à votre successeur Thomas Leysalles ?

Il m'a appelé à sa nomination, je lui ai expliqué comment fonctionnait la structure. Je lui ai dit aussi qu'il était dans un grand club avec de très bons jeunes.

Pour finir, quel mot vous traverserait l’esprit pour résumer ces 15 années au PSG ?

Bonheur ! Que du bonheur d'avoir travaillé dans ce grand club ! J'y ai vécu de bons moments et fait de belles rencontres. »

Nous remercions vivement Cédric Cattenoy pour le temps qu’il nous a consacré et surtout pour le travail formidable fourni depuis 15 ans au PSG. Nous lui souhaitons de vivre une riche expérience aux Etats-Unis.

Pour rappel, la première partie est disponible ici.



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