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Ce que les stats disent de Thilo Kehrer

Publié le samedi 8 septembre 2018 à 12:02 par Thibaut Brossard
Sa seule titularisation avec le PSG lors de la 3ème journée de Ligue 1 face à Angers n'a pas été très convaincante puisqu’il a provoqué un pénalty et a été remplacé à la mi-temps. Pourtant les dirigeants parisiens n’ont pas hésité à dépenser 37 M€ pour faire venir de Schalke 04 ce défenseur allemand de 21 ans méconnu mais annoncé comme très prometteur. A l’aide de ses statistiques en Bundesliga, et au regard de celles des autres défenseurs centraux du PSG (Thiago Silva, Marquinhos et Kimpembe), nous allons essayer d’en savoir un peu plus sur ce que Thilo Kehrer peut apporter au club de la capitale.

Cette analyse des caractéristiques du jeu de Thilo Kehrer reposera donc principalement sur ses statistiques (issues du site Whoscored) de l’année passée en Bundesliga avec Schalke 04. Elles seront par ailleurs mises en parallèle avec celles des défenseurs centraux du PSG la saison dernière en Ligue 1.

La recrue surprise du mercato estival du PSG est certes un inconnu pour les supporters parisiens mais est considérée comme une valeur montante du football allemand (capitaine de l’équipe Espoirs, sélectionné depuis peu en A), et ce alors qu’il vient tout juste de boucler sa première saison pleine en Bundesliga. Après une saison 2016-2017 avec 16 apparitions, il a véritablement explosé l’an passé avec 28 matches (dont 27 titularisations) en championnat. 

6ème meilleur défenseur central de Bundesliga à 21 ans

Pour sa saison 2017-2018, Whoscored le crédite du rating de 7.12, ce qui le classe au 6ème rang des défenseurs centraux de Bundesliga (juste derrière Jérôme Boateng…). Parmi les joueurs de moins de 23 ans tous postes confondus, il présente la 3ème meilleure évaluation derrière Leon Bailey (l’ailier jamaïcain du Bayer Leverkusen) et Kingsley Coman (Bayern Munich) mais devant Benjamin Pavard (Stuttgart) et Dayot Upamecano (Leipzig). Avec ce rating de 7.12, Kehrer a réalisé, selon les statistiques, une meilleure saison que les défenseurs centraux parisiens l’an passé. 

Cette comparaison est évidemment à relativiser puisque les championnats sont différents et, surtout, Schalke 04 est une équipe qui domine moins son sujet que le PSG et par conséquent ses défenseurs ont davantage d’occasions de se mettre en évidence. Cela permet cependant de donner une première idée des compétences du joueur et du pourquoi de son recrutement. 

Plus à l’aise à gauche dans la défense à trois

Outre son talent pur, Thomas Tuchel a insisté durant la présentation de son nouveau joueur sur sa polyvalence et sa capacité à évoluer à tous les postes de la défense, quel que soit le dispositif tactique mis en place. A Paris, il a vite été mise à l'épreuve puisqu'il a joué son premier match comme arrière central droit puis est entré en jeu lors du second comme arrière gauche...

On a la confirmation de cette polyvalence à la lecture des compositions de Schalke 04 l’an passé qui a alterné les défenses à 3 ou à 4. C’est cependant à gauche d’une défense à 3 avec Benjamin Stambouli à droite et Naldo dans l’axe qu’il a réalisé ses meilleures performances (avec des évaluations comprises entre 7.4 et 7.5). Il a également joué comme arrière latéral en Bundesliga et c’est au poste de milieu de terrain (en binôme avec Mahmoud Dahoud de Dortmund) qu’il évolue avec les Espoirs. 

Beaucoup d’agressivité défensive

Ce sont pourtant bel et bien ses qualités de défenseur central qui ont a priori tapé dans l’œil des recruteurs parisiens. Les statistiques relatives à l’aspect défensif nous en disent un peu plus sur ses caractéristiques et son style de jeu. 

Le graphique ci-dessus qui compare les interventions défensives de Kehrer avec celles de ses homologues parisiens met en premier lieu en évidence les qualités de tacleur de l’Allemand. Avec 2.9 tacles réussis par match (sur 3.7 tentés), Kehrer se situe largement au-dessus de Thiago Silva et consorts. Cela s’explique certes en partie par le fait que Schalke est plus souvent dominé et tacle beaucoup plus que le PSG (21 contre 17) mais l’écart avec les défenseurs parisiens est important. 

Outre ses qualités dans le duel, Kehrer semble beaucoup miser sur son sens de l’anticipation, comme en témoigne ses 1.3 interceptions par match alors que les défenseurs parisiens sont à 0.7 en moyenne. Il réalise en revanche moins de dégagements que ses nouveaux partenaires (3.4 vs 3.7 en moyenne). 

