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Que vaut la défense centrale du PSG comparativement aux cadors européens ?

Publié le dimanche 8 septembre 2019 à 18:00 par Thibaut Brossard
Pour conclure notre étude des défenseurs centraux du PSG version 2018-2019, nous avons décidé de comparer leurs performances à celles de leurs homologues des meilleurs équipes du continent. Nous avons donc constitué un échantillon composé des deux défenseurs centraux des deux meilleurs équipes des quatre top championnats européens et avons mis leurs statistiques en parallèle de celles de Marquinhos, Thiago Silva, Kimpembe et Kehrer.

Cet article est la conclusion d'une série sur la défense centrale en 2018/2019 en trois parties : La défense centrale, le chantier permanent du PSG (partie 1), Marquinhos et Thiago Silva, les tauliers de la défense (partie 2) puis Kehrer, Kimpembe, cas complexes (partie 3)

Afin d’essayer de mettre en évidence les forces et les faiblesses de la défense centrale parisienne par rapport aux ténors européens, nous avons donc constitué un panel de défenseurs centraux issus des meilleurs clubs d’Europe. Nous avons retenu les deux défenseurs centraux avec le plus de minutes en championnat des deux premiers du championnat d’Angleterre, d’Espagne, d’Italie et d’Allemagne en 2018-2019. Outre les quatre joueurs du PSG, la base de données comprend donc les joueurs suivants : Anthony Laporte et John Stones (Manchester City), Virgil Van Dijk et Joel Matip (Liverpool), Gerard Piqué et Clément Lenglet (Barcelone), Diego Godin et José Gimenez (Atletico Madrid), Giorgio Chiellini et Leonardo Bonucci (Juventus), Kalidou Koulibaly et Raul Albiol (Naples), Niklas Süle et Mats Hummels (Bayern), Manuel Akanji et Abdou Diallo (Dortmund). Toutes les statistiques sont issues des championnats nationaux et ont été ramenées à 90 minutes de jeu pour ne pas biaiser les comparaisons. 

Dans un premier temps, mettons en évidence les secteurs du jeu où les défenseurs du PSG se distinguent favorablement.

Fort taux de réussite aux passes pour Silva and co

En termes de réussite dans les passes, les défenseurs parisiens ont peu d’égal, même au plus haut niveau européen. Avec 94.2 % de réussite, Thiago Silva trône même tout en haut de la hiérarchie, à égalité néanmoins avec John Stones. Comme le révèle le graphique ci-dessous, l’ensemble des défenseurs centraux parisiens sont très bien classés dans cette catégorie statistique et se situent sur la partie haute du graphique. D’ailleurs, leur moyenne (93.1 %) est bien meilleure que celle de notre panel de « cracks » (88.6 %).

Bien sûr, la faible prise de risque, notamment dans le jeu long (on y reviendra) explique en partie ces forts taux de succès dans les passes. Néanmoins, il est indéniable que le ballon ne leur brûle pas les pieds et qu’ils font preuve de qualités techniques au-dessus de la moyenne.

On profitera de ce graphe pour signaler au passage la très forte particularité des centraux de l’Atletico (Gimenez et Godin) qui touchent deux fois moins de ballons que la moyenne de notre échantillon (30 passes contre 62) et avec une réussite moindre dans les passes (80 % contre 89 %). A l’autre extrémité, on trouve leurs homologues de City qui conjuguent fort volume de jeu (près de 90 passes pour Stones et Laporte, soit trois fois plus que les Uruguayens de l’Atletico !) à très forte réussite (92 % pour Laporte, 94 % pour Stones).

Moins de dégagements et plus d’interceptions pour les Parisiens 

Le graphique ci-dessus décrit, pour nos 20 protagonistes, le nombre d’interventions défensives (pour 90 minutes de jeu). Là aussi, les écarts entre les « Cityzens » (environ 5 gestes défensifs) et les « Colchonejos » (10 de moyenne) est impressionnant.

Que retenir des performances des Parisiens dans cette catégorie statistique ? Si la moyenne du nombre d’interventions défensives est identique (7.1), le type de geste diffère : on retrouve notamment plus d’interceptions et moins de dégagements, ce qui pourrait être interprété positivement comme le signe d’une défense qui agit davantage en anticipation qu’en précipitation.

Les centraux parisiens tirent moins au but

Intéressons-nous désormais aux indicateurs statistiques où les Parisiens sont en retrait par rapport à notre échantillon. A commencer par les frappes aux buts où leur moyenne est de 0.43 tir (toutes les 90 minutes), contre 0.54 pour notre panel. En outre, les joueurs de la capitale cadrent moins (22 %) que les défenseurs des top clubs européens (33 %).

Le graphique ci-dessus montre bien que les protégés de Thomas Tuchel figurent dans le quart sud-ouest du graphe, celle des joueurs qui tient peu et plutôt mal. Seul Kehrer, avec 0.66 tir, parvient à redorer quelque peu le blason du PSG dans ce domaine du tir. La spécialité allemande de la frappe au but ne se dément d’ailleurs pas, puisque c’est Hummels qui domine largement ce classement (1 tir) et que Niklas Süle fait également très bonne figure (0.47). Le jeune (23 ans) défenseur du Bayern a d’ailleurs pris de 9 de ses 20 tirs d’en-dehors de la surface, soit plus à lui seul que les quatre défenseurs centraux du PSG réunis (6). Kimpembe, à force de côtoyer la communauté allemande du PSG (Draxler, Kehrer…) va peut-être se mettre à l’allemand et à la frappe. Il en aurait bien besoin parce que ses 4 tirs en 24 matches de Ligue 1 l’an passé font bien pâle figure.

