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[Entretien] Lina Boussaha : «J’ai envie de faire briller cet écusson, jouer et m’imposer !»

Publié le vendredi 5 juillet 2019 à 20:45 par Homer
Prêtée lors de la saison dernière au LOSC, la jeune milieu de terrain offensive Lina Boussaha est revenue sur sa saison avec le club nordiste en Division 1 mais qui n'a pu s'y maintenir. La joueuse formée au PSG, titulaire et joueuse majeure de Lille la saison passée, détaille sa saison et nous explique son ressenti dans un long entretien réalisé ces derniers jours.

Après quelques apparitions pour ta première année en tant que joueuse professionnelle au PSG (2 matchs joués en Coupe de France), tu remportes la Coupe de France, tu es finaliste du Challenge National U19 féminin et sélectionnée pour l'Euro 2018 U19 féminin, comment vit-on une saison intense comme celle-ci sans vraiment avoir joué avec l'équipe première ?

Même si j’ai très peu joué avec l’équipe professionnelle, et même moins que celle précédant la signature de mon contrat, elle fut très enrichissante. J’ai pris mon mal en patience en continuant à travailler dur pour être prête si le coach avait fait appel à moi. Comme je suis une compétitrice, je voulais jouer de suite avec l’équipe première mais je n’étais pas suffisamment prête. J’en étais consciente. Du coup, je redescendais la plupart du temps en U19 avec qui je prenais beaucoup de plaisir même si la défaite en Finale du Challenge National face au Montpellier HSC (NDLR : Lina marque un doublé, mais le PSG perd 4-2, photo) nous a laissés un goût d’inachevé. J’ai été sélectionnée dans la foulée en équipe de France U19 pour participer à l’Euro même si mon objectif premier était de disputer la Coupe du Monde U20 en France. Cette saison aura donc été mitigée avec du bon et du moins bon, mais mentalement, elle m’aura fait grandir. 

L'Euro 2018 ne s'est malheureusement pas passé comme prévu, avec un groupe jeune, amputé de joueuses plus matures qui ont été retenues pour la Coupe du Monde U20, avec un match nul (Suisse 2-2) et deux défaites (Norvège 1-0, Espagne 2-1), un match et demi joué, un pénalty marqué et deux passes décisives. Que retiens-tu de cette compétition ?

Comme vous l’avez précisé, des joueuses expérimentées ont été retenues pour participer au mondial U20. Cela a eu pour conséquence de grandement rajeunir notre effectif U19. Et forcément, qualitativement, c’était différent. Malgré ça, nous avions un groupe de joueuses intéressant et nous aurions dû faire mieux. Malheureusement, nous n'avons pas su répondre aux attentes, ni collectivement, ni individuellement. Nous sommes sorties dès les phases de poules alors que nous étions ambitieuses. Une nation comme la France doit se qualifier pour la suite de ce genre de compétition. Mis à part l’expérience acquise et l’esprit collectif, on ne peut pas retenir grand-chose de cette compétition car il fallait vite digérer la déception. 

Avant même la reprise du groupe professionnel du PSG, Lille annonce que tu vas jouer pour le club des Dogues durant une saison entière en Division 1. Comment s'est passée cette période ? Comment le prêt a-t'il été convenu avec le PSG ? Qu'est ce qui a été l'élément décisif pour rejoindre Lille ?

En Janvier 2018, lors de la trêve hivernale, le LOSC m’avait déjà approché pour un prêt de 6 mois mais les deux parties ne s’étaient pas mises d’accord. L’approche lors la période estivale a été plus simple grâce à ces premiers contacts justement, cela a facilité les choses. Dès mon retour de l’Euro U19, j’ai eu un rendez-vous avec mon agent afin de faire un point. La meilleure solution était de partir en prêt pour avoir du temps de jeu et acquérir cette expérience du très haut niveau qui me manquait.

«J’avais cette soif de temps de jeu en Division 1 et j’étais juste pressée de commencer.»

J’ai toujours voulu montrer ce que je pouvais réaliser, ce dont j’étais capable de faire sur un terrain. J’avais cette soif de temps de jeu en Division 1 et j’étais juste pressée de commencer. Le LOSC m’a montré une réelle envie de me récupérer. L’approche a été bonne et le projet était intéressant. La ville est belle, le club possède de très bonnes structures et sportivement, les objectifs me plaisaient. Globalement, le projet me correspondait vraiment. L’effectif était de qualité. De plus, je connaissais Ouleye Sarr, formée au PSG et recrutée la saison précédente, qui a facilité mon intégration. Tout était réuni pour me faire grandir, pour amener ce plus qui manquait pour lancer ma jeune carrière.

