Luis Enrique était présent en conférence de presse ce lundi, à la veille de Sporting/PSG. L'occasion pour l'entraîneur espagnol d'expliquer qu'il n'était pas persuadé du bien-fondé de terminer dans le Top 8, même s'il espère gagner contre le Sporting CP. L'Espagnol a aussi évoqué le retour en forme de Dembélé, l'état de santé de João Neves ou encore le dénouement de la CAN et le retour imminent d'Achraf Hakimi et Ibrahim Mbaye. Voici ses propos en intégralité, traduits et retranscrits par nos soins.
Vous n'êtes pas très loin quand même du niveau de la saison dernière, mais on a l'impression qu'il manque encore un tout petit quelque chose. Dans quel domaine, avez-vous envie de récupérer ce petit quelque chose ? Est-ce que par exemple, cela peut être athlétique ?
« Ce sera un match peut-être similaire à ce qu'on a vu à Bilbao »
« On est dans la partie importante de la saison et on est en train de récupérer des joueurs blessés. Je pense que c'est le meilleur moment de la saison. Il faut bien préparer le match, il faut être attentif. C'est un moment important dans la Champions League parce qu'il reste deux matches (de ligue, ndlr). Demain, je m'attends à un match serré, compliqué, dans un stade exceptionnel et joli, face à une équipe du Sporting Portugal compliquée avec des joueurs de qualité, qui aiment avoir le ballon et défendent bien. Ce sera un match peut-être similaire à ce qu'on a vu à Bilbao contre l'Athletic. Nous connaissions la difficulté de notre calendrier, mais je suis content en ce moment. L'objectif est de gagner demain et d'avoir pratiquement assuré la qualification en 8e de finale, mais il manque encore trois points. »
Malgré tous les problèmes cette saison, les blessures, les meilleurs matches du PSG ont été en Champions League. Comment expliquez-vous que l'équipe se transforme dans cette compétition ?
« Il n'y a pas meilleure compétition pour montrer le niveau individuel et collectif de l'équipe »
« C'est facile à expliquer. Il n'y a pas meilleure compétition pour montrer le niveau individuel et collectif de l'équipe et je peux comprendre que les joueurs et l'équipe aiment jouer ce type de matches, c'est normal. Mais je pense que la trajectoire de l'équipe dans cette saison particulière est la même. C'est la même chose que ce qu'il s'est passé l'année dernière. En terme de performance et de jeu, le début de la saison dernière a été pour moi exceptionnel. On avait déjà une équipe qui dominait les matches et qui jouait très bien. On connaissait la difficulté de gagner les premiers matches de Champions League en raison de notre manque d'efficacité, mais le reste, c'est très similaire... pour moi, et c'est le plus important. »
Vous aviez insisté sur le fait qu'Ousmane Dembélé ne devait pas juste être un leader pour marquer des buts, mais aussi pour exercer le pressing. Est-ce que c'est ce que vous attendez de lui demain dans un stade qu'il va falloir dompter ?
« Je suis très content de revoir Ousmane Dembélé à son niveau »
« Bien sûr. Comme il l'a fait l'année dernière et cette année chaque fois qu'il a joué. J'ai parlé après le dernier match de ce que j'ai pensé de la rencontre. On a eu des difficultés en première période, mais la deuxième a été bien meilleure. Et Ousmane est un leader sur le terrain et c'est beau de voir un joueur avec cette qualité individuelle, qu'il a montrée sur les deux buts. Mais c'est beau aussi de le voir avec ce caractère pour presser et pour montrer à l'équipe qu'il est prêt à chaque action à presser le défenseur central adverse, le gardien. Et si le meilleur, le leader, fait ça, il montre l'exemple et je suis très content de revoir Ousmane Dembélé à son niveau. »
Vous le disiez, on est à un moment décisif de la Ligue des champions. A quel point c'est important d'assurer la place dans le Top 8 le plus rapidement possible ?
« Notre objectif est de nous qualifier via le Top 8, mais je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure chose »
« Pour être honnête, je pense que c'est important pour la confiance de l'équipe de gagner demain et de prendre les trois points, mais je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur parce que si on se qualifie parmi les 8 premières équipes, on ne jouera pas les barrages et à ce moment, il manquera les quatre matches de la Coupe de France qu'on pensait au départ jouer. C'est clair que notre objectif est de gagner demain et de nous qualifier via le Top 8, mais je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure chose. (Il ajoute ensuite en espagnol). Je dis ça pour aller un peu à contre-courant. C'est que j'aime la contradiction (sourire). Avec tout le monde et aussi avec mes joueurs. »
Vous avez quatre internationaux portugais dans votre effectif, qui jouent beaucoup pour la plupart, mais avec des