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Juan Bernat présenté par des fans du Bayern

Publié le vendredi 14 septembre 2018 à 13:31 par Philippe Goguet
Débarqué le 31 août dernier, Juan Bernat devrait jouer ce vendredi soir face à Saint-Etienne son premier match avec les couleurs parisiennes. Celui que Tuchel a présenté comme ayant «une bonne technique et une très bonne mentalité» n'était toutefois pas vraiment la priorité du PSG à ce poste orphelin depuis la retraite de Maxwell. Après quatre ans au Bayern, l'Espagnol de 25 ans va tenter de se relancer à Paris. Et à en croire les supporters bavarois que nous avons interrogés le concernant, il va y avoir du travail pour Thomas Tuchel.

Son profil de joueur

Nom relativement établi du football européen et international espagnol à 7 reprises, Juan Bernat n'en reste pas moins un joueur dont le profil n'est pas forcément connu de tous et les supporters bavarois interrogés le présentent donc : «c'est un joueur de couloir dynamique et relativement offensif. Comme bon nombre de défenseurs latéraux espagnols ou latins, c'est un ailier de formation reconverti rapidement comme latéral. Si l'on devait le comparer à un autre joueur ce serait évidemment Jordi Alba avec qui il partage la taille, le physique, le poste et son dernier club avant de signer dans un "FCB", à savoir le FC Valence.»

«Vitesse, dynamisme, allant offensif et technique. C'est un joueur qui cherche à aller vers l'avant, rapidement.»

Joueur de couloir au profil radicalement différent de celui d'un Berchiche qu'il remplace pourtant, la première de ses qualités est «la vitesse, qu'il n'utilise pas assez à bon escient». Sont aussi cités «son dynamisme, son allant offensif et sa technique. C'est un joueur qui cherche à aller vers l'avant, rapidement. Dès qu'il reçoit la balle ou intercepte une passe, il va chercher à aller vers l'avant, souvent balle au pied. Il est capable d'enchaîner les aller-retours étant donné qu'il dispose d'un bon coffre une fois qu'il est prêt physiquement.»

Concernant son pied gauche, il ne fait pas totalement l'unanimité chez les supporters. Quand l'un va trouver qu'il «ne l'utilise pas toujours à bon escient ou de manière juste», l'autre estime qu'il «a une belle patte gauche. Surtout sur la qualité de centres, notamment pour nous qui avons pu le comparer à Alaba dont c'est le point "faible", à mon sens.» Si la qualité de centre peut être au rendez-vous, les choix faits balle au pied sont discutables : «S'embarquant souvent dans des chevauchées balle au pied, il est souvent contraint de revenir sur ses pas pour trouver un joueur plus bas que lui, étant donné qu'il a une vision de jeu pas toujours optimale. C'est d'ailleurs cela qui l'empêche bien souvent de faire la dernière passe parfaite ou le centre parfaitement ajusté.»

«En parlant de duel, défendre en 1 contre 1 c'est loin d'être son fort.»

Mais le premier défaut cité, et de manière unanime, est «le placement, aussi bien offensif (dédoublement) que défensif (marquage). Il est trop souvent en retard par rapport au jeu de ses coéquipiers ou celui de ses adversaires. Tactiquement, bien qu'il puisse jouer dans plusieurs systèmes, il se faisait souvent avoir à l'intérieur ou dans son dos. Il y a ensuite son physique qui fait qu'il est inexistant dans le jeu aérien et dans les duels. En parlant de duel, défendre en 1 contre 1 c'est loin d'être son fort.» Autre point cité comme étant problématique, son pied droit : «Être gaucher est un atout, mais lui est gaucher exclusif, son pied droit n'étant que très rarement utilisé.»

«Un joueur globalement fragile musculairement, comme de nombreux joueurs avec son gabarit et son style.»

