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Neymar, Mbappé, Draxler, Cavani, un quatuor encore loin d'être en or

Publié le dimanche 10 septembre 2017 à 20:17 par Philippe Goguet
Pour la première fois de la saison, Unai Emery a aligné vendredi soir à Metz une composition d'équipe avec un quatuor offensif clair, Neymar, Mbappé et Draxler étant alignés derrière Cavani seul en pointe. Si le talent était bien présent, l'ensemble n'a pas forcément été très harmonieux. Retour sur cette première du MCND.

Un quatuor tout neuf aligné dans un dispositif qui l'est un peu aussi :

Avec Mbappé découvrant ses partenaires dont Draxler le mardi, Neymar rentré le mercredi et Cavani carrément débarqué le jeudi et qui s'est contenté de courir à l'entraînement, Unai Emery a choisi d'aligner ce quatuor offensif sans que les joueurs n'aient pu travailler une seule fois ensemble. Si le 4-2-3-1 a été travaillé durant l'été et la saison dernière, les quatre joueurs offensifs titulaires se sont pratiquement découverts au coup d'envoi sur la pelouse du Stade Saint-Symphorien de Metz.

Alors qu'il est régulièrement reproché à Emery sa prudence, le coach basque n'a donc pas hésité à faire un choix fort. Deux raisons peuvent expliquer cette volonté rapide d'aligner ce fameux quatuor demandé par de nombreux supporters. La première est le niveau modeste de l'adversaire, tout particulièrement en défense. Le FC Metz était déjà l'une des formations concédant le plus de buts avant de recevoir Paris, il n'a pas déçu à ce niveau-là durant la partie avec 5 buts encaissés et une pléthore d'occasions offertes aux attaquants parisiens.

L'autre raison est l'urgence de la situation. Paris a bouclé son recrutement le 31 août avec l'arrivée de Mbappé mais l'effectif au complet n'a jamais été réuni en raison de la trêve internationale qui a suivi la fin du mercato. Or, le PSG joue dès mardi son premier match de Ligue des Champions et Emery dispose donc de très peu de temps pour mettre en place son nouveau système et voir ce qu'il est possible d'en tirer. Emery a d'ailleurs reconnu après la partie qu'il s'agissait d'un test grandeur nature en évoquant «un match bon à analyser.»

Un premier choix au niveau des joueurs :

L'entraîneur parisien avait déjà fait un premier choix en privilégiant ce 4-2-3-1 inédit au détriment de l'habituel 4-3-3, il a ensuite fait d'autres choix au moins aussi importants quand il a décidé du nom des joueurs et de leur positionnement. En pointe, Cavani était certes le joueur le plus logique mais Mbappé aurait pu occuper cette zone, surtout avec un joueur en retrait derrière lui comme le dispositif choisi le proposait. Ce 4-2-3-1 proche du 4-4-2 monégasque dans lequel le jeune attaquant a brillé aurait notamment évité à Mbappé l'avant-centre un certain isolement dans la défense adverse. C'est finalement en soutien qu'il va évoluer.

Autre choix fait, celui de placer Neymar à gauche et Mbappé dans l'axe en soutien de l'Uruguayen. Il y a des lors une priorisation de chacun des rôles : Mbappé semble voué à être un joueur axial tandis que c'est donc Neymar qui est sacrifié pour occuper l'aile gauche, un côté que Mbappé ou même Draxler sont pourtant tout à fait à même d'animer. Dans les faits, Neymar n'a que peu occupé cette zone et s'est plus baladé entre le côté et l'axe que le long de la ligne de touche.

La heatmap de Neymar à Metz :

Enfin, le dernier choix concernait Julian Draxler, aligné sur l'aile droite comme lors de ses dernières entrées en jeu avec le PSG où il avait remplacé Angel Di Maria. L'Argentin absent sur blessure, le principal concurrent de l'Allemand se nommait Lucas, véritable spécialiste du côté droit, ce que n'est pas Draxler. On a d'ailleurs pu constater lors de l'entrée du Brésilien que c'est lui qui a repris ce rôle tandis que Draxler passait en attaque avec Mbappé. 

Du bon et du moins bon

De ce nouveau quatuor qui a bel et bien été choisi plus qu'imposé par les circonstances, il en est ressorti un sentiment assez varié. Dans les chiffres, l'opération est évidemment un succès puisque Cavani, Mbappé et Neymar ont marqué, et aussi délivré des passes décisives pour certains d'entre eux, tandis que Draxler ne peut s'en prendre qu'à lui même s'il n'a pas trouvé le chemin des filets vu les deux énormes occasions qu'il a eues. On a également vu quelques belles actions collectives intitées ou relayées par les quatre hommes en question.

