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Le 7+3 du PSG, une idée déjà à oublier ?

Publié le mardi 24 octobre 2017 à 19:41 par Philippe Goguet
Depuis quelques semaines, le PSG évolue dans un système de jeu un peu étrange qui coupe son équipe en deux : d'un côté les sept joueurs plutôt défensifs, de l'autre les trois attaquants. Plutôt efficace contre le Bayern en septembre, ce 7+3 a affiché de grosses lacunes ce dimanche à Marseille. Analyse d'un système particulier, pas forcément à enterrer trop vite.

Une réussite face au Bayern, un échec face à l'OM

Le 27 septembre dernier, le PSG frappait très fort sur la scène européenne en faisant exploser le FC Bayern Munich, un des monstres sacrés de la Ligue des Champions. Outre le score, 3-0, c'est la façon de jouer des hommes d'Unai Emery qui avait surpris. Loin de leur jeu de possession habituel, les Parisiens avaient surtout joué en contre et la vitesse du trio Neymar/Cavani/Mbappé avait littéralement fait exploser l'arrière-garde adverse, dépassée sur les rapides attaques parisiennes. 

Un petit mois a passé, le PSG a enchaîné les bons résultats, tout du moins jusqu'à dimanche dernier, et les prémices de ce qui avait été vu contre le Bayern se sont confirmées. Peu à peu, les trois attaquants parisiens sont déchargés de la plupart des tâches défensives et évoluent loin devant leur milieu, d'où cette impression d'avoir les quatre défenseurs plus les trois milieux d'un côté et les trois attaquants de l'autre. Contre Marseille, les limites du système sont apparues de façon encore plus flagrante qu'à Dijon ou Anderlecht dernièrement. 

Un système qui se cherche

Alors que les premiers matches de la saison avaient dessiné une équipe en bloc où tout le monde attaque et défend ensemble, notamment lors de la royale première période au Celtic Park, le système asynchrone en 7+3 qui se dessine dernièrement représente tout l'inverse : une partie de l'équipe défend, l'autre attaque, chacune à tour de rôle. 

De cette répartition des tâches qui paraît être venue d'un autre temps, tout le monde a fini par y perdre et le PSG semble aujourd'hui avoir du mal aussi bien à défendre qu'à attaquer. En phase offensive, les latéraux n'osent plus vraiment monter pour prêter main forte, l'absence de repli des deux ailiers semblant les inciter à la prudence. Et quand il s'agit d'accompagner les contres, personne ne peut totalement suivre : non seulement les attaquants partent de beaucoup moins loin du but adverse que le reste de l'équipe mais ils courent également plus vite et n'attendent personne en chemin.

Des milieux sous l'eau

Force de l'équipe depuis des années, le milieu de terrain semble particulièrement souffrir de cette nouvelle répartition des tâches. Après le match à Anderlecht, Rabiot expliquait ainsi l'énorme écart entre les lignes : «Souvent, quand on récupère la balle, on joue très rapidement devant et, vu que nos attaquants sont souvent pas replacés ou très hauts sur le terrain, cela fait qu'on n'a pas le temps d'accompagner les attaques de derrière ni au milieu et, souvent, il y a 20 ou 30 mètres entre la ligne d'attaque et celle du milieu. C'est quelque chose qu'on doit aussi travailler, être plus en bloc et plus équilibré.»

Quatre jours plus tard à Marseille, c'est finalement encore pire. En contre ou sur attaque placée, les attaquants parisiens n'ont finalement jamais trop su se mettre dans le bon sens et les milieux n'ont que trop rarement apporté, largués sur les contres et incapables de casser la première ligne de défense marseillaise sur les attaques placées. Le but parisien, inscrit par Neymar, vient d'ailleurs d'une des rares incursions d'un milieu, Rabiot, dans la surface adverse. Avant le match, le coach parisien avait pourtant demandé ce genre d'action mais les insertions de ce type ont été rares. Par peur du contre ou par impossibilité physique ?

