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Kehrer, Kimpembe, cas complexes

Publié le samedi 7 septembre 2019 à 20:21 par Thibaut Brossard
Nous finissons notre tour d’horizon des performances individuelles des défenseurs centraux analysées par l’intermédiaire des statistiques avec Thilo Kehrer et Presnel Kimpembe. Les deux jeunes et fougueux défenseurs centraux ont connu une saison dernière contrastée. Celle de l’international allemand est forcément marquée par sa bourde face à Manchester United, tandis que le champion du monde Français n’a pas confirmé son nouveau statut.

Notre série sur les défenseurs centraux avait été entamée courant août par deux articles : La défense centrale, le chantier permanent du PSG puis Marquinhos et Thiago Silva, les tauliers de la défense. Voici, enfin, la suite :

Kehrer, le plus complet ?

A l’heure de tirer un bilan de la saison passée de Thilo Kehrer, deux choix s’offrent à nous : se focaliser sur son erreur face à Manchester United et considérer que, quelles que soient ses performances par ailleurs, cela vient forcément ternir son bilan. Ou se réfugier derrière la froideur des statistiques qui considèrent que chaque match se vaut et qu’une bourde un jour peut bien être compensée par un excellent match le lendemain. Par lâcheté ou simplicité, pour cet article, nous avons opté pour la seconde option.

Alors, que nous disent les statistiques de la saison du jeune (bientôt 22 ans) Allemand ? Tout simplement qu’il est le plus complet des quatre défenseurs centraux. Qu’entend-on par « le plus complet » ? Tout d’abord, qu’il peut jouer à plusieurs postes et qu’il est bon quel que soit son poste. 

Selon le site spécialisé Whoscored, c’est comme arrière droit qu’il a réalisé les meilleures performances puisqu’il obtient l’évaluation moyenne de 7.27 pour les 7 matches qu’il a disputés (6 comme titulaire plus son entrée en jeu contre Marseille). Ses trois prestations à ce poste en Ligue des Champions sont tout à fait correctes à défaut d’être exceptionnelles (Whoscored lui attribue quand même la note de 7.45 pour son match aller face à MU). En championnat, hasard ou pas, à chaque fois qu’il a joué latéral, cela s’est traduit par un festival du PSG (larges victoires face à Guingamp, Montpellier, Marseille et Rennes).  

Meilleur en tant qu’arrière droit qu’en défense central

En défense centrale, ses évaluations personnelles sont légèrement moins bonnes tout en restant très correctes. Dans une défense à cinq, sans l’accroc Manchester, sa note serait de 7, et l’équipe encaisse en moyenne 0.9 but/match. Dans une défense à quatre, sa note passe à 7.11 mais l’équipe affiche de moins bon résultats (2 défaites en 5 matches et 1.4 but encaissé de moyenne).

Ce qui justifie également le qualificatif de défenseur le plus complet, c’est la palette d’interventions défensives dont nous a gratifié cette saison l’ancien joueur de Schalke.

Le graphique ci-dessus traduit bien l’impact que met Kehrer dans une rencontre et sa capacité à contrarier les attaques adverses de différente manière. En l’occurrence, Kehrer, affiche un volume d’interventions défensives nettement supérieur à ses trois coéquipiers. Il atteint en effet 8.3 sur le total des quatre types de gestes répertoriés ici (tacles, dégagements, interceptions, frappes contrées) sur 90 minutes, contre 6.9 à Thiago Silva, 6.8 à Marquinhos et 6.3 à Kimpembe.

C’est sur les tacles que le jeune Allemand fait la différence avec les autres : il en réussit 3 toutes les 90 minutes en moyenne, contre un peu plus de 2 pour Marquinhos et Kimpembe et 0.7 pour Thiago Silva. Il a même réalisé un match avec 8 tacles réussis (à Nice) et aucun match avec au moins 10 minutes sur le terrain sans tacle réussi !

On a vu précédemment que le vétéran brésilien compensait sa quasi-absence de tacles avec un gros volume de dégagements, mais même dans cette catégorie, Kehrer est très présent (2.9). Il est aussi celui qui effectue, à égalité avec Marquinhos le plus d’interceptions, et, à égalité avec Silva, qui contre le plus de frappes (dont 3 dont dans la déroute lilloise).

Fort avec ses pieds, Kehrer est également doté d’un excellent jeu de tête. Probablement le meilleur parmi les défenseurs centraux du PSG. En tous les cas, sur la saison 2018-2019 en Ligue 1, il est celui qui a gagné le plus de duels aériens :

Le défenseur central le plus présent offensivement

Enfin, par sa capacité à être dangereux en phase offensive (y compris de la tête donc), Thilo Kehrer se distingue également de ses trois collègues, plus frileux offensivement. Cela se concrétise notamment par des tirs.

Les chiffres sont loin d’être pharaoniques mais Kehrer est celui qui s’en sort le mieux (ou le moins mal) avec 14 tirs en Ligue 1 (dont 4 cadrés). 4 de ses 14 tirs auront lieu lors de la double confrontation contre Strasbourg où il finira d’ailleurs par marquer son unique but de la saison. 9 de ses 14 tirs sont en fait des têtes, symbolisant bien sa domination de l’espace aérien.

En plus de son but, il est l’auteur de deux passes décisives en championnat : pour Di Maria contre Marseille et sur un centre pour Mbappé à Toulouse. Il est donc, après Marquinhos (4 fois buteur en incluant la Ligue des Champions), le plus productif offensivement des défenseurs centraux.

