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[Entretien] Pierre-Yves Bodineau : «La PSG Academy est la vocation même du PSG» [1e partie]

Publié le lundi 22 juillet 2019 à 17:52 par Homer
Le directeur de la PSG Academy Pierre-Yves Bodineau nous a consacré un peu plus d'une heure de son temps au tout début du mois de juillet. Après le second Selection Camp, rassemblement de jeunes issus des PSG Academy du monde entier et qui s'est déroulé la semaine dernière au Camp des Loges, le directeur technique s'est confié sur plusieurs thèmes, comme le fonctionnement des académies, l'intégration des joueurs, joueuses et coachs de ces structures au sein de la famille Paris Saint-Germain, le déroulement du processus de formation et le développement international du club via ces écoles permanentes ou les stages ponctuels créés par ces structures. Un entretien déroulé en deux parties dont voici la première.

Tout d'abord, avant de débuter cet entretien, vous étiez précédemment une personnalité reconnue du club. Vous avez dirigé notamment l'équipe féminine U19 du PSG, qui a remporté les deux premiers titres de  champion de France du club dans cette catégorie. Comment passe t'on d'un poste d'entraîneur de l'équipe U19 de la section féminine à directeur technique de la PSG Academy ?

« Ce n'est pas très long à dévoiler. Suite à la fin de mon contrat avec l'équipe U19, le PSG n'a pas souhaité me prolonger à nouveau au sein de la section féminine (NDLR : malgré deux titres consécutifs de champion de France avec cette équipe). Du coup, j'ai dû trouver un autre poste. J'étais devenu sélectionneur de l'équipe nationale féminine de l'Île Maurice, avec un contrat particulier de six semaines et une prolongation de deux ans. J'ai effectué les six semaines en essai pour participer à une compétition internationale à laquelle la fédération mauricienne s'était inscrite et voulait bien y figurer.

« Le PSG souhaitait un poste à temps plein pour chapeauter la direction technique de l'académie. »

À l'issue de cette période, j'aurais pris le temps de me décider pour les deux années supplémentaires. Je me serais vraiment posé la question parce qu'à la fin de cette période, on me proposait de prendre l'équipe masculine U20. Puis, il aurait pu être question à l'issue de ces deux ans de prendre l'équipe nationale masculine et de refonder toute la formation des jeunes de l'île. C'était vraiment intéressant, un gage de confiance. Mais au bout d'une semaine, étant parti le 25 août, le 1er septembre, David Hernandez m'a recontacté pour occuper ce poste de directeur technique de l'académie. Le PSG était à la recherche d'un profil depuis au moins 18 mois depuis le départ de Cédric Cattenoy à Chicago. Il n'était pas à temps plein et le PSG souhaitait un poste à temps plein pour chapeauter la direction technique de l'académie.

Sachant qu'il y avait déjà Benjamin Oury, qui est déjà en poste au sein de l'académie depuis des années en tant qu'entraîneur général, avec un profil "junior" de par son âge mais pas de ses compétences. J'ai eu le temps de prendre cette décision, dans un endroit paradisiaque durant cinq semaines à l'Île Maurice et réflechir au projet. C'était l'endroit idéal pour le faire (rires). J'ai donc pris la décision d'accepter ce poste, je me suis dit qu'il y a un potentiel énorme et qu'il s'agit du début d'une aventure exceptionnelle.

Pour moi, c'est la vocation du club. D'être une société de talents, une entité qui est là pour former ses fans et tous ses adhérents. La PSG Academy, pour moi, c'est la vocation même du PSG, du club. C'est accompagner ses supporters du mieux possible. Que ce soit dans leur pratique sportive ou dans leur formation, même au niveau extra-sportif. J'ai vu le projet très très loin, comme j'avais le temps d'y réfléchir. Je me suis dit "pourquoi pas arrêter le terrain" et quelque part "me sacrifier" pour porter un projet comme celui-ci. Pour moi, ce projet-là peut permettre au club de devenir plus qu'une institution. Et surtout, rattraper nos principaux concurrents en Europe. »

En quoi consiste le poste de directeur technique au quotidien ?

« Au début, l'intitulé de la mission est de développer, superviser, mettre en place les programmes techniques et les contenus pédagogiques de la PSG Academy sur l'ensemble des structures autour du globe. J'ai une responsabilité indirecte sur l'ensemble des directeurs techniques, des coachs de toutes nos académies. Nous travaillons avec des partenaires, ces académies sont ouvertes localement grâce à des franchisés. Ces partenaires paient un droit de franchise pour exploiter la marque PSG Academy. Nous les aidons parfois, quand ces partenaires sont à la recherche de coachs, mais ce n'est pas obligatoire. »

Les académies sont censées être autonomes et mettre en place un concept donné par le PSG ?