Le PSG a donc récupéré un joueur incomplet, notamment dans son bagage tactique, et sa fragilité ne semble pas être une légende : «Bernat est arrivé à Munich à l'été 2014 et a réalisé une première saison encourageante, sans réelle blessure. Mais dès l'année 2015/16, les pépins physiques lui font manquer une quinzaine de matchs, souvent pour raisons musculaires. Son temps de jeu diminue considérablement du coup et les problèmes commencent réellement puisque dès lors, il perd en confiance et a beaucoup de mal à revenir. Il effectue alors la moitié des matchs en 15/16 et 16/17 en Bundesliga, que ce soit avec Pep Guardiola ou Carlo Ancelotti (dont des entrées en jeu bien évidemment). Sa dernière saison sera marquée par une blessure provoquée par le joueur du Milan AC, Kessié, qui lui a fracturé la cheville en préparation estivale, lui faisant manquer quasiment 4 mois. Il revient dans un Bayern ayant changé d'entraîneur, avec Jupp Heynckes ayant repris le club, et son statut évolue encore puisqu'il devient la solution numéro 3 à gauche, derrière Rafinha. C'est donc un joueur globalement fragile musculairement, comme de nombreux joueurs avec son gabarit et son style.»

Concernant l'extrasportif, il n'y a rien eu de spécial à souligner et son arrivée à Paris rappelle même celle en Bavière : «Au Bayern, il est arrivé sous les ordres de Pep Guardiola qui voulait un joueur de couloir supplémentaire puisqu'il souhaitait pouvoir utiliser Alaba de façon variée vu la polyvalence de l'Autrichien. Il est donc arrivé dans un contexte "parfait" puisque voulu par le coach, dans un vestiaire qui était de plus en plus hispanique (Martinez, Thiago, Xabi, Vidal, Rafinha etc...). Il n'a donc pas eu de grands soucis d'acclimatation. Il reste possible que l'Espagne lui ait manqué, mais le réel souci demeure sa grosse fragilité. »

Son rôle au FC Bayern

Arrivé dans les bagages de Guardiola, Bernat repart en étant le pestiféré des supporters munichois qui s'expliquent le concernant : «Son évolution est très négative. Il est arrivé avec l'image du parfait remplaçant d'Alaba, en remplacement de Contento parti à Bordeaux. Mais il est devenu un poids au fil des saisons. Je n'ai aucun doute sur le fait que le Bernat de l'automne 2014 est plus fort que le Bernat du printemps 2018. [...] Ses saisons se sont enchaînées sans se ressembler. Si à son arrivée, Pep l'utilisait très souvent (Alaba défenseur axial gauche dans une défense à 2 ou à 3), son temps de jeu s'est réduit d'année en année, allant de paire aussi avec ses blessures. Il part de joueur très utilisé en 2014 (quasi 50 matchs) à backup réel d'Alaba à l'été 2015, ce qu'il sera pendant 2 ans, que ce soit sous Pep ou Ancelotti, avant de devenir "réserviste" sous Heynckes en 2017/18.» 

«Heynckes préférait aligner Rafinha à gauche en cas d'absence d'Alaba plutôt que de confier le poste à Bernat»

La dernière année est même la pire, «le coach allemand préférait aligner Rafinha à gauche en cas d'absence d'Alaba (ou de Kimmich à droite) plutôt que de confier le poste à Bernat, spécialiste pourtant du côté gauche contrairement au latéral brésilien. Ce choix de Jupp a bel et bien confirmé la tendance : Juan Bernat était en perte de vitesse au Bayern (problème de qualité, physique avec ses blessures et avec le temps de confiance très certainement) et son avenir au club était scellé, à savoir un départ au plus tard à la fin de son contrat en 2019.»

Selon l'un de nos supporters interrogés, «la saison dernière fut la plus difficile pour lui au Bayern pour 3 raisons. La première raison est sa grave blessure l'ayant mis de côté pendant 4 mois en présaison. La deuxième raison c'est qu'Alaba était plus présent et surtout que l'Autrichien n'avait pas à jouer en défense centrale, lui laissant l'opportunité de jouer souvent. La troisième raison c'est Jupp Heynckes de retour au Bayern, qui n'a pas fait dans les sentiments, à juste titre, ce qui a sûrement nui à son mental. Être sorti plusieurs fois à la mi-temps d'un match capital car on est mauvais et voir le coach préférer un latéral droit de formation (Rafinha) à soi pour tout le reste de la saison, ça ne doit pas être évident, même si c'est logique et mérité.»

