A la veille d'un Strasbourg/PSG qu'il sait piégeux et place comme un match compliqué, Luis Enrique a surtout beaucoup défendu son équipe en conférence de presse. Il a repoussé l'idée d'érosion physique ou d'une équipe qui marche moins bien tout en mettant en avant le fait qu'il n'est pas possible de toujours gagner largement et avec un jeu léché.
Mercredi soir, vous avez évoqué une éventuelle rotation des gardiens. Est-ce toujours votre idée aujourd'hui ou Safonov est-il l'actuel numéro 1 ?
« Ce que je peux dire sur ce sujet, c'est que je suis heureux d'avoir les trois gardiens que j'ai. J'aime la concurrence à tous les postes. C'est le football moderne : il y a toujours des choses à changer et je suis très ouvert à changer tout ce que je vois et qui peut l’être. Ensuite, je me répète, je suis très content d’avoir trois gardiens de ce niveau. »
La dernière fois, vous nous avez dit que vous aviez des données que nous n'avions pas. Je me demandais si sur les courses à haute intensité, vous aviez constaté un déficit par rapport à la saison dernière. Et si c'est le cas, comment faire pour combler ce déficit ?
« Aucun déficit. Vous voulez tout le temps des réponses et des solutions mais bon… Normalement, il y a de nombreux facteurs qui affectent une situation sportive et savoir gérer tout ça n'est pas facile mais c'est notre travail en tant qu'entraîneur. C'est la même fluidité et la même fraîcheur que lorsque nous gagnons. Je ne vois aucune différence entre les différents moments de la saison. Et j’ai souvent dit, comme la majorité des entraîneurs je pense, que cette saison est très particulière parce que les conditions de début de championnat ont été différentes. Mais il faut s'adapter à tout ce qu'il se passe. »
Dro (Fernández) est-il déjà en mesure de débuter un match avec vous et plus généralement, que peut-il apporter au jeu du PSG ?
« Je veux souligner la difficulté qu'on a de trouver des joueurs avec la qualité pour faire partie de notre équipe. Dro a cette qualité technique et physique, il est très jeune. On a vraiment confiance dans l’avenir de ce type de joueurs. Mais il faut rester calme. Il arrive tout juste, il faut observer avec tranquillité son adaptation et son niveau. On est tranquille. C'est aussi important d'avoir confiance dans ces jeunes joueurs que de donner cette confiance au moment adéquat. Quant à savoir quand arrivera ce moment, je ne sais pas. »
Hier Pierre Sage après la victoire de Lens a dit “c'est bien, comme ça on met la pression sur le PSG pour cette lutte pour la première place”. Est-ce que vous le ressentez comme ça et Lens est-il votre concurrent numéro 1 cette saison ?
« C'est clair, et le classement le montre bien. En ce moment, il y a Lens et il y a nous. Vous savez combien de points nous avons de moins que l’année dernière (à la même période) ? »
Des journalistes répondent : “Quatre ?”, ‘Trois ?”, “Pareil ?” “Plus ?”.
« Ce qui a changé, c’est Lens qui a gagné 10 de ses 11 derniers matchs »
« Il répond avec sarcasme : Error, erreur… Vous n’avez pas étudié (le sujet) ! Plus ? Non ! Mais je ne vous dirai pas combien, vous devez étudier. C’est pour ça que je voudrais ajouter que nous sommes dans la même lignée, plus ou moins. Ce qui a changé, c’est Lens qui a gagné 10 de ses 11 derniers matchs. Ils sont différents. Le reste, c’est comme d’habitude. Nous avons plus ou moins la même capacité à gagner des matchs mais cette année est très différente. J’aime la pression. Et s’ils veulent nous mettre la pression, j’aime ça. Nous sommes habitués à voir ce type de pression et il faut montrer demain que nous aimons cette pression. »
Vous aviez fait une large rotation d'équipe entre le match face à Auxerre et celui face à Newcastle avec 7 changements au total. Allez-vous continuer cette rotation ou comptez-vous resserrer maintenant qu'on arrive aux matchs déterminants de la deuxième partie de saison, comme vous l'aviez fait l'année dernière ?