« Ce n'est pas comme si le PSG ouvrait une section sportive dans un autre pays avec tout ce que cela implique » 

« Nous avons une charte commune et des critères de contenu avec eux, mais nous n'ouvrons pas les académies en tant qu'entité propre PSG. Ce n'est pas comme si le PSG ouvrait une section sportive dans un autre pays avec tout ce que cela implique. Il s'agit plus d'un partenaire qui nous offre une possibilité, avec des infrastructures, de la gestion des inscriptions des enfants, du recrutement des coachs, du paiement des employés, etc... C'est de son ressort. Nous sommes là pour l'accompagner et l'assister au niveau de la conception des séances, de la formation des coachs, du branding, de toute la communication autour de l'Academy locale. Nous sommes là pour lui apporter tout le savoir faire du Paris Saint-Germain. Nous sommes là pour veiller à ce que cette structure respecte nos valeurs et toutes les références du club. »

Combien existe t-il de PSG Academy à travers le monde ?

« Nous sommes plutôt stables avec 15 pays possédant des structures et environ 80 sites ouverts à travers le monde »

« Nous avons perdu quelques académies cette année mais, a contrario, d'autres ont été ouvertes. Nous sommes plutôt stables avec 15 pays possédant des structures et environ 80 sites ouverts à travers le monde. À titre d'exemple, au Brésil, nous avons 15 sites. Aux États-Unis, nous avions trois sites à Miami, maintenant, le propriétaire de la franchise va s'étendre un peu partout dans les autres états (Californie, Kansas, ...). Au Liban, nous sommes placés sur 5 ou 6 sites. Nous venons d'ouvrir une académie en Allemagne, une autre à Moscou en Russie. Nous avons l'objectif d'ouvrir un site à Saint-Pétersbourg, puis de faire des stages à Sotchi. La Thaïlande est au projet aussi. Et nous avons également des projets qui vont se conclure avec les Antilles, un site en Guadeloupe et trois autres en Martinique, pour les derniers en date.

Du côté des pertes, nous perdons des sites en Inde et en Indonésie, via un partenaire sponsor du club qui n'a pas souhaité renouveler son contrat avec le club. Ces pertes de site sont liées au droit de franchise plutôt élevé et il faut pour ces sites rentabiliser un investissement, ce n'est pas souvent le plus facile. Le site en Arabie Saoudite a été également arrêté suite à des soucis avec le propriétaire local, qui n'était pas très clair. Nous avons fermé le site de New-York de manière temporaire, avec un changement de propriétaire et nous espérons y revenir rapidement. Cela se développe tous les jours, car nous avons aussi beaucoup de demandes pour ouvrir des PSG Academies dans le monde entier, parfois même plusieurs demandes dans le même pays, ce qui nous permet de choisir le meilleur dossier. »

Cela représente combien d'enfants sur l'ensemble de la planète ?

« Ce n'est pas clairement répertorié, mais il y a plus de 13 000 inscrits dans les écoles régulières. Sans compter tous les enfants qui participent des stages, cela peut représenter plus de 20 000 joueurs dans une année. C'est important parce qu'un enfant qui est satisfait du Paris Saint-Germain et de son académie, ses méthodes, l'ambiance qui règne dans les académies, tout ce qu'on peut lui proposer, l'enfant peut devenir un fan du club. Si l'enfant devient un fan du club à 5 ans, il peut le rester pour toujours. Il y a aussi la composante du merchandising. C'est une cible très privilégiée par le club. Non seulement, nous pouvons aider à faire de ces joueurs des personnes adultes responsables, de bons joueurs de foot mais en plus des futurs fans du Paris Saint-Germain qui pourraient être des agents économiques importants pour le club. »

Est-ce que la stratégie du club est dans l'optique que ces Académies deviennent, à terme, un complément du centre de formation malgré les législations FIFA ?

« Tous les propriétaires des académies ont le rêve de pouvoir sortir, un jour, un joueur issu de leur centre qui jouera avec l'équipe première du PSG »

« C'est déjà le cas d'une certaine manière. Tous les propriétaires des académies ont le rêve de pouvoir sortir, un jour, un joueur issu de leur centre qui jouera avec l'équipe première du PSG bien sûr. Ce n'était pas le but premier du club, ce ne l'est toujours pas, mais forcément, si nous dispensons une bonne méthodologie, que nous y mettons des moyens et que nous avons un climat favorable, nous devrions avoir des résultats. Nous en avons déjà, notamment au Brésil, avec les meilleures joueuses du pays qui sont formées dans les PSG Academy locales et qui sont sollicitées par tous les clubs professionnels du Brésil ! Dans ce même pays, un des fils de Ronaldinho qui a commencé chez nous avant de signer dans un club professionnel.