«Il n'a pas su progresser comme il aurait dû le faire au contact des autres joueurs»

Et au moment d'expliquer le passage de Bernat au Bayern, c'est pratiquement les bons débuts qui paraissent être l'exception : «Dans un premier temps, on peut se dire qu'il a surperformé la première saison puisque sa saison était dans l'ensemble correcte, voire bonne. Mais les lacunes étaient déjà bien visibles et elles ont commencé à être de plus en plus visibles au fil des saisons. Ses blessures l'ont ralenti d'autant plus que son profil nécessite une grosse condition et un physique stable pour être intéressant sur la pelouse. Puis, avec le temps, il a perdu confiance en lui (encore plus sous Heynckes puisque relégué au 3ème rang à son poste), ce qui crée un blocage chez bon nombre de joueurs pour exprimer 100% de leurs capacités. C'est donc un ensemble, mais je pense surtout qu'il n'a pas su progresser comme il aurait dû le faire au contact des autres joueurs (et d'Alaba) et que ses limites dans le placement et le travail défensif auront été fatales.»

Malgré cette fin douloureuse pour l'Espagnol, Bernat aura en revanche été jusqu'au bout « un joueur discret et sans histoire» dans le vestiaire, sans être un leader pour autant. «C'est un joueur qui malgré son niveau de jeu décevant et son statut de remplaçant, puis de remplaçant du remplaçant, a toujours été respectueux des choix des coachs et de ses coéquipiers. Il semblait être apprécié du vestiaire et notamment des hispanophones tels James, Martinez, Thiago. Son comportement ne sera normalement pas un souci.»

Ses capacités tactiques, son évolution et son potentiel

 «Sous Pep Guardiola, il a connu tous les schémas possibles»

Du côté du PSG, Bernat va retrouver avec Tuchel un disciple de Guardiola, un tacticien qui change beaucoup de schéma en cours de route et il ne devrait visiblement pas être perdu : «Sous Pep Guardiola, il a connu tous les schémas possibles, je pense. Défense à 3, défense à 4, latéraux côté ligne pour dédoubler avec l'ailier et combiner, latéraux rentrant à l'intérieur du terrain à côté du récupérateur pour créer le surnombre dans l'axe du terrain et isoler les joueurs de côtés, etc... Il a donc joué arrière gauche, latéral gauche mais aussi ailier gauche lorsque la pénurie d'ailiers frappait la Bavière.» Et «au-delà des schémas tactiques, il a connu différents styles de jeu, du football dogmatique de Pep Guardiola jusqu'au football plus pragmatique de Jupp Heynckes, même si ces deux footballs se concentrent sur un même idéal : le jeu de position très travaillé aux entrainements.»

«Lui confier l'animation complète de l'aile gauche semble difficile»

S'il est un homme de tous les systèmes, il semble clairement un homme d'une défense à 3 car «ses carences défensives sont tellement importantes que cela semble bien mieux lui correspondre.» Une version vite confirmée : «Etant donné ses limites défensives, ses lacunes dans le placement et son allant offensif, j'aurais tendance à dire dans un système à 3. Il aurait un défenseur central (gauche) pour le couvrir, et il partirait de plus haut sur le terrain sans pour autant être aussi haut qu'un ailier (lui laissant la possibilité de faire ses chevauchées balle au pied). Toutefois, lui confier l'animation complète de l'aile gauche semble difficile car il ne dispose pas de la qualité nécessaire pour déstabiliser le couloir entier (type dans un 3-4-1-2). Il serait donc plus adapté pour un 3-4-3, dans un système à 3 mais avec un ailier devant lui.»

Si le joueur a joué ailier gauche, un poste où le PSG est bien fourni et où il devrait peu dépanner, Paris a beaucoup moins de milieux et Bernat a une petite expérience dans ce secteur : «Il a déjà "quelque peu" joué milieu central puisque Pep Guardiola demandait à ses latéraux de rentrer dans l'axe du terrain lorsque le Bayern était en possession du ballon. Mais cela reste trop rare et anecdotique pour qu'il soit une réelle solution au milieu. Je ne vois donc pas Tuchel en faire son Guerreiro à Dortmund.»