« Cela dépend, comme toujours, des circonstances, du temps de jeu, de chaque joueur. Chaque joueur est différent. Certains ne peuvent pas jouer tous les trois jours parce qu’il y a un risque très clair de blessure. Et on cherche à analyser et à juger tout cela dans la perspective d’avoir les joueurs dans les meilleures conditions. Mais c’est différent parce qu’il y a moins de matchs à jouer. Et en même temps on rajoute les barrages et je vous avais dit que je ne voyais pas ça comme quelque chose de négatif parce que le temps de jeu et le nombre de matchs sont importants pour atteindre la charge de travail dont nous avons besoin. Nous ferons ce que nous pensons être le mieux pour l’équipe mais chaque joueur est différent. »
Êtes-vous content d'affronter Monaco en barrages ?
« Oh, très content (il sourit et reprend après un temps de silence). C’est clair, non ? C’est tout. Très content. Je peux changer les barrages ? Non ? Alors très content. »
Demain vous affrontez Strasbourg et on sait que c'est toujours un déplacement compliqué. D’autant plus quand on se souvient du match aller avec un scénario où Strasbourg menait 3-1 juste après la mi-temps avant que vous n'arrachiez le match nul 3-3. Entre-temps Strasbourg a changé d'entraîneur, Gary O'Neil, fait un très bon travail avec trois victoires d'affilée. Est-ce que ça ne sent pas le match piège demain ?
« Bien sûr. Jouer à l'extérieur est toujours très difficile, notamment jouer contre Strasbourg, une des équipes les plus jeunes avec beaucoup de qualités individuelles et dans une situation différente puisqu’ils ont changé d'entraîneur. Mais c'est une équipe qui sait très bien jouer au football. Je me rappelle en début de saison le match nul au Parc des Princes où ils auraient pu gagner. Je pense que ce mois (de février) sera compliqué parce que nous allons jouer Strasbourg dont nous connaissons les qualités, mais aussi Monaco et Marseille qui nous avaient battus en Ligue 1. C’est une réflexion qui montre que nous sommes une très bonne équipe. Pour moi, la meilleure équipe de notre championnat. Mais encore faut-il le montrer avec les résultats. Et je pense que c’est une source de motivation pour toute l’équipe, et plus particulièrement ce mois, de se montrer capable de gagner ces matchs de championnat et de Ligue des Champions. »
Concernant le tirage contre Monaco, avez-vous une impression de déjà-vu et aussi le sentiment d’un déplacement plus facile que d’aller en Azerbaïdjan ?
« En Champions League, il est très clair que toutes les équipes devraient avoir le même calendrier »
« Honnêtement, pour faire la comparaison en Ligue des Champions et pour que cette comparaison soit juste, toutes les équipes devraient avoir le même calendrier. Pour analyser et juger… Je sais que ce n'est pas possible parce que c'est une compétition nouvelle mais pour faire la comparaison et qu’elle soit juste, il est très clair que toutes les équipes devraient avoir le même calendrier. »
Vous avez parlé un peu de la gestion du temps de jeu. Vitinha joue beaucoup depuis le début de la saison avec déjà presque 2500 minutes à son actif. Est-ce une préoccupation pour vous et comment comptez-vous le gérer en deuxième partie de saison ?
« C’est clair. C’est un petit peu la même question que votre collègue plus tôt. Cela dépend de chaque joueur. Vitinha est très fort et j’aimerais lui donner du temps de repos. Mais cela dépend du calendrier, de la condition physique, de la condition mentale, de la situation personnelle de chaque joueur… Vitinha est un joueur important pour nous. Bien sûr que demain il jouera. J’aimerais évidemment lui donner du temps de repos mais il faut gérer chaque cas de manière individuelle. »
Vous n'aimez pas trop parler individuellement de vos joueurs mais Kang-in Lee est à nouveau dans le groupe après une période d’absence. Qu’en est-il de son évolution et peut-il être amené à jouer demain par exemple ?