L'idée est de pouvoir établir une passerelle. Cette année, certains joueurs issus des académies ont également pu participer avec les joueurs de l'association en U15 pour un tournoi très important (le Tournoi Kevin De Bruyne). Il s'agissait de deux enfants des États-Unis. Nous avons pu établir un suivi avec eux, montrer que nous étions capables de le faire et que nous nous intéressions aux enfants des académies. Nous avons de plus en plus de contacts avec le club, ce qui était au départ était très séparé. Maintenant, ne serait-ce qu'avec l'Association PSG (NDLR : la section amateurs du club) et le Centre de Formation, nous faisons en sorte de travailler de manière plus proche.

« Il y une dizaine d'enfants sur toutes les catégories de l'école de football qui proviennent des PSG Academy. »

Dans le recrutement des joueurs de l'Association PSG, cette saison, il y a eu beaucoup de joueurs qui sont issus des PSG Academy qui ont été formés dans les Urban Foot au départ. Ils ont pu participer à des Training Expérience. Suite à ces événements, les coachs du PSG ont détecté certains profils, ils ont pu participer à des entrainements avec le groupe ou à des tournois. Il y une dizaine d'enfants sur toutes les catégories de l'école de football qui proviennent des PSG Academy. Pour le cas des Antilles, ce sont des joueurs français, il est plus facile pour eux de rejoindre à terme le PSG.

Il y a en revanche des soucis législatifs pour les joueurs européens, qui ne peuvent pas quitter leur pays avant 16 ans et les joueurs extra-communautaires qui ne peuvent signer à l'étranger avant 18 ans. C'est pour cela que nous sommes en train de réfléchir à des solutions locales pour éviter de perdre ces enfants. J'ai aussi un plan pour l'avenir, mais tout ne dépend pas que de moi, il s'agit là d'une stratégie internationale du club que nous sommes en train de (re)définir, pour savoir que faire et comment exploiter les meilleurs talents des academies étrangères. »

Ce serait dommage de former beaucoup de joueurs et de ne pas pouvoir en profiter...

« C'est cela, oui. Ce ne sont que des académies et pas des clubs en tant que tel. Si un enfant est issu d'une académie et qu'il devient professionnel, qu'il est transféré dans un autre pays, la PSG Academy locale ne serait pas rémunérée. Il faut aussi trouver un système qui puisse profiter au partenaire mais aussi à terme au PSG, c'est le terreau de futurs talents, que ce soit des joueurs, des entraîneurs, ... Parce que le PSG grandit et qu'il a besoin de talents dans tous les domaines. Peut-être que le PSG trouvera son futur kiné, son futur intendant, son futur responsable logisitique, directeur marketing, responsable du digital, etc... C'est là-dessus que le PSG et notre cellule doit travailler parce que l'on retrouve des profils dans ces académies, où nous sommes sûrs de trouver des gens qui sont compétents et amoureux du Paris Saint-Germain, qui vont travailler avec plaisir pour le PSG. »

On parle d'environ une vingtaine d'enfants qui ont entre 5 et 18 ans qui rejoignent cette année l'association. Quel est l'objectif à terme du club ?

« Cela est en train d'être redéfini. Antero Henrique, qui vient de quitter le club, n'avait pas d'objectif chiffré mais au départ, il voulait que le maximum d'enfants puisse y parvenir. En même temps, faire de la qualité, ce n'est pas facile, il faut bien se positionner. Bien savoir ce que l'on veut faire. Au Brésil par exemple, les propriétaires veulent donner les meilleures conditions d'entrainement possibles pour les enfants, afin de pouvoir recruter les enfants de classe sociale élevée ou de pouvoir obtenir les meilleurs joueurs placés par leurs parents dans les meilleurs centres possibles afin qu'ils puissent progresser au niveau de leur football. Au Brésil, nous avons tout de même des enfants de très bon niveau, parce que nous offrons des conditions qui sont supérieures à celles de clubs professionnels locaux. Dans d'autres pays, nous serons peut-être plus dans la quantité, même avec des sites de bonne qualité.

À titre d'exemple, au Liban, avec la taille du pays et le niveau du championnat local, c'est compliqué. On essaye d'insister sur la qualité mais le propriétaire doit aussi rentabiliser son investissement. En France, nous avons déjà 6000 enfants participants. Maintenant, nous devons nous stabiliser. Là, nous serons beaucoup plus dans la qualité. C'est tant mieux. La qualité sera plus jugée notamment sur la qualité des formations des coachs. Les infrastructures et les équipements fournis jouent pour beaucoup, mais c'est surtout sur la qualité et la stabilité des staffs qui font la différence. C'est notre rôle à la direction technique, avec moi et Benjamin Oury. Toutes les académies se sont rendues compte depuis deux ans que la priorité, pour avoir de très bons joueurs, était de former des coachs et d'avoir de très bons coachs, c'est notre cheval de bataille. »

Retrouvez la seconde partie de l'entretien demain.



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