Si Bernat devrait vite avoir du temps de jeu à Paris vu l'état de la concurrence, son départ n'a pas été regretté en Allemagne : «Comme vous avez pu vous en rendre compte sur les réseaux sociaux et Twitter, c'est un énorme soulagement de le voir quitter le Bayern. La seule déception c'est que le Bayern n'a pas souhaité dépenser de l'argent et le remplacer mais ça en dit très long sur la façon dont le joueur était perçu au club ... À titre personnel je préfère Rafinha ou le jeune Köhn.»

«Sur le plan purement sportif et compétitif, son départ est une très bonne chose pour nous tous. Depuis sa première saison, il n'a fait que régresser globalement.»

Cette perception est à la fois confirmée et modérée : «Niveau comportement, rien à dire sur ses années chez nous et son mot d'adieu a été bien perçu, d'autant plus qu'il l'a posté en allemand. Toutefois, sur le plan purement sportif et compétitif, son départ est une très bonne chose pour nous tous. Depuis sa première saison, il n'a fait que régresser globalement. Mis à part sa première saison, il aura été limité et aura été un éternel backup incapable de challenger Alaba. À son arrivée, nous espérions qu'il puisse faire progresser Alaba aussi, dans le sens où David se sentirait menacé, mais cela n'a jamais été le cas. D'un point de vue sentimental, c'est un joueur avec lequel les supporters bavarois n'ont jamais eu de réel coup de coeur contrairement à d'autres joueurs. Tout le monde y trouve donc son compte : club, joueur, supporters. Nous souhaitions son départ, surtout sportivement. Rafinha étant devenu plus performant que Bernat à gauche, Niko Kovac, nouvel entraîneur du Bayern, avait lui aussi fait de Bernat le numéro 3 à gauche. Il n'avait aucun avenir sur cette saison au club, il était donc préférable pour lui de partir afin de se relancer ailleurs.»

Relancer le joueur, c'est justement la tâche qui incombe à Thomas Tuchel et les supporters bavarois sont dubitatifs : «Son principal concurrent s'appellera Kurzawa et ce dernier semble être assez souvent blessé. Ce sera autre chose que David Alaba. Ce sera une occasion pour Bernat de jouer et prendre confiance, à partir de là rien n'est impossible, surtout dans le football. Mais ce sera très difficile. Je ne pense pas que les fans parisiens verront un miracle se produire avec l'espagnol. S'il retrouvait son niveau de 2014, qui n'est pas exceptionnel non plus, loin de là, ce serait déjà très bien. Guardiola, Ancelotti et Heynckes, sept Ligues des Champions à eux trois, n'ont pas réussi à lui faire passer le cap espéré et j'ai du mal à imaginer Tuchel, aussi grand tacticien qu'il soit, réaliser cet exploit.»

«Sa qualité intrinsèque ne semble pas suffisante.»

Un autre point de départ est exposé, mais avec la même fin : «Il peut potentiellement se relancer. S'il retrouve la confiance de sa première année et qu'il ne se blesse pas, il peut être une solution à gauche et donc faire mieux que ces 2-3 dernières saisons au Bayern. Cela va aussi dépendre du dispositif utilisé par Tuchel : défense à 3 ou à 4. La défense à 3 lui donnerait plus d'assurances et il serait moins vulnérable étant donné ses défauts.Toutefois, je le vois mal s'installer définitivement en titulaire à gauche dans un club avec l'ambition du PSG. Sa qualité intrinsèque ne semble pas suffisante.»

Acheté 15M€ par le PSG, celui «qui était jugé à l'époque de son arrivée comme un bel upgrade et qui va rapidement et au fil des saisons se révéler être une énorme erreur de casting» a donc à la fois un énorme boulevard devant lui autant qu'un énorme défi. Après un passage qui est allé de mal en pis du côté de la Bavière, il semble difficile de le voir faire pire vu la qualité moindre de l'opposition et l'important temps de jeu qui l'attend. Dès ce soir, il devrait avoir l'opportunité de faire mentir un club qui ne croyait plus en lui et des supporters qui sont contents de l'avoir vu partir. Pour le PSG, le pari semble toutefois bien risqué.

NB : Un grand merci à @Einschusseintor et @S_one pour le temps accordé

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