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Takerboucht : «On est au centre de formation dans une bulle»

Publié le mercredi 28 décembre 2016 à 19:33 par Dubdadda
Son nom ne vous dit peut-être pas grand chose mais Yannis Takerboucht a longtemps été considéré comme un grand espoir de la génération 93 du PSG au même titre que Youssouf Sabaly, Alphonse Areola ou encore Philtzgérald Mbaka. A travers le long entretien qu’il nous a accordé, l’ancien latéral droit parisien est revenu sur son parcours chaotique qui l’a mené en six ans du statut de meilleur joueur de la finale du championnat de France U17 et capitaine des U19 Nationaux à l’anonymat des pelouses de CFA2. Dans cette troisième et dernière partie, le joueur d’Aubervilliers évoque la formation parisienne et la situation actuelle de ses anciens coéquipiers.

L’intégration des jeunes du centre de formation est-elle compatible avec les objectifs de résultats du PSG ?

«Je me souviens que Loïck (Landre) ne dormait jamais sans avoir fait sa séance de gainage, c’était un vrai bosseur.»

C’est la philosophie du club qui doit montrer aux jeunes que l’on mise sur eux et que l’on peut leur donner des responsabilités. Certains sont prêts à assumer ce statut, dès le plus jeune âge. Au PSG, il faut saisir absolument cette chance quand on te la donne mais il existe encore certains freins à cette politique. Il y a en effet des joueurs qui sont boostés et d’autres moins mais le travail finit toujours par payer. Presnel (Kimpembe) et Loïck (Landre, aujourd'hui à Lens) sont par exemple des joueurs qui n'ont jamais été surclassés mais ils sont clairement partis chercher leur contrat. Je me souviens que Loïck ne dormait jamais sans avoir fait sa séance de gainage, c’était un vrai bosseur.

Les joueurs signent cependant de plus en plus tôt leur premier contrat professionnel. A l'époque, Alassane (També) et Jimmy (Kamghain) étaient des précurseurs mais aujourd'hui c'est la norme de signer pro à 17 ans. Je trouve que cela expose trop vite les jeunes et certains, logiquement, se perdent. Il faut avoir un bon entourage et la tête sur les épaules à un âge où tu es en train de te construire. Il faut se dire «je peux ne pas réussir» et avoir un plan B. Pour ces joueurs qui signent de gros contrats très tôt, cela peut être compliqué si cela ne se passe pas comme prévu car pour rebondir dans un autre club, ils devront abandonner leur statut et faire souvent des sacrifices financiers.

Le recrutement extérieur en CFA a souvent été un sujet épineux sous l’ère Reuzeau. Lors de ta dernière saison au PSG, Atlan, Rouag et Dufresnes faisaient d’ailleurs partie de l’équipe type. Quel était l’apport de ces recrues, étaient-elles toujours bien intégrées malgré la concurrence avec des jeunes du Centre ?

Sportivement, la grande majorité nous aidait mais c'est vrai que l’on ne comprenait toujours pas les choix de Rizzetto. Pour l’anecdote, on n’était vraiment pas fan de Dufresnes au début car il était à la rue physiquement mais c’était un bon joueur comme Malik (Rouag) qui est encore aujourd’hui comme un grand frère pour moi. Cela a été une super rencontre !

Tu as failli participer à la NextGen Séries, l’ancêtre de la Youth League. Que penses-tu de ce type de compétition ?

J’aurais bien aimé y participer (ndlr : il ne figurait pas dans la liste des 3 joueurs nés en 93 autorisés par club). L’impact médiatique est énorme et tu sens que c’est autre chose. Je me souviens que durant la NextGen, il y avait même des mecs de mon quartier qui venaient (rires). Ce sont des outils pour arriver dans le monde pro, c’est vraiment bon à prendre à mon avis.

Comment expliques-tu les difficultés récurrentes du club parisien en Coupe Gambardella ?

