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Critères ethniques pour intégrer la formation, le PSG répond et évoque «une initiative personnelle»

Publié le jeudi 8 novembre 2018 à 17:48 par Philippe Goguet
Nouvelle salve dans les Football Leaks, cette fois-ci à propos du centre de formation du PSG. Des critères ethniques avaient été mis en place dans le processus recrutement des joueurs n'évoluant pas en Île-de-France entre 2013 et 2018. Le PSG a confirmé que des formulaires avec des contenus illégaux ont bien existé, tout en pointant du doigt une «initiative personnelle du responsable de ce département.»

Après le Fair-Play Financier et le transfert de Kylian Mbappé, le PSG est une nouvelle fois éclaboussé par les Football Leaks et il n'a cette fois-ci pas démenti, confirmant même ce qui est dévoilé par Mediapart et lui est reproché. Le consortium EIC dont fait partie le média français révèle notamment que le club parisien a listé selon des critères ethniques des jeunes joueurs en lice pour intégrer le centre de formation du club entre 2013 et 2018, notamment pour les joueurs hors d'Île-de-France. De son côté, Paris se défend et évoque une « initiative personnelle du responsable de ce département.» Olivier Létang et Marc Westerloppe, partis du PSG pour Rennes il y a un an, sont clairement visés.

Mediapart dévoile des critères ethniques dans les fiches de renseignements

A partir de 2013, un critère ethnique apparaît dans les fiches de renseignements remplies par les recruteurs du PSG, à savoir l'origine :  « Français », « Maghrébin », « Antillais », « Afrique noire ». Un fichage ethnique qui est formellement interdit par la loi. C'est même un recruteur du PSG en Normandie, à savoir Serge Fournier, qui confirme la chose à Mediapart, sans forcément savoir l'utilisation qui est faite de ce critère par la suite. C'est un compte-rendu de réunion daté de mars 2014, dont le PSG n'a pas démenti l'authenticité quand Mediapart l'a interrogé, qui explique la chose.

Dans cette réunion, on retrouve notamment le responsable du recrutement hors d'Île-de-France Marc Westerloppe, le directeur du centre de formation Bertrand Reuzeau, le responsable du recrutement sur la région parisienne Pierre Reynayd ou encore des entraîneurs de jeunes. Recruté par le directeur sportif de l'époque Olivier Letang, Westerloppe évoque alors un U13 de l'époque Yann Gboho évoluant en Normandie et le problème que le jeune garçon pose : «On ne va pas revenir sur ce sujet, ne souhaite pas passer pour le vilain petit canard. Il y a un problème sur l’orientation du club, il faut un équilibre sur la mixité, trop d’Antillais et d’Africains sur Paris.»

Le débat est houleux, la plupart des présents mettant en avant qu'il faut privilégier le talent avant tout, et Westerloppe complète : «Si le recrutement a été ouvert au national, c’est dommage de retrouver les mêmes profils qui sont déjà sur Paris, c’est une demande de la Direction.» Traduction pour les personnes ne comprenant pas le souci : le PSG recrute, et sans que cela ne soit un critère, très majoritairement en région parisienne des joueurs d'origine africaine ou antillaise, selon les critères ethniques proposés par les fiches du PSG. Et si le club doit aller chercher des joueurs hors de Paris, c'est pour aller chercher de la mixité, donc des joueurs qui ne seraient pas de ces origines-là. Un mode de fonctionnement qui se rapproche très clairement des fameux quotas du football français quelques années plus tôt.

Interrogé par Mediapart, un recruteur du club confirme que c'est bien ce que sous-entendait Westerloppe, tout en le dédouanant un peu :  « La direction parisienne avait annoncé la couleur en annonçant qu’il fallait plus ou moins avoir tendance à prendre un peu de Blancs par rapport aux Blacks. Mais sur les terrains dans ma région, sur 40 gamins, vous avez 35 Black et Gris. C’est tout. C’est une France comme ça. Ils sont chez nous, on les accepte. Marc, il acceptait les consignes qu’on pouvait lui donner, car Marc ce n’est pas le genre à prendre des responsabilités sans avoir été couvert par quelqu’un au-dessus. Si Jean-Claude Blanc n’avait pas soutenu Marc et Olivier Létang, Westerloppe aurait sauté de la cellule depuis longtemps. »

Choqués par ce qu'lis ont entendu durant cette réunion de 2014, certains membres du club font remonter la chose à la direction et Jean-Claude Blanc est mis au courant selon Mediapart qui affirme également que, «selon la directrice des ressources humaines, Céline Peltier, Olivier Létang lui-même aurait tenu des propos identiques lors de différentes réunions. Et s’il est licencié, Marc Westerloppe risque d’expliquer que les consignes venaient des dirigeants du club.» Marc Westerloppe, dont les propos peuvent lui valoir un licenciement pour faute grave va finalement rencontrer Blanc et explique que les accusations portées contre lui sont « fausses, malveillantes et stupides », il s'en sortira finalement sans sanction.