Beaucoup de questions relatives au onze de départ et au schéma tactique de la saison à venir tournent autour de Thilo Kehrer le polyvalent. L’international allemand a la confiance de Thomas Tuchel. Mais à quel poste et dans quel système ? En latéral droit dans une défense à quatre, il apporte des garanties défensives que Meunier n’a pas et qui sont fondamentales en Ligue des Champions. Les données présentées dans cet article ont par ailleurs montré qu’avec Kehrer dans cette position (avec Silva-Marquinhos ou Silva-Kimpembe dans l’axe), le PSG a livré ses meilleures prestations l’an passé et l’Allemand ses meilleurs matches. En l’état actuel du mercato parisien (départ d’Alves, pas de recrutement d’arrière droit d’envergure, recrutement de Gueye qui devrait inciter Marquinhos à jouer le plus souvent en défense), tout porte à croire que c’est vers ce schéma que l’on pourrait s’orienter.

Kimpembe, clairement en retrait 

Presnel Kimpembe (24 ans depuis le 13 août) ne fait quant à lui, pour le moment, pas partie du onze de départ de Thomas Tuchel. La faute à sa blessure de fin de saison. Mais pas que. L’international français a clairement été le défenseur central le plus en difficulté la saison écoulée. L’évaluation Whoscored (6.69) ne fait d’ailleurs que confirmer cela.

Plus inquiétant, il s’agit pour le jeune Français de sa plus mauvaise évaluation des trois dernières saisons, alors qu’on l’imaginait plutôt sur une courbe ascendante après ses deux bons derniers exercices dans son club formateur, et une coupe du monde gagnée, certes dans un rôle de remplaçant (1 match disputé).

Dans tous les secteurs du jeu ou presque, Presko affiche des stats inférieures à celles de ses collègues de la défense centrale : moins d’interventions défensives (cf. le graphique dans la partie consacrée à Kehrer), moins d’initiatives offensives (seulement 4 tirs dans toute la saison de Ligue 1), moins de passes clés (4). Il reste bien celui qui tente le plus de dribbles (13, soit autant que ses trois coéquipiers réunis), mais avec un pourcentage de réussite plus que douteux (39 %). Son but à Old Trafford aurait pu relancer et sauver sa saison, mais le destin (ou, au choix, Gigi Buffon, la VAR, Kehrer, les dieux du football) en a décidé autrement…

Des raisons tactiques, mentales et physiques

Comment expliquer ces performances moyennes d’un des chouchous du Parc des Princes ? Nous allons nous risquer à avancer trois explications.

La première saute aux yeux à l’analyse des résultats du PSG selon le système défensif (cf. tableau de la première partie de l’étude) : alors que le PSG marque en moyenne (Ligue 1 et Champions League confondues) 2.3 points et encaisse 1 but par match, ces ratios passent à 1.9 points et 1.3 buts avec Kimpembe dans un schéma à trois défenseurs centraux. Ce système a été utilisé 13 fois avec Presko l’an passé pour un bilan modeste de 8 victoires, 1 nul et 4 défaites (à Lyon, contre Manchester, à Montpellier et à Lille).

Presnel est beaucoup plus à l’aise dans un schéma à deux centraux et cela se voit dans les résultats (2.3 points marqués) et les buts encaissés (1.1) qui sont alors conformes à la moyenne de la saison du PSG.

La première explication des performances décevantes de Kimpembe est donc d’ordre tactique et tient à ses difficultés à s’adapter aux exigences de Tuchel de basculer dans un schéma à trois centraux où il semble moins à l’aise, laissant notamment de l’espace dans son dos, entre lui et son latéral.

La seconde explication pourrait être d’ordre mental. Aucun chiffre, aucune stat fournie par Whoscored ou Opta ne pourra décrypter ce qui se passe dans la tête d’un joueur, ou de certains joueurs, qui viennent de toucher au Graal suprême, un titre de champion du monde. La décompression qui survient légitimement après a sûrement aussi engendré chez ce jeune joueur un relâchement coupable qui peut être en partie responsable de cette saison erratique.

Enfin, on ne peut pas passer sous silence le fait qu’il ait joué diminué une partie de la saison et qu’il a dû jouer en serrant les dents pour éviter que Tuchel n’aligne une défense 100 % Nationale 2. Il a d’ailleurs fini par renoncer au dernier match de Ligue 1 pour se faire opérer de sa pubalgie qui le prive du début de l’actuelle saison. Dans quelle mesure cela l’a handicapé et cela a influé sur ses performances ? Impossible à dire mais il est à peu près certain que cela a néanmoins eu un impact.

Quoi qu’il en soit, avec sa saison décevante, Kimpembe a perdu gros et a vu arriver dans l’effectif un nouveau concurrent au profil proche du sien (Abdou Diallo) : jeune défenseur gaucher, jouant prioritairement axe gauche et pouvant dépanner comme arrière gauche. Une mauvaise nouvelle pour lui. Si Tuchel privilégie un système à quatre défenseurs, les places de centraux vont être chères, et si c’est le schéma à cinq qui est utilisé, il ne part pas avec les faveurs des pronostics, compte tenu de ses difficultés l’an passé dans ce dispositif. Bref, un gros challenge s’annonce pour l’ancien joueur de l’AS Eragny. Quelque chose nous dit que le garçon aime ce genre de défi et qu’il va tout faire pour rebondir.

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