Pour autant, l'impression générale reste assez moyenne vu le talent et les noms des quatre fantastiques alignés au coup d'envoi. Les actions impliquant les quatre ont été rares et on a plus souvent vu des combinaisons à deux voire à trois plutôt qu'à quatre. Le plus bel exemple est d'ailleurs la tête de Cavani détournée par Kawashima à 1-0 : Neymar accélère et décale Mbappé côté gauche qui centre pour Cavani seul au second poteau. L'action est superbe, parfaitement réalisée techniquement avec une occupation parfaite des zones d'attaque malgré un changement de position à l'origine de deux des intervenants et les qualités des uns et des autres sont bien exploitées. Reste que Draxler n'est en revanche pas impliqué du tout.

Vu le peu de temps de travail dont ont bénéficié les quatre hommes ensemble, cette entente moyenne voire inexistante de ce quatuor est pourtant tout à fait logique. Le PSG a beaucoup de travail devant lui pour parvenir à impliquer quatre joueurs offensifs. Pour l'heure, c'est surtout un duo Neymar/Mbappé qui est apparu, binome qui a parfois réussi à impliquer Cavani, un joueur dont les qualités combinatoires ne sont pas les plus développées. 

Mbappé/Neymar, connivence naturelle ou attrait pour la même zone ?

De la première de ce quatuor est surtout ressortie l'émergence du duo Mbappé/Neymar. Les deux hommes se sont échangés de nombreuses passes, l'attaquant français donnant pas moins de 24 de ses 66 ballons touchés au Brésilien. Cette recherche de Neymar par Mbappé s'est effectivement concrétisée par un nombre très important de passes dans ce sens et certains y ont même tenté d'y voir l'impact de l'équipementier commun des deux hommes...

Plutôt que cette théorie stupide, il faut regarder du côté du placement des deux joueurs pour expliquer l'émergence de ce binome. Comme expliqué plus haut, Neymar n'a pas tout à fait joué sur le côté gauche de la ligne des trois, se recentrant très souvent, tandis que Mbappé a bien évolué dans la zone axiale en soutien de Cavani qu'il était censé occuper. Les deux hommes se sont donc retrouvés dans la même partie du terrain et le partenaire le plus proche de Mbappé a souvent été Neymar. 

La heatmap de Mbappé à Metz :

Bien évidemment, les deux hommes partagent forcément une relation technique privilégiée vu leur niveau respectif mais leur placement très rapproché explique au moins autant le surplus de passes entre les deux. Pas encore habitué à ses partenaires, Mbappé a ainsi souvent privilégié la solution la plus simple et la plus proche, en l'occurrence le Brésilien. De son côté, Neymar a quant à lui joué son rôle de chef d'orchestre qu'il a endossé depuis son arrivée et a distribué un peu plus la balle à ses autres partenaires. Sans travail spécifique en amont ni automatismes, ce sont donc surtout la logique et l'instinct qui se sont exprimés.

A l'avenir, il faudra surtout surveiller le placement des deux joueurs sur le terrain. Tant qu'ils évolueront dans la même zone, qui est celle vers laquelle ils se dirigent naturellement, ils vont forcément s'échanger de nombreux ballons. Les ajustements qui seront apportés par Unai Emery au cours des prochaines semaines devraient forcément modifier la relation technique entre Mbappé et Neymar. L'intégration collective de Mbappé devrait également rééquilibrer le volume de passes à destination de Neymar par rapport à celui vers ses autres partenaires. A l'issue de cette première, il semble donc surtout plus juste de parler de connivence de zone.

La heatmap commune de Neymar et Mbappé à Metz :

Draxler, la pièce isolée

Du fameux quatuor mis en place, un premier duo a été facilement identifiable avec Mbappé et Neymar, comme expliqué ci-dessus. Ce tandem peut être complété par Cavani, pur finisseur que les deux ont parfois tenté d'impliquer dans leurs échanges. Les difficultés techniques relatives de l'Uruguayen et son attrait pour la zone de vérité plus que pour le milieu de terrain ont toutefois vite limité la relation entre les trois. Cavani est là pour finir et la chose a semblé être vite actée. Reste donc le cas de Julian Draxler, de retour dans le onze de départ dans ce rôle de milieu offensif droit.

Pas spécialement à l'aise de ce côté du terrain depuis le début de sa carrière, le droitier a eu bien du mal à exister dans le collectif parisien durant les 75 minutes qu'il a passés sur l'aile droite. A titre de comparaison, il effectue ainsi 46 passes en 77 minutes sur l'aile droite avant d'en faire 13 en 14 minutes une fois qu'il est passé dans l'axe en soutien de Mbappé. Metz a certes explosé en vol mais Draxler, comme les autres, a surtout pu peser quand il était au coeur du jeu. Et contrairement à Neymar et ses 101 ballons touchés qui parvient à peser dans un rôle de faux milieu offensif gauche, Draxler n'a pas su trouver sa place dans cette ligne de trois où il est censé occuper l'aile opposée. Pour exister, l'Allemand a dû lui aussi se rapprocher du milieu mais, contrairement à Neymar, il n'a pas réellement su animer son half-space droit.