Car l'une des conséquences de ce 7+3 est l'énorme charge de travail demandée aux trois milieux de terrain. En phase défensive, ils doivent couvrir, à trois, toute la largeur du terrain. Un arrière latéral adverse déborde ? C'est au milieu relayeur plutôt qu'à l'ailier d'aller cadrer l'adversaire la plupart du temps. Une fois le ballon récupéré, les milieux doivent alors assurer sa remontée et sa transmission, puis suivre le contre si possible. Autant dire qu'ils doivent gérer, alternativement, à la fois toute la profondeur et toute la largeur du terrain. Là encore, la mission est pratiquement impossible, surtout avec un Motta de 35 ans dont la mobilité n'est pas la qualité première.

Avant OM/PSG, Verratti a pourtant défendu ce système particulier dans L'Equipe : «Avec les attaquants qu’on a, quand on met le ballon devant, il ne revient pas derrière. On a moins de possession et nous, les milieux, on court beaucoup plus. J’aime bien. Si on me dit: “Tu dois courir deux fois plus parce qu’il y a Neymar devant”, je cours le triple. Parfois, on doit défendre toute la largeur du terrain à trois, ce n’est pas facile mais on le fait avec plaisir parce qu’on sait qu’on a trois champions devant.»

Un plan B plus qu'autre chose ?

Malgré ces belles déclarations, et il n'est pas ici question de remettre en cause l'honnêteté d'un Marco Verratti prompt à se dépouiller pour son équipe, le match à Marseille a montré que ce mode de fonctionnement en 7+3 avait ses limites. L'animation offensive comme défensive surresponsabilise les principaux joueurs, qu'ils soient défensifs ou offensifs. Globalement peu en verve dimanche au Vélodrome et bien pris par les Olympiens, les attaquants parisiens n'ont que trop rarement mis en danger la défense adverse. 

Et si Paris a effectivement peu concédé, on ne pouvait pas en dire autant quelques jours plus tôt du côté d'Anderlecht où le 7+3 était encore de sortie. En insistant sur les côtés et en renversant le jeu pour trouver le côté opposé où le latéral parisien est seul le temps que son milieu relayeur le plus proche arrive pour l'aider, les Belges se sont créés un nombre non négligeable d'occasions et c'est un grand match d'Areola qui a permis aux Parisiens de garder leur cage inviolée. Sans vouloir manquer de respect à Anderlecht, cela dénote déjà une porosité défensive qui semble peu compatible avec la conquête du graal européen.

Pour autant, tout n'est pas négatif dans ce 7+3, à l'image des quatre buts marqués le même soir et de la pelletée d'occasions créées par un trio d'attaque en grande forme. Dévoreuse d'espaces redoutable dès lors qu'on lui en offre, la MCN force aussi les équipes adverses à attaquer avec le frein à main, la peur du contre fatal qui pourrait survenir étant bien présente. Le Bayern d'Ancelotti, mené dès la deuxième minute, n'avait juste su trouver son équilibre face à cette situation compliquée.

Comme l'expliquait Verratti il y a peu, «c’est une bonne chose pour la Ligue des champions de savoir jouer comme ça.» Reste désormais peut-être à savoir quand jouer de cette façon, certains scénarios de matches ne correspondant pas à ce besoin. Passé d'un extrême à l'autre en quelques semaines à peine, ce système et ses implications représentent aujourd'hui parfaitement la quête d'équilibre dans laquelle se situe Unai Emery. Le Basque a vu en quatre matches à peine à la fois tous les avantages et les inconvénients de ce 7+3 construit pour faire briller les trois stars de l'attaque.

L'entraîneur parisien a jusqu'au printemps pour être prêt avant les grandes explications européennes. Si le PSG arrive en étant capable de maîtriser à la fois deux systèmes et deux styles de jeu, son équipe n'en sera que plus redoutable et son 7+3 pourrait même devenir une clé de la réussite. Pour l'heure, cela ressemble à un plan B qui nécessite encore de nombreux ajustements.

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