Un écart abyssal sur le jeu long

Quelques constats concernant le jeu long :

  • 14 des 16 joueurs de notre panel des principaux clubs européens font plus de passes longues que le défenseur central du PSG qui en effectue le plus (Marquinhos).
  • La moyenne des « européens » est de 8.1 passes longues contre 4.4 pour les défenseurs du PSG
  • Le taux de réussite est en revanche meilleur côté parisien : 69.9 % contre 59.8 %

Situés dans la partie en haut à gauche du graphique, les défenseurs du PSG font bien partie de ceux qui utilisent le moins cette arme du jeu long mais avec le plus de réussite. Les plus gourmands sont les « Italiens » Bonucci (10.7 passes) et Albiol (10.4) mais avec une précision douteuse pour le joueur de la Juve (56.1 %). On remarquera avec intérêt qu’Abdou Diallo est le plus adroit de notre étude (80.3 %) avec un volume correct de passes longues (6.3, soit quasiment autant que Marquinhos).

Le graphique ci-dessus confirme l’aversion des centraux parisiens pour le jeu long puisqu’il représente entre 4 % (Kehrer) et 9 % (Marquinhos) des passes totales tentées. A l’inverse, pour les centraux de l’Atletico (21 %) et de la Juventus (17 %), c’est une arme souvent utilisée.

Plus de tacles chez les Parisiens

Autre domaine où les défenseurs centraux parisiens se distinguent, en tous les cas la majorité d’entre eux : le tacle. Alors que la moyenne des joueurs de notre étude est de 1.7 tacle, les centraux du PSG taclent en moyenne 2.8 fois toutes les 90 minutes. Alors même que Thiago Silva est à 0.9 et tire donc la moyenne vers le bas ! Kehrer (4.2), Kimpembe (3.2) et Marquinhos (2.9) présentent donc des niveaux de tacles bien supérieurs à la moyenne des autres centraux des grands clubs européens. Et ce sans pour autant avoir un meilleur taux de réussite dans l’exercice (75.2 % vs 78.6 %).

Les joueurs de la Juventus (Bonucci et Chiellini), une nouvelle fois, se distinguent : très peu de tacles (1 en moyenne à eux deux), avec une grande sécurité (90 % de succès). La palme revient à Van Dijk qui tacle peu et toujours bon escient (1 seul tacle, à 100 % de réussite). Les écarts entre les joueurs sont réellement importants, que ce soit dans le volume de tacles (entre Kehrer à 4.2 et Bonucci à 0.8) ou dans la réussite (Van Dijk à 100 %, Hummels à 62 %).

Il serait d’ailleurs intéressant de chercher à comprendre pourquoi les défenseurs centraux du PSG taclent à ce point plus que leurs homologues des autres championnats européens. Est-ce lié à leurs caractéristiques propres comme pourrait le laisser supposer le fait que Thiago Silva, lui, a si peu de tacles ? Ou au style des attaquants de Ligue 1, très portés sur la percussion et le dribble ? 

Quoi qu’il en soit, plus portés sur le tacle, les défenseurs parisiens commettent logiquement plus de fautes que leurs collègues « européens » : 1.1 par match contre 0.7 en moyenne. Ce sont cependant Koulibaly et Lenglet qui en font le plus (1.4). Van Dijk et Stones, qui taclent peu, font très peu de fautes (0.3).

Les défenseurs parisiens subissent par ailleurs plus de fautes que leurs homologues : 1 vs 0.6. Comme le montre de façon claire le graphique, Kimpembe se distingue nettement avec 1.8 fautes subies (/90 minutes). C’est beaucoup plus que le second de l’étude qui n’est autre que Thiago Silva (1.1), et le 3ème Joel Matip (1 faute).

La référence Van Dijk

Enfin, comment ne pas conclure cette étude sans évoquer l’efficacité offensive des défenseurs centraux ? On attend clairement aujourd’hui d’un défenseur central qu’il soit dangereux offensivement, en particulier sur coups de pied arrêtés. Or, dans ce secteur, Thiago Silva and Co n’ont guère été performants ces dernières années.

La comparaison avec les meilleurs centraux européens ne fait que confirmer les difficultés parisiennes, sans toutefois crier au scandale. En termes de buts, la moyenne annuelle parisienne est de 1 contre 1.75 pour les joueurs de notre panel. Pas de quoi sauter au plafond. C’est sûr qu’il vaut mieux se comparer à Gimenez ou Stones (0 but) qu’à Van Dijk ou Piqué (4 buts chacun).

En matière de passes décisives, les Parisiens font jeu égal avec les ténors européens. C’est Aymeric Laporte qui domine notre échantillon avec 3 assists en Premier League l’an passé.

Des Parisiens différents

Au final, on aura vu que dans bien des secteurs, les statistiques des défenseurs centraux parisiens se démarquaient, parfois assez sensiblement de celles de leurs homologues des meilleurs clubs européens. C’est notamment le manque de tirs aux buts et de jeu long qui ressort comme les plus gros points faibles du jeu parisien. La lecture attentive des graphiques aura également permis d’apprécier la « ligne de stats » de Virgil Van Dijk (Liverpool). Défenseur ultra complet, futur possible ballon d’or. Un exemple à suivre pour les jeunes défenseurs centraux du PSG. 

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