« J’aime beaucoup parler individuellement de mes joueurs et de ce qu’ils représentent pour l’équipe. Et Kang-in Lee a été important. Il est arrivé en même temps que nous. Je pense qu’il a été important à différents moments de la saison. Peut-être qu’il a un peu manqué de régularité pour être très important mais pendant ces deux ans et demi, il y a eu des moments où il a montré qu’il avait le niveau technique et physique. Mais il lui a manqué ce petit quelque chose en régularité et il y a eu ses dernières blessures aussi. Par exemple, il a été titulaire contre Flamengo en finale de la Coupe Intercontinentale mais il s’est blessé ensuite. Il faut un petit peu de chance, de bonne fortune. Mais on a confiance en Kang-in Lee parce que c’est un joueur avec beaucoup de qualités. »
On sait que vous aimez tenir le ballon, avoir beaucoup de possession, repartir de l'arrière. Est-ce que sur des matchs très importants comme la finale, demi-finale, quart de finale de Ligue des Champions, vous pouvez jouer à contrecœur si c'est nécessaire : jouer sur la tête, balancer des longs ballons… ? Est-ce que vous êtes capable de mettre votre philosophie de jeu de côté quand ce sera nécessaire pendant quelques minutes seulement ?
« Mais ça se passe à chaque match ! Je pense que la meilleure chose que nous ayons, c’est que nous pouvons et nous aimons attaquer l’espace parce que quand les adversaires cherchent à nous presser, on a de l’espace. C’est un petit peu une manière de jouer en contre-attaque. Et s’ils sont regroupés en bloc bas, nous savons aussi faire. On est ouverts à jouer de cette manière. Mais ce que nous aimons, c’est contrôler et de dominer le match. On peut nous dire “tu mérites un meilleur résultat” ou “tu rates beaucoup d’occasions”, c’est clair mais je pense que la capacité que nous avons de dominer tous les matchs est incroyable.
« Les espaces dépendent de la manière dont l’adversaire veut défendre »
Il y a différentes manières de le faire mais j’aime la manière que nous avons d’aborder chaque match, soit à domicile, soit à l’extérieur. Ensuite, le résultat, c’est autre chose. Je m’énerve souvent parce que le résultat ne représente pas ce que l’on a fait (sur le terrain). Mais la manière, l’identité, la façon d’aborder le match est pour moi top. Il y a des moments dans le match ou nous aimons attaquer l’espace parce que c’est plus facile : à 1 contre 3, 2 contre 3, 3 contre 3… Avec nos joueurs Ousmane, Désiré, Kvara, c’est magnifique. Mais la plupart du temps, l’adversaire préfère défendre en bloc bas. On est habitués à ça mais ça ne reflète pas le fait que notre volonté première soit de contrôler le match. Les espaces dépendent de la manière dont l’adversaire veut défendre. »
Vous transmettez beaucoup d'énergie depuis le banc à l'équipe. Mais vos adversaires ont tout le temps cette impression qu'ils peuvent prendre des points au PSG là où l'année dernière, ils perdaient déjà le match avant de l’avoir joué. Pensez-vous pouvoir inverser cette tendance et retrouver votre vitesse de croisière ?
« Nous ne pouvons pas gagner tous les matchs 4-0 ou 5-0 »
« Je voudrais faire une petite réflexion. Je comprends que vous puissiez penser que nous devons gagner tous les matchs 4-0 ou 5-0 comme nous avons pu le faire l'année dernière pendant plusieurs mois. Mais ce n'est pas normal. C'est stratosphérique. C'est impossible de reproduire ça. Et plus les attentes sont hautes, plus c'est difficile et plus la frustration est présente. Nous voulons écrire l’histoire. Marquer l’histoire ce n’est pas facile et j’ai l’impression que tout ce que nous faisons qui n’est pas brillant ne vous convient pas.
Nous avons joué chaque match en Ligue des Champions contre des adversaires de très haut niveau. Vous connaissez la différence de résultat entre équipes du même niveau qui s’affrontent en matchs à élimination directe ? C’est aussi petit que ça (il fait le geste avec le pouce et l’index rapprochés). Et la différence de résultat avec les équipes du championnat ? C’est aussi petit que ça (même geste). La ligne qui sépare la défaite de la victoire, c’est faible, très faible (même geste).
Je suis optimiste de nature mais quand je pense à ce que nous essayons de faire, le résultat est souvent très injuste. Nous voulons être brillants mais c’est impossible. C’est impossible. Nous ne pouvons pas gagner tous les matchs 4-0 ou 5-0, même quand nous méritons de gagner parce que nous nous sommes créés beaucoup d'occasions. Mais c’est difficile, c’est impossible même. Il faut le savoir. Mais nous continuons à essayer de marquer l’histoire. »