Après une raclée contre Lyon en ouverture de championnat (défaite 8-0), où tu étais entrée en jeu, tu as enchaîné par la suite un nombre très important de titularisations (16 sur 20 matchs joués en Division 1) en accumulant 1344 minutes de jeu cette saison. Avec un temps de jeu très important, penses-tu que le choix du LOSC était le bon au final ?

Tout au long de la saison, je n’ai jamais regretté ce prêt. J’avais fait le bon choix d’aller dans le Nord. Je pense avoir grandi sur le plan sportif, mental et humain. Sportivement également car avec autant de temps de jeu, vous prenez forcément de l’expérience. Vous jouez différentes équipes, face à différents styles de jeu, vous vous confrontez à de grandes joueuses. C’est tout ce que je souhaitais. Mentalement aussi puisqu’il y’a des périodes où vous jouez moins. Vous réalisez de mauvaises prestations ou vous vous blessez. Et vous perdez. Vous devez rester concentrés sur vos objectifs individuels et collectifs, et ne pas baisser la tête. Ce sont des moments compliqués mais qui au final vous font grandir. C’est là que l’on franchit des caps. Surtout à mon âge. Et enfin humainement car vous êtes loin de votre famille, vous quittez tout, vous vivez seule, vous devenez plus responsable et autonome. Au final, j’étais épanouie et heureuse. C’est aussi ça le principal. 

Le début de saison de Lille était plutôt intéressant (matchs nuls obtenus sur les terrains du PFC, du PSG, contre Montpellier) mais le club nordiste n'a malheureusement pas su prendre les points essentiels contre ses concurrents directs (défate contre Metz, contre Dijon, à Guingamp). Comment expliques-tu cette situation ?

Notre première partie de saison a été étrange dans le sens où nous faisions des matchs intéressants contre les clubs du top 5, mais contre nos concurrents directs, nous n’avions en effet jamais été à la hauteur. Mentalement, il nous manquait quelque chose, nous étions crispées et fébriles de peur de concéder un mauvais résultat. Le changement de staff en janvier, avec le passage de Rachel Saïdi en tant qu’entraîneur, nous a complètement métamorphosées. Elle a apporté une énorme dynamique au groupe et nous sommes devenues une toute autre équipe. Tout le groupe était concerné pour rattraper le retard concédé en première partie de saison. C’est à ce moment qu’on a senti le réel esprit d’équipe de cet effectif, et qu’on a pris la pleine mesure de notre potentiel. On prenait du plaisir en matchs mais aussi aux entraînements. On jouait avec nos forces, nos valeurs. Nous étions plus libérées, plus confiantes, sûres de nous. Chacune était à son meilleur niveau. Ce qui n’était pas le cas en première partie de saison. C’est là, la différence... 

Tu as inscrit deux buts cette saison, mais deux buts très importants pour Lille. Le premier à Saint-Germain-en-Laye face à ton club formateur, avec une prestation très intéressante de ta part, en jouant les coups parfaitement avec Sarr en attaque. Puis le second, dans un match de la survie, à domicile contre Guingamp dans les dernières minutes de la rencontre, un but qui donne encore l'espoir d'un possible maintien en Division 1. Peux-tu nous décrire tes sensations à ce moment-là ? Tu étais proche de faire le tour du stade lors du second but d'ailleurs...

Le but contre le PSG est aussi le premier de ma carrière en D1. Ce qui lui rajoute une saveur particulière… Ce fut assez étrange car d’un côté vous ne voulez pas marquer contre le club que vous aimez, mais d’un autre, vous devez laisser de côté l’affectif car vous défendez les couleurs du LOSC. Il y a cette fierté de se dire que vous avez marqué contre le PSG. Cependant, je n’ai pas célébré. J’ai beaucoup de respect pour mon club de cœur. Le second contre Guingamp, c’était le but égalisateur. Le 3e but sachant qu’on perdait 3-0. Donc oui, c’était un moment fort puisqu’on jouait le maintien à ce moment et il ne fallait pas perdre de peur d’être condamnées à la relégation. Ce sont des moments rares, et il fallait profiter de l’instant présent.

Malgré une bonne saison de ta part, Lille n'aura pas réussi à se maintenir en Division 1, perdant sa bataille à distance contre Metz. Que retiens-tu de ton passage à Lille ? Selon toi, qu'a-t'il manqué au groupe du LOSC pour rester en Division 1 ?

Ce que je retiens, c’est cette belle expérience dans le Nord. Je remercie d’ailleurs l’ensemble du club. Comme je l’ai dit plus haut, j’ai grandi sur le plan sportif et sur le plan humain en tant que femme. Le prêt sert à ça justement. A s’épanouir, à grandir et mûrir pour revenir plus forte. Mon jeu a évolué. Surtout sous les ordres de Rachel Saïdi et de Christophe Douchez. Quand vous vous mettez au service du collectif, c’est beaucoup plus facile. Je ne suis plus la même joueuse forcément. Leur confiance et l’enchainement des matchs m’ont fait le plus grand bien. 

