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Pour Aulas, la réaction des grands clubs européens est «culturelle»

Publié le vendredi 18 août 2017 à 20:26 par Rédaction
Décidément intenable depuis la signature de Neymar au PSG, Jean-Michel Aulas, au cours d'une longue interview pour Le Monde, est revenu sur les conséquences du transfert de Neymar, la réaction des grands clubs européens et de l’UEFA, et sur le modèle économique du Paris Saint Germain.

Jean Michel Aulas est de retour ! Après une série de déclarations tapageuses dans différents médias, le président lyonnais a livré une interview fleuve dans Le Monde. Il y revient sur les conséquences du transfert de Neymar sur le football européen, annonce une réforme du Fair Play Financier et entérine l’existence du fameux front anti-PSG.

Le Rhodanien commence par revenir sur le transfert de Neymar au PSG et sur une possible rupture pour le football européen : «Tout le débat [est] de savoir si on est dans l’excès ou dans la rupture. Parce que le montant est tellement supérieur à l’usage qu’on est dans une analyse qui, selon les uns est excessive et est une dérégulation, et selon les autres pourrait aller au-delà. C’est-à-dire : vers une rupture par rapport à ce qui a été établi, aux grands équilibres auparavant actés. »

«Dans le cas Neymar, on a une opération qui est probablement disproportionnée.»

Aulas détaille ensuite une réforme en préparation du Fair-Play Financier, la fameuse règle initiée en 2011 par l’UEFA qui impose aux clubs de limiter leurs dépenses en fonction de leurs gains, sous peine de sanctions : «Au niveau européen, on est en train de travailler avec l’UEFA à une nouvelle version du fair-play financier (FPF). Le FPF analyse simplement les comptes d’exploitation et non pas les endettements et la structure d’actifs des bilans. Dans le cas Neymar, on a une opération qui est probablement disproportionnée. Il y a beaucoup d’indécision pour savoir si les 222 millions sont une indemnité – au sens espagnol du terme où le joueur rachète ses années de contrat – ou si c’est un transfert. Dans l’hypothèse de l’indemnité, le risque serait qu’il soit soumis sur le plan social aux charges, voire sur le plan fiscal si c’est le joueur qui rachète son indemnité. Et dans l’autre, il n’est pas soumis à l’impôt et il est amortissable. Les comptes d’exploitation ne sont évidemment analysés qu’a posteriori. C’est comme les impôts. Quand on n’est pas d’accord avec une position de l’administration fiscale, toutes les plaintes ou discussions ne peuvent se faire que quand l’impôt est acté. Là, c’est la même chose. »

Le président Lyonnais clame que son opinion sur le caractère abusif du transfert de Neymar est largement partagée au sein du football européen : «Tout le monde, en particulier dans les grands clubs européens, imagine qu’il y a un excès. De la manière dont les choses se sont passées, c’est-à-dire sans l’accord initial du club, du propriétaire du joueur concerné, il y a une forme de distorsion. Ce qui laisse à penser que ce n’est pas un transfert mais une indemnité de rachat par le joueur de cette somme excessivement importante.»

«Il y a une réaction plus qu’épidermique. Elle est culturelle.»

Le twitto fou s’aventure ensuite sur une pente glissante, celle d’un choc culturel entre les us et coutumes des grands clubs européens et les propriétaires parisiens : «Il y a une réaction plus qu’épidermique. Elle est culturelle. Pour en avoir parlé avec tous les présidents présents à la réunion de l’ECA, dont Nasser Al-Khelaïfi (président du PSG) est membre, il y a une inquiétude qui est liée au fait qu’il n’y a plus de limite. Et que ce process, au-delà du fait qu’il désorganise probablement un certain nombre de marchés, pose le problème de l’inflation permanente des salaires. Car il y a le montant de la clause qui est disproportionnée et a été payée rubis sur l’ongle, avec aucun délai de paiement. Les sommes étant tellement importantes que ça interpelle. Et il y a la rémunération. Car 30 millions net annuels dans le système fiscal français, c’est probablement, même avec un contrat d’impatrié, un salaire de 50 à 70 millions d’euros brut. On est dans des valeurs qui peuvent heurter aussi la perception sociale qu’on peut avoir des choses.»

«Je pense aussi que l’UEFA ne peut pas laisser les choses comme ça, sur le plan de l’image.»

