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Les statistiques au secours d'Angel Di Maria

Publié le jeudi 5 janvier 2017 à 17:58 (mis à jour à 23:00) par Ryan Chase
Très critiqué depuis le début de la saison pour son apport dans le jeu du PSG, Angel Di Maria réussit pourtant une saison bien moins mauvaise qu'il n'y paraît si on se penche sur les statistiques.

«Angel est un joueur avec beaucoup d’expérience et est très important, son rendement est bon et, tous, nous croyons et voulons qu’il soit meilleur. Je suis sûr que c’est ce qui va arriver sur la phase retour.» Unai Emery l’affirmait encore clairement à quelques jours de la reprise du championnat. Pour lui, le début de saison de Di Maria est bon. D’abord utilisé comme ailier gauche jusqu’à la rencontre face à l’OM le 23 octobre dernier (0-0) et replacé à droite depuis, l’Argentin a disputé plus de 1 500 minutes avec le PSG cette saison. Pour autant, le vice-champion du monde est loin de faire l’unanimité parmi les supporters, à tel point que son statut dans l’équipe et sa capacité à prendre des responsabilités en sont questionnés. Qu’en est-il vraiment ?

Des passes dans la continuité de l'an passé

Pour répondre à cette question, nous allons voir une analyse basée sur les statistiques fournies par le site www.whoscored.com. Les indices utilisés sont simples. Il s’agit soit d’actions ou de gestes réalisés par tranche de 90 minutes, soit de pourcentage de réussite. Les joueurs sélectionnés répondent quant à eux à des conditions précises : avoir disputé au moins 800 minutes au poste de milieu offensif excentré dans l’un des cinq grands championnats. Le but de la manœuvre est d’évaluer les performances de Di Maria en Ligue 1, de le calibrer par rapport à d’autres joueurs qui évoluent dans des conditions similaires et de les comparer à des références passées, dont les siennes.

Le premier graphique concerne l’implication du joueur et son niveau de précision : 

Cliquez sur le schéma pour l'agrandir (valable pour toutes les images)

Dès le départ, on peut constater une chose : Di Maria se montre très présent dans la circulation du ballon cette saison. Son volume et niveau de réussite ont baissé mais il reste parmi les joueurs les plus impliqués dans le « passing game » de son équipe, loin devant bon nombre de références comme Eden Hazard ou Lionel Messi. Evidemment, volume ne signifie pas nécessairement qualité ni même utilité pour sa propre équipe. C’est pourquoi il faut se pencher sur ce que contient réellement cette participation. Pour cela, on peut regarder les passes clés.

Les passes clés sont les passes qui amènent un tir d’un coéquipier. On voit ici clairement que Di Maria se montre utile avec ses passes. En effet, à l’heure actuelle, l’Argentin est le joueur qui offre le plus de passes clés par tranche de 90 min. Il est donc à la fois très participatif et très incisif au moment d'attaquer.

Par ailleurs, la manière dont il tente de faire ces dernières passes semble avoir très peu évolué. Malgré une légère baisse, il reste du côté de la courbe des joueurs qui basent grandement leur passes clés sur l'utilisation des centres. Logique, vu la qualité technique du joueur et sa capacité à mettre de l'effet sur le ballon.

D’un point de vue associatif, on constate donc que le jeu du numéro 11 parisien a très peu évolué. Il se montre moins précis, mais la façon dont il combine est clairement dans la continuité de la saison 2015-2016. 

Moins de dribbles mais autant de réussite

Lorsqu’il s’agit de déséquilibrer avec le ballon, Di Maria affiche un volume de dribble bien à la baisse mais un niveau de réussite quasi identique à la saison passée, ce qui suggère que l’explication est davantage tactique (moins de situations de dribbles possibles ?), que physique ou mentale (fatigue ?). On retrouve d’ailleurs une évolution similaire chez Lucas Moura, plus ou moins au même niveau en termes de réussite, mais clairement moins dribbleur qu’il y a 1 an. Conséquence du changement de modèle parisien ?

S’il se montre moins dribbleur, Di Maria a légèrement augmenté sa quantité de tirs. Rien de significatif, mais on note chez lui comme chez Lucas Moura, une prise d’initiative plus importante devant le but. La différence entre les deux, c’est que l’Argentin, qui prend davantage sa chance à l’extérieur de la surface, se montre moins précis.