«J’ai grandi sur le plan sportif et sur le plan humain en tant que femme. (...) Je ne suis plus la même joueuse forcément.»

Je pense avoir donné mon maximum pour les couleurs lilloises. J’ai toujours voulu rendre la pareille et tout donner à chaque rencontre. Les objectifs étaient de se maintenir et d’aller le plus loin possible en Coupe de France. Le second a été réalisé mais malheureusement, pas le premier. Ce qui nous a manqués, c’est de la confiance en première partie de saison. C’était criant sur certaines rencontres. Contrairement à la seconde où nous étions des guerrières. Si nous avions été dès le début dans cet état d’esprit, nous aurions joué le top 6. L’équipe s’est réveillée tardivement. Il nous restait trop peu de journées quand nous étions à notre meilleur niveau. On s’est rendu compte de notre potentiel qu’en janvier ou février. C’est vraiment dommage car j’aurais aimé laisser le LOSC en D1.

Passons à la Coupe de France, où Lille a su passer les obstacles sans trop souffrir et a pu se hisser en finale contre L'OL (défaite 3-1). Là encore, tu as été alignée en tant que titulaire lors de tous les tours, marquant même deux buts donnant la qualification (contre La Roche S/Y en quarts et contre le PFC en demi finale). Au-delà de la bouffée d'oxygène que peut représenter la Coupe dans une saison très compliquée en championnat, comment as-tu vécu ce parcours ? 

La Coupe de France, c’est la cerise sur le gâteau. On a voulu le maintien et la finale de coupe de France mais ça ne s’est pas réalisé malheureusement. La Coupe de France nous a permis à l’équipe de passer un cap mentalement et de garder une dynamique dans le groupe. Avec ces matchs à élimination  directe, on a su prendre conscience du potentiel qu’on avait. On était très soudées, sûres de notre force. Cela nous a permis de réaliser une belle seconde partie de saison en championnat. Cette confiance a été primordiale. Se hisser jusqu’en finale a été un moment historique pour le club. Ce n’était jamais arrivé. Incroyable pour nous, les joueuses. Aller en finale avec le PSG, et avec le LOSC, c’est deux choses différentes. Personne n’aurait misé sur le LOSC en finale de Coupe. Les gens du club étaient heureux, émus. Avant même la finale. Cela nous a fait chaud au cœur. Malheureusement, on s’incline face à l’une des meilleures équipes d’Europe (NDLR : défaite 3-1 contre Lyon).

Pour ce prêt, quels auront été tes contacts avec le PSG durant cette période ? Une personne du club restait-elle en contact avec toi régulièrement ? Est-ce qu’une personne du club s’est déplacée jusqu’à Lille pour savoir comment cela se passait pour toi ? Estimes-tu que le club a suivi ton parcours durant cette année ? 

Je connais bien les filles du club. On se contacte souvent. Et à l’ère des réseaux sociaux, on se suit quotidiennement. Par exemple, j’ai Sandy Baltimore très régulièrement avec qui je discute pratiquement tous les jours. Je suivais les performances du club. Professionnellement, Laure Boulleau m’a contacté quelques fois pour prendre de mes nouvelles. Et aussi lors des confrontations aller et retour contre le PSG en championnat, j’ai croisé des membres du club avec qui j’ai pris le temps d’échanger quelques mots. Je sais aussi qu’Olivier Echouafni et son staff suivaient régulièrement mes performances pour suivre ma progression.

Il te reste encore une saison de contrat avec le PSG, jusqu'en juin 2020. Le club a-t-il déjà évoqué avec toi ou tes représentants la suite de ta carrière ? Y'avait il un accord la saison dernière avant de partir à Lille pour une éventuelle prolongation ? Quel serait ton souhait ?

Aucune idée précise concernant la suite de ma carrière. Pour l’instant, il me reste une saison de contrat, on verra ensuite. Je sais pertinemment que ce sont mes performances qui vont conditionner le reste. Je vis saison par saison. Je ne pense pas loin. Je ne cogite pas. Le football va vite, très vite. Dans un sens comme dans un autre. Il n’y avait pas d’accord non plus avant mon prêt. En tant que joueuse formée au club, titi et fan du PSG depuis petite, mon rêve serait de prolonger et de rester ici. Quand vous aimez le club, vous vous donnez 10 fois plus. J’ai envie de faire briller cet écusson. Jouer et m’imposer. Pour cela, il faut travailler et prouver, comme certaines ont pu le faire. Je pense notamment à Grace Geyoro, Marie Katoto, ou Perle Morroni... Ce sont nos exemples ces joueuses-là. Je vais tout faire pour m’inscrire dans la durée au PSG.

Crédits Photos PSG.fr LOSC.fr



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