Le bientôt septuagénaire annonce la constitution d’un front anti-PSG et anti-Manchester City (et son actionnaire Emirati), flirtant encore avec le politiquement décent, et en appelle une nouvelle fois à l’UEFA : «Il y aura une réaction. Manchester City fait des choses assez similaires. Le football ne doit pas se résumer à une opposition fratricide entre Abu Dhabi et le Qatar d’un côté, et puis de l’autre côté d’avoir des règles où c’est l’argent généré par le savoir-faire des clubs qui vient déterminer leur capacité à être les meilleurs sur le plan sportif. Il y a une prise de conscience qui devrait avoir des lendemains. Je pense aussi que l’UEFA ne peut pas laisser les choses comme ça, sur le plan de l’image. Cela devient assez prégnant pour ce sport excessivement populaire. Même s’il y a déjà eu beaucoup d’excès, on avait réussi à remettre les clubs dans le droit chemin. On est ramené, depuis le lancement du FPF, d’un déficit structurel des clubs européens qui frisait le milliard d’euros à un quasi-équilibre.»

Aulas aborde alors la revalorisation des droits TV de Ligue 1, semble exiger une augmentation de l’investissement de BeIN Sports dans le championnat français, semblant moins gêné de la démesure des moyens des Qataris qu’il ne l’était la minute précédente: «Il y a des retombées positives (au transfert de Neymar) en matière d’images, qui peuvent être valorisées pour le moment par le PSG. On parle de la revalorisation de nos droits télévisés dans le futur. Ce qui est formidable dans le contexte économique français, c’est que l’on a considéré qu’il n’y avait pas de conflit d’intérêts entre le PSG et BeIN Sports. Alors que BeIN et le PSG sont de la même maison, la même structure capitalistique. C’est le même Etat qui finance. On pourrait imaginer, si on veut rééquilibrer les choses, que BeIN devienne l’un des diffuseurs les plus importants de la Ligue française en élevant le montant de droits redistribués, ce qui aurait dû être fait lors du dernier appel d’offres. Dans cette hypothèse, cela permettrait de réduire les inégalités existantes avec les moyens très supérieurs du PSG.»

Celui dont le club n’a plus gagné le championnat depuis 2008 ne recule décidément devant aucune incohérence et va jusqu’à mendier le soutien financier des Qataris dans d’autres clubs de Ligue 1 : «Si jamais les revenus liés à l’arrivée de Neymar sont seulement des revenus de sponsoring liés au PSG, à l’activité propre, on est toujours dans la même équation, limite en matière de concurrence, du montage économique des opérations. Neymar est là, pourquoi pas. Ça va attirer du monde dans les stades. Mais j’avais proposé, à ce moment-là, que les sponsors qataris investissent dans un certain nombre de clubs plutôt qu’au PSG. Et puis qu’il y ait aussi une forme de solidarité avec BeIN.»

«Je ne pense pas que, par exemple, ni Jesé ni Krychowiak aient été achetés à un prix suffisamment bas pour qu’ils génèrent des plus-values.»

Jean-Michel Aulas conclut l’interview en opposant le vertueux modèle lyonnais au modèle parisien : «Quand Lyon a une tradition d’« obligation » d’avoir à céder ses meilleurs joueurs, ce sont des joueurs qu’on a formés. Avec une stratégie d’éducation, d’académie. Chaque année, l’OL investit entre 10 et 12 millions d’euros dans ses académies masculine et féminine pour avoir les meilleurs joueurs. Dans ce cas-là, on est dans des cessions dont la plus-value est significative car le prix de revient est celui de la formation. Là, au PSG, on n’est pas dans ce cas-là. Pour faire une plus-value, ce qui compte est que l’achat antérieur ait été fait dans de bonnes conditions. Je ne pense pas que, par exemple, ni Jesé ni Krychowiak aient été achetés à un prix suffisamment bas pour qu’ils génèrent des plus-values. Ce ne sont pas des joueurs formés par l’académie du PSG. Franchement, je ne sais pas si cela fait l’objet d’un modèle ou d’une opportunité. L’OL et d’autres ont écrit un modèle et s’y tiennent. On essaye de faire en sorte, à chaque fois qu’on sort un joueur, de lui donner la possibilité de briller à Lyon avant d’avoir l’opportunité d’évoluer dans les plus grands clubs européens. Cela ne se décrète pas en un jour.»

En 2016, le fonds d’investissement chinois IDG est entré au capital de l’Olympique Lyonnais à hauteur de 100 millions d’euros. Puisque Jean-Michel Aulas semble s’être découvert récemment une veine collectiviste, on peut imaginer qu’une partie de cette somme soit réinvestie dans des clubs de Ligue 1.



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