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Unai Emery, son interview complète dans Tuttosport

Publié le mercredi 8 juin 2016 à 7:05 par Matthieu Martinelli
En avril dernier, le coach de Séville Unai Emery avait accordé une très longue interview au quotidien sportif italien Tuttosport dans laquelle il décrivait son fonctionnement d'entraîneur et quelques uns de ses préceptes. Alors qu'il est aujourd'hui annoncé tout proche du PSG, voici cet entretien traduit en intégralité par nos soins, histoire de mieux comprendre le personnage.

Combien de temps dédiez-vous à l’analyse vidéo ?
Unai Emery : « Mon staff et moi étudions les 4 derniers matchs de l’adversaire : ceux à domicile quand on se déplace et ceux à l’extérieur quand on reçoit. Puis on prépare les séquences à analyser avec l’équipe : 1 heure la veille, et 20 minutes le jour du match. Je tâche d’illustrer des concepts, des mouvements et des schémas collectifs. Un de mes collaborateurs s’occupe quant à lui de la partie individuelle avec les joueurs.

Dans vos entraînements le ballon est toujours présent ?
Hormis le travail de prévention des blessures, de puissance et d’aérobie, tout se fait avec ballon. Au total, je dirais que cela représente 80-85%.

Comment faites-vous pour entraîner le pressing, qui est la marque de fabrique de vos équipes ?
D’abord sur le terrain d’une façon analytique, puis avec une opposition. Et les deux aspects sont toujours accompagnés de vidéos. J’ai un collaborateur qui « entraîne » les joueurs individuellement en salle. Mais c’est vrai, il s’agit d’un aspect sur lequel j’insiste : j’aime que mon équipe presse.

«Avant de faire des exercices tactiques, j’ai déjà étudié les adversaires et en conséquence j’entraîne mes joueurs pour qu’ils sachent comment, quand et où les presser.»

Vous avez une méthode pour améliorer le pressing ?
Avant de faire des exercices tactiques, j’ai déjà étudié les adversaires et en conséquence j’entraîne mes joueurs pour qu’ils sachent comment, quand et où les presser. Pour ça j’ai toujours des ballons sous les bras, et je les lance dans certaines zones sans prévenir.

Dans les faits vous ne vous arrêtez jamais à l’entraînement ?
Le dynamisme, pour qu’il soit bien transmis, doit venir de moi. Je crois que l’on joue exactement comme l’on s’entraîne. Si tu t’entraînes en étant dynamique et concentré, alors tu le seras aussi le dimanche. Et les joueurs, sans l’intervention de l’entraîneur, ne le sont pas toujours d’eux-mêmes.

L’étiquette de professeur vous fatigue-t-elle ?
Pourquoi ? L’entraîneur est en quelque sorte un professeur, il doit enseigner et convaincre ses joueurs par ses idées.

Quelles sont vos principales idées ?
Prendre le contrôle du jeu avec le ballon et exercer systématiquement un pressing intense avec l’objectif de récupérer la balle le plus rapidement possible.

«J’aime partir ligne par ligne : les 4 défenseurs, les milieux, les attaquants… Ensuite, j’unifie le tout, un peu comme un puzzle.»

Comment enseignez-vous vos idées tactiques ?
J’aime partir ligne par ligne : les 4 défenseurs, les milieux, les attaquants… Ensuite, j’unifie le tout, un peu comme un puzzle. Bien sûr, cela dépend aussi du temps que vous avez à disposition : quand on ne joue pas tous les trois jours, je dédie la séance du mardi à des exercices ligne par ligne.

Utilisez-vous aussi des exercices à « 11 contre 0 » ? (des exercices « à blanc », sans opposition)
Pour moi ils sont utiles pour apprendre. J’alterne ces exercices avec d’autres à 11 contre 11.