C’est vrai, il y a un truc avec la Gambardella. Face au PSG, les équipes se transcendaient encore plus qu’en championnat et nous, on y arrivait seulement contre des équipes pro comme Nancy au Camp des Loges (ndlr : victoire 1-0 en 16èmes de finale en 2011). Il nous a toujours manqué ce petit truc, notamment lorsque le contexte était difficile. Face au Paris FC par exemple au tour suivant, les éléments étaient contre nous (pelouse synthétique en mauvais état, ambiance tendue, défi physique) et on n’a pas réussi à donner le meilleur de nous-mêmes.

Tu fais partie de la génération 93 du PSG, une génération talentueuse composée de plusieurs joueurs qui éprouvent aujourd’hui de grosses difficultés à percer dans le monde pro. Peux-tu nous donner des nouvelles de tes anciens coéquipiers ?

Philtzg (Mbaka) a signé cet été à Oman après avoir joué en seconde division australienne. En U14 au PSG, il inventait des gestes à chaque match (rires) mais certaines décisions l’ont démotivé et il a un peu vécu dans l’ombre de Rabiot. Cela reste pour moi un des plus grands talents de la promo et un très bon ami. Rafik (Gérard) a quant à lui bien rebondi après ses graves blessures et va bien à Lens. C’est de loin le joueur le plus technique que je connaisse. Youssouf (Sabaly), c’est comme un frère et une amitié forte nous lie. Il donne l’impression de progresser de jour en jour et j'espère qu'il pourra percer au PSG.

Parmi les joueurs qui sont actuellement sans club, j’ai parlé avec Ilan (Boccara) il y a trois jours. Il va bien et devrait chercher un club cet hiver. Tout le monde se souvient encore de sa saison 2011/2012, il marchait sur l’eau et il avait signé à l’Ajax (ndlr : il ne jouera jamais avec l’équipe première). Arnaud (Honoré) est lui-aussi sans club, c’est un joueur que j’apprécie beaucoup avec un gros talent mais il donnait par moment l’impression de pouvoir faire plus.

Franck (Bikoya) est un des mes meilleurs amis et une très belle rencontre au PSG. On s’appelle souvent, il évolue dans une équipe universitaire américaine, tout comme Florian (Valot). Jason (Bli) a fait aussi un séjour aux Etats-Unis mais il évolue désormais en région parisienne à Montrouge. Pour finir, j'ai croisé Nicolas (Rajsel) cet été durant la préparation physique. Pour moi, c'est le 93 qui a toujours eu le plus gros mental et je pense qu'il va bientôt jouer en Jupiler League (ndlr : actuellement blessé, il était meilleur buteur de la seconde division belge).

Que t’inspire le parcours de Kévin Rimane, joueur qui a tenté de lancer sa carrière loin de Paris avant de revenir encadrer les jeunes en CFA ?

Je serai partant pour une telle expérience (rires) ! Je pense que des joueurs qui ont connu le club depuis tout petit sont plus à même d’encadrer les jeunes que des joueurs extérieurs.

Aujourd’hui tu n’es plus footballeur pro, est-ce que l’on te prépare à affronter cette situation durant tes années au Centre ?

«On est au centre de formation dans une bulle, on se dit que ce n’est pas possible que l’on ne réussisse pas.»

On nous disait souvent : «Ne pensez pas que l’herbe est plus verte ailleurs.» On nous faisait des piqûres de rappel mais on ne nous a pas préparés à la vraie vie. On est au centre de formation dans une bulle, on se dit que ce n’est pas possible que l’on ne réussisse pas. Le PSG devrait offrir plus de possibilités au niveau scolaire et sensibiliser les jeunes aux études, aux impôts, comment gérer la paperasse. Personnellement, j’ai fait des erreurs, j’ai appris en me cassant les dents.

Pour finir cet entretien, que peut-on te souhaiter aujourd'hui ?

Retrouver mon niveau physique et footballistique et trouver un club cet été. Cela ne me dérangerait pas de faire une saison en CFA supplémentaire pour confirmer mon niveau physique. Je suis vraiment focalisé dessus, c’est l’année ou jamais.»

Nous remercions vivement Yannis Takerboucht pour sa disponibilité et sa gentillesse. Nous lui souhaitons de pouvoir retrouver au plus vite le monde professionnel.

Les deux autres parties de l'interview :



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