La réponse du PSG et de Létang

C'est peu dire que les accusations pesant sur le PSG sont graves et le club n'a pas mis longtemps à réagir. Après avoir «réaffirmé sa condamnation ferme de toute forme de discrimination, racisme ou fichage ethnique», le club «confirme que des formulaires avec des contenus illégaux ont été utilisés entre 2013 et 2018 par la cellule de recrutement du centre de formation, dédiée aux territoires hors Ile de France. Ces formulaires ont été institués à la seule initiative personnelle du responsable de ce département.»

Selon le club, la direction n'était donc pas au courant et ce serait Marc Westerloppe, même s'il n'est jamais cité par son nom, qui aurait utilisé ce fichage ethnique interdit. Paris affirme que «dès qu’il en a été informé au début du mois d’octobre dernier, le Paris Saint-Germain a lancé une enquête interne pour comprendre comment de telles pratiques ont pu exister et décider des mesures qui s’imposent. Comme le prouve l’émergence de ses jeunes talents, au Paris Saint-Germain les recrutements sont uniquement décidés en fonction des compétences et des comportements, sur le terrain comme au sein du groupe.»

Le club continue d'ailleurs de charger « les salariés du département recrutement "hors Ile de France" » pour «ce formulaire (qui) contenait un champ d’identification inacceptable. La Direction générale du Club n’avait jamais eu connaissance d’un système de fichage ethnique au sein d’un département recrutement ni eu en sa possession un tel formulaire. Au vu des informations qui y sont mentionnées, ces formulaires trahissent l’esprit et les valeurs du Paris Saint-Germain.»

Le PSG explique d'ailleurs qu'il n'a pas attendu la fin de son enquêter interne pour agier et a mis en place un plan en quatre points :

  1. Définir une méthodologie de recrutement contrôlée : La Direction, les Ressources humaines et le pôle Compliance travaillent à la définition d’une nouvelle procédure de recrutement des jeunes sportifs, appliquée par l’ensemble des recruteurs du Club et contrôlée régulièrement.
  2. Mettre en place un Code de conduite : Ce code réaffirmera les valeurs et les pratiques éthiques à respecter, au-delà de la section sportive, par l’ensemble des salariés du Club.
  3. Mettre en place une procédure d’alerte éthique : Une procédure d’alerte éthique sera instaurée qui permettra le recueil de signalements pour analyse et traitement, tout en garantissant une protection effective des personnes à leur origine. Cette procédure jouera un rôle central dans le maintien et le développement de pratiques intègres. Il s’agira également d’un moyen pour le Paris Saint-Germain de se protéger en étant informé des comportements et pratiques contraire à l’éthique, y compris des affaires.
  4. Renforcer la promotion de la culture éthique auprès de l’ensemble des collaborateurs du Club : Sous la responsabilité de la Direction, les Ressources humaines vont mettre en place des programmes de sensibilisation visant à développer la culture éthique et promouvoir l’adoption de bonnes pratiques et s’assurer de leur application. La lutte contre toutes les formes de discrimination est un engagement fondamental du Club, et s’exprime tant au travers de sa Fondation que de son travail aux côtés d’associations reconnues, telles SOS Racisme, la LICRA, le Paris Foot Gay ou Sportitude. Depuis dix ans, le Paris Saint Germain lutte également dans l’enceinte des stades contre toute forme de violence et de racisme. Au travers de cet engagement et des initiatives en faveur de l’intégration et de l’inclusion menées par sa Fondation depuis 2000, le Paris Saint-Germain œuvre donc au quotidien en faveur du respect des Droits fondamentaux et du vivre-ensemble.

De son côté, Olivier Létang  a réagi ce jour auprès de l'AFP et s'est dit «profondément choqué et blessé» par les accusations le concernant. Au cours de son enquête, Mediapart avait contacté l'actuel président du Stade Rennais ainsi que Marc Westerloppe, un homme qu'il a fait venir avec lui en Bretagne. Le média explique que les deux principaux accusés de l'affaire «se sont contentés de nous répondre que " cette affaire concern[ait] le PSG ".»

Plus important, les fameux critères ethniques utilisés par les recruteurs ne sont plus d'actualité puisqu'ils ont été abandonnés au printemps 2018. 



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