Quels sont les mouvements fondamentaux des attaquants dans votre jeu ?
Le principal est le suivant : le 1er attaquant embarque un défenseur avec son déplacement et le 2nd attaquant s’insère dans l’espace libéré. Je demande d’alterner toujours entre deux mouvements : des ballons dans les pieds pour un une-deux, et des ballons en profondeur pour attaquer la défense adverse. La synchronisation des attaquants, nous l’étudions d’abord avec la vidéo puis nous la mettons en pratique sur le terrain. Pour l’attaque de la profondeur, on alterne entre exercices analytiques et jeux de possession,  des petites oppositions à 4 contre 5 ou 5 contre 5 avec un joker en appui. Les variations sont nombreuses : l’important est d’avoir le ballon pour ensuite rechercher la profondeur.

Combien de temps durent vos séances d’entraînement ?
Entre 1h30 et 2h00, cela dépend des jours et des objectifs. Les 4 premiers mois de la saison, les semaines où on ne joue pas tous les 3 jours, je fais une double séance le mercredi. Dans la partie finale du championnat, seulement une séance par jour.

Chaque jour vous travaillez la technique ?
Tous les entraînements démarrent par des exercices techniques : contrôles orientés, conduites de balle, passes. Je mise beaucoup sur des exercices de parcours techniques qui se finissent par des frappes au but.

Vous avez un coach mental dans votre staff ?
Non. C’est moi qui suis chargé de motiver les joueurs. De ce point de vue, j’essaye de progresser en lisant beaucoup. Je n’entraîne pas seulement l’aspect tactique, mais aussi émotionnel. Je demande toujours à mes joueurs d’écouter leur cœur et d’aimer le football. Vous ne gagnez pas seulement grâce à la tactique. Il doit toujours y avoir l’union de la tête et du cœur. D’abord, les sentiments, ensuite, la tactique et les connaissances.

Quel type de livre lisez-vous ?
« Inteligencia emocional » de Daniel Goleman et en ce moment je lis la biographie d’Agassi. Les livres, je les offre aussi à mes joueurs. En ce moment, ils s’occupent avec « Los siete poderes » d’Alex Rovira Celma.

Mais vos joueurs lisent ou bien ils préfèrent la playstation ?
Quand on est au vert, je les vois aussi lire. Le prochain livre que je leur offrirai s’appelle « La buena suerte »

Une phrase pour motiver que vous répétez souvent ?
Je cherche toujours des phrases simples. Par exemple, plus tu t’entraînes, plus tu seras chanceux.

Une anecdote ?
Une fois nous étions dans le vestiaire, il restait 5 minutes avant le début du match, et sans prévenir j’ai mis l’un de nos joueurs, Nico Pareja, en visioconférence, alors qu’il était à l’hôpital et qu’il venait de se faire opérer. Pour les joueurs, cela fut une surprise et vouloir gagner pour un coéquipier blessé a été une source de motivation supplémentaire.

Votre système préféré est le 4-2-3-1. C’est vrai ?
Pour développer un football proactif c’est la meilleure disposition avec le 4-3-3. Le 4-4-2 est le top pour défendre et contre-attaquer.

Vous montrez des DVD de grands champions à vos joueurs ?
Non, je préfère leur montrer nos mouvements, en insistant sur les aspects positifs.

Vous regardez avec un œil particulier certains coachs italiens ?
J’aime Sarri. Mais en général j’étudie les entraîneurs que l’on affronte : l’an dernier, j’ai beaucoup observé la Fiorentina de Montella qui pratiquait un jeu de passes rapides. Cette saison j’ai affronté la Juve, qui est totalement différente : sobre, concrète, puissante et disposant de trois des meilleurs défenseurs au monde. Sacchi a toujours été une référence, il a été le numéro 1 au niveau tactique. Quant à lui, Ancelotti est le meilleur pour gérer les dynamiques d’un groupe.»

NB : Propos recueillis par Tuttosport et publiés le 8 avril dernier.



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