La heatmap de Draxler à Metz :

Pour l'heure, le quatuor semble surtout se composer d'un duo fort avec Mbappé et Neymar, d'un élément logiquement décroché devant avec Cavani et d'un troisième larron isolé du côté opposé où le jeu se passe en la personne de Draxler. 

Une mauvaise exploitation de la largeur corrigée par Verratti et Alves ?

Mais si Draxler se retrouve aussi isolé, c'est en grande partie car l'utilisation de la largeur n'a pas forcément été très juste du côté du PSG. Là encore, avec un aimant à ballon nommé Neymar, le jeu penche forcément sur la gauche. Comme vu auparavant, Mbappé se déporte aussi naturellement vers cette zone et et le malheureux Draxler a rarement vu le ballon arriver dans sa zone une fois qu'il était sur le côté gauche. Même si c'est le milieu défensif droit Thiago Motta qui a touché le plus de ballons au cours de la partie, le jeu s'est clairement orienté vers l'axe et la partie gauche du terrain, notamment car son pendant à gauche Rabiot a eu un volume presque équivalent et qu'il a alimenté la zone devant lui.

Le PSG a donc en quelque sorte créé deux zones d'activité : une dans l'axe gauche avec Neymar et Mbappé servis par Rabiot et une à droite de plus faible ampleur portée par Motta, Meunier et Draxler. Et si Motta et Rabiot ont su s'échanger des ballons sur la largeur, c'est beaucoup moins vrai un cran plus haut entre les trois joueurs offensifs parisiens, Neymar et Mbappé n'utilisant que très peu le point d'appui Julian Draxler sur la droite.

Pour autant, le PSG pourrait bien retrouver un meilleur équilibre dans la largeur très vite, avec d'autres joueurs sur le terrain. La plupart du temps, sous la houlette du duo Verratti/Alves, c'est même vers le côté droit de l'attaque que penche Paris vu que les deux hommes ont un volume de jeu très important et un impact fort sur le collectif parisien. Associés en général à Di Maria qui est un ailier droit touchant beaucoup la balle, les trois font en général pencher l'équipe parisienne vers l'autre côté du terrain. 

Une fois que ces joueurs auront réintégré le onze de départ, et on voit mal Verratti ou Alves cirer le banc de touche, le PSG devrait retrouver un certain équilibre dans la répartition de son jeu sur la largeur. Mieux, l'ailier droit qui se retrouvera devant eux devrait pouvoir bénéficier d'un nombre de ballons non négligeable. Mbappé étant un joueur attiré par le ballon, il pourrait lui aussi se déplacer plus naturellement vers la droite du terrain qu'il ne l'a fait vendredi avec un Neymar dépositaire du jeu parisien depuis la gauche.

Des axes d'amélioration en masse

Pour la première de ce quatuor offensif, des points positifs sont présents à l'image des cinq buts marqués et de quelques très belles actions collectives mais le résultat visuel donne surtout l'impression d'une immense marge de progression et d'un gros chantier pour Unai Emery. L'entraîneur parisien n'a d'ailleurs pas caché après le match qu'elle était sa stratégie : «Nous voulons avoir les meilleurs sur le terrain, et ensuite travailler pour un système équilibré.» Pour l'heure, les meilleurs n'étaient même pas encore tous sur le terrain puisque l'indispensable Verratti était absent au milieu tandis qu'Alves est resté bien au chaud sur le banc de touche.

Ce déplacement à Metz est donc la première pierre posée de ce nouveau PSG dont le profil ultra-offensif nécessite de nombreux ajustements à tous les niveaux : le duo Neymar/Mbappé doit se restreindre dans ses échanges, les deux joueurs doivent apprendre à occuper des zones probablement un peu moins proches de façon régulière, Draxler ou le futur ailier droit doit réussir à trouver sa place et parvenir à peser tandis que la gestion de la largeur va vite devenir un point clé de cette attaque bourrée de talent.

Le FC Metz a servi de sparring-partner à cette attaque mais les Messins n'ont pas spécialement sollicité la facette du quatuor où les quatre pourraient mettre en difficulté l'équilibre, à savoir la transition défensive et la capacité qu'ils auront à accompagner les joueurs plus défensifs de l'équipe. Le talent offensif pousse forcément cette équipe à attaquer mais c'est probablement l'équilibre défensif du tout qui validera à moyen terme ce système de jeu.

Aujourd'hui, rien n'indique de façon certaine que ce quatuor et surtout ce système de jeu seront de nouveau alignés à Glasgow mardi soir dans l'enfer de Celtic Park où la maîtrise devra être plus grande vu que la marge de manoeuvre sera forcément moindre. 

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