On retrouve d’ailleurs cette baisse en termes de « qualité » des chances prises dans le taux de conversion du joueur, même s'il n'y a rien de choquant en terme d'évolution par rapport à la saison passée. Ici les variations ne montrent rien de surprenant et sa contribution en terme de but par tranche de 90 min est complètement alignée avec la saison dernière, ce qui le situe comme un milieu offensif plutôt dans la partie haute du panier lorsqu’il s’agit de marquer.

Dans la lignée de la saison dernière sur le plan associatif, plus enclin à tenter sa chance pour marquer et moins dribbleur : voilà la lecture qu’on peut faire de la saison de Di Maria à ce stade. On constate également de légères baisses en termes de réussite technique dans certains domaines, mais rien de bien significatif.

Tout simplement moins décisif

En fait, ce qui a clairement changé en rapport à la saison dernière, ce n’est pas le jeu pratiqué par l’Argentin, mais sa capacité à être décisif. Regardons ici :

Comme vu auparavant, Di Maria est la référence du groupe de joueurs retenus au moment de faire la dernière passe. On a aussi vu que dans la forme, ces passes arrivent aussi beaucoup de la même façon (centre) vers ses coéquipiers. La grosse différence, c’est que ces passes sont moins transformées. Pour le même nombre de passes clés, l’Argentin produisait deux fois plus de passes décisives par 90 min la saison passée. Pourquoi ? Très certainement parce que, à ce moment-là, l’Argentin comptait à la fois sur Zlatan Ibrahimovic et Edinson Cavani comme finisseurs potentiels. Le PSG n’ayant pas remplacé Ibrahimovic par un autre buteur dans son plan de jeu principal, l’Argentin se retrouve aujourd'hui avec a) moins de destinataires disponibles et b) un destinataire principal plus difficile à exploiter.

C'est très net sur ce graphique-là. La régression la plus importante de l'Argentin en termes de production se situe au niveau des passes décisives. Et cela nous amène à la deuxième partie de la réponse formulée par Unai Emery lors de son interview avec Marca : «Quand une référence comme Ibrahimovic s’en va, la responsabilité qu’assument les autres footballeurs comme Di Maria, les expose plus aux yeux des supporters.»

Le départ d’Ibrahimovic a créé de l’espace et des besoins importants en termes de production de buts au PSG. Mais rien dans la carrière de Di Maria n’indique qu’il soit un joueur capable d'assumer une grande partie de ces besoins. 

Ce dernier graphique représente l’importance des passes décisives dans la production de buts chez Di Maria. Hormis lors de la saison 2012-2013, on constate que le gaucher parisien a toujours énormément basé son impact sur ses passes décisives, et la tendance suggère que cela devrait continuer. Logique quand on regarde de près le comportement tactique du joueur.

Son envie de recevoir le ballon dans les pieds, d’intervenir à la base du jeu, et sa qualité associative en font inévitablement un joueur beaucoup plus enclin à agir comme une rampe de lancement que comme un joueur qui attaque le but. En addition, les difficultés du PSG pour ressortir le ballon font définitivement pencher la balance, au point que l’idée d’un Di Maria buteur relève aujourd’hui du fantasme.  

Un joueur qui n'a pas vraiment changé

En conclusion, les statistiques n’illustrent pas de changements importants dans le jeu pratiqué par Angel Di Maria. On retrouve un milieu offensif toujours aussi enclin à participer, à centrer et trouver des coéquipiers dans des positions de frappes. Et s’il se montre moins dribbleur, on peut aussi constater qu’il tente davantage de tirer au but (l’un pouvant expliquer l’autre). Le niveau de réussite technique est légèrement à la baisse, mais pas au point de s’en inquiéter et au-delà de son déchet, l’Argentin se présente toujours comme le joueur qui crée le plus d’occasions dans son équipe, en plus d’être une référence européenne. En 2017, Il peut certainement faire mieux. Mais on est loin, très loin de voir l’astre de Rosario faire une mauvaise saison. 

[MAJ 23h] Il y avait une erreur dans deux graphiques que nous avons corrigés, merci à la personne qui nous les a signalés.

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