Des prises d’initiatives payantes

Défenseur intraitable, Kehrer a également démontré en Bundesliga qu’il n’était pas maladroit du tout avec le ballon. Dans le domaine offensif, ses caractéristiques semblent correspondre aux lacunes actuelles des défenseurs centraux parisiens, assez frileux balle au pied et peu en réussite face au but adverse. 

Le natif de Tübingen a en effet inscrit 3 buts la saison passée (contre un seul au total pour Thiago Silva, Marquinhos et Kimpembe). Aucun de ces trois-là n’a d’ailleurs dépassé dans leur carrière européenne ce total sur une saison en championnat. Deux des trois buts de Kehrer ont en outre été décisifs puisque inscrits lors de l’avant-dernière journée de Bundesliga à Augsbourg permettant à Schalke d’assurer la 2ème place du classement et la qualification en Champions League. 

Ses statistiques aux tirs sont également assez nettement supérieures à celles des Parisiens.  

Il a en effet tiré 17 fois au but (contre un maximum de 14 pour les défenseurs centraux parisiens). Il se montre d’ailleurs plutôt adroit dans cet exercice puisqu’il a cadré 9 de ses 17 tirs (soit 53 %) contre 19 % pour les Parisiens. Il a au total cadré à lui seul plus de tirs que les trois défenseurs centraux du PSG en cumulé la saison passée !

Plus attiré par le but que ses nouveaux partenaires de la défense centrale, Kehrer devrait également contribuer à pallier un des autres points faibles du jeu parisien, à savoir le jeu long.  Les passes longues représentent en effet 12 % de ses passes, contre 7 % en moyenne pour le trio actuel. 

Autres indicateurs de sa capacité à amener le danger et à prendre des initiatives payantes : les passes clés (c’est-à-dire amenant un tir d’un coéquipier) et les dribbles. Il a ainsi réalisé 11 passes clés la saison dernière alors qu’aucun défenseur central parisien n’a fait mieux que 5 l’an passé. En matière de dribbles, il se rapproche des statistiques de Kimpembe alors que leurs homologues brésiliens sont paradoxalement moins à l’aise dans cet exercice.

En synthèse, les données statistiques disponibles tendent à faire de Thilo Kehrer un défenseur aussi bien à l’aise dans ses missions défensives dans un style agressif que pour apporter le danger dans le camp adverse. Il semble donc constituer, en première lecture, un complément idéal au jeu parisien actuel.  

Nous allons cependant voir qu’il faut analyser avec prudence ces statistiques et qu’il a encore tout à prouver pour s’installer dans la défense parisienne.

Joueur pas encore référencé au niveau européen  

En premier lieu, on peut s’interroger sur le choix d’un profil si jeune alors que l’effectif parisien est déjà très jeune et que des négociations étaient en cours avec le Bayern Munich pour faire venir un Boateng beaucoup plus expérimenté. Il a disputé à peine 50 matches en professionnel et n’a jamais connu les joutes de la Champions League (8 matches d’Europa League au compteur). Au sein de la défense de Schalke 4 (2ème plus hermétique de Bundesliga avec 37 buts encaissés), il n’était même pas le meilleur défenseur puisqu’il a appris le métier ces deux dernières saisons aux côtés du Brésilien Naldo qui a d’ailleurs encore réalisé une saison monstrueuse (7 buts). 

Même si Schalke a effectué un très bon parcours l’an passé (2ème derrière l’intouchable Bayern), son palmarès en club est toujours vierge au niveau professionnel. Il a certes été champion d’Allemagne mais c’était avec les moins de 19 ans en 2015. Il a également été champion d’Europe U21 avec son équipe nationale en 2017 mais dans un rôle de remplaçant puisqu’il n’a joué que 40 minutes (lors de la ½ finale gagnée aux tirs buts contre l’Angleterre). Les titulaires étaient en effet Niklas Stark du Herta Berlin et Marc-Oliver Kempf de Stuttgart, tous deux plus vieux que lui d’un an.

Moins à l’aise à droite a priori

Avec Schalke la saison passée, il a été titulaire à 27 reprises mais ils étaient en fait trois joueurs à tourner pour former, autour de Naldo, le trident défensif : Kehrer, Benjamin Stambouli et Matija Nastasic. Quand le gaucher Nastasic était titularisé, Kehrer basculait axe droit de la défense (voire carrément ponctuellement sur un poste de latéral droit) où ses performances, selon l’évaluation réalisée par Whoscored, sont moins bonnes que quand il est axe gauche de la défense (6.8 contre 7.4 à gauche). On notera au passage que c’est pourtant dans l'axe doit que Thomas Tuchel l’a titularisé pour son baptême du feu en Ligue 1.

Des exigences différentes au PSG par rapport à Schalke 04

Une autre interrogation quant à la capacité de Thilo Kehrer de s’imposer dans la défense parisienne tient à sa capacité à s’adapter au jeu parisien par rapport à ce qu’on attendait de lui à Schalke. Compte tenu des objectif du club, les exigences au PSG sont très hautes et on sera beaucoup moins indulgent que les dirigeants et supporters de Schalke ne pouvaient l’être avec un joueur formé au club. 

Au niveau du style de jeu surtout, ce qu’on va lui demander au PSG diffère nettement de ce qu’il pratiquait en Allemagne. Il avait en effet l’habitude de disputer beaucoup de duels et d’être très sollicité défensivement. A Paris, au contraire, l’équipe a tellement souvent le ballon que les interventions sont moins fréquentes mais qu’il va en revanche être très attendu dans le domaine de la relance. L’écart du nombre de passes entre ses habitudes allemandes (36) et le nombre de ballons joués par les défenseurs centraux du PSG (plus de 60 passes réussies par match en moyenne) est impressionnant (75 % de moins). 

Son taux de passes réussies reste excellent (84 %) mais plus de 10 points en deçà des standards parisiens (pour les défenseurs centraux). Cet écart est cependant à mettre en relation avec la plus grande prise de risque évoquée précédemment, notamment dans le jeu long. Sa capacité à relancer proprement sera donc un des défis à relever pour le jeune allemand s’il veut constituer une menace pour les titulaires en place. 

Des interventions différentes de celles des défenseurs centraux du PSG 

Une autre statistique qu’il sera intéressant de suivre dans les prochaines semaines est celle relative au type d’interventions défensives de Kehrer. Nous avons vu précédemment qu’il était particulièrement adepte du tacle dans ses interventions. Or, ce n’est pas vraiment la tendance des défenseurs centraux parisiens pour qui ce type d’action ne représente que 25 % de leurs interventions, et qui privilégient les dégagements (62 %). 

Corollaire de cet engagement important et de cette prise de risque, son nombre de fautes commises est supérieur aux défenseurs parisiens (1.3 vs 0.8 en moyenne). On en a d’ailleurs eu l’illustration contre Angers pour son premier match où il a été sanctionné de 3 fautes (dont un pénalty entraînant un carton jaune) en 45 minutes. L’action amenant le pénalty est particulièrement révélatrice de la différence de jugement entre Kehrer et ses nouveaux partenaires. Là où Thiago Silva ou Marquinhos auraient certainement privilégié une intervention sûre et un dégagement, Kehrer a privilégié l’option agressive avec un tacle sur le joueur angevin qui a coûté un but. 

Une dernière interrogation porte sur la qualité de son jeu de tête, régulièrement cité comme un de ses points forts. Du haut de son mètre quatre-vingt six, il a inscrit de la tête deux de ses trois buts la saison passée. Autre indice de ses capacités dans le domaine aérien, 9 de ses 17 tirs de l’année dernière sont des coups de tête. Cependant, il n’a remporté « que » 53 % de ses duels aériens, ce qui semble insuffisant pour un défenseur central et en tous les cas inférieur à ses homologues parisiens (63 % en moyenne, dont 67 % pour Thiago Silva). 

Un style agressif proche de celui de Presnel Kimpembe

Au final, les statistiques nous en apprennent beaucoup sur le style de jeu de Thilo Kehrer et nous indiquent en particulier que le jeune Allemand présente un jeu plus à risques que les défenseurs centraux « historiques » de l’effectif parisien : que ce soit dans ses interventions défensives où il fait preuve de beaucoup d’agressivité et où il semble beaucoup miser sur l’anticipation ; ou dans le secteur offensif où ses prises d’initiatives dans le dribble ou le jeu long pourront amener de la diversité dans le jeu parisien.  

Autre conclusion que l’on peut tirer des statistiques de Kehrer mises en corrélation avec celles des défenseurs parisiens : il semble se rapprocher de Presnel Kimpembe dans la manière d’aborder le poste de défenseur central. En effet, comme le récent champion du monde, il paraît plus à l’aise axe gauche de la défense centrale, il n’hésite pas à porter le ballon et à éliminer les adversaires balle au pied, et son engagement total le conduit à beaucoup tacler. 

Après une sortie décevante contre Angers et une entrée en jeu moyenne à Nîmes, il nous tarde donc de revoir celui qui est jusqu’à présent la recrue la plus chère du mercato 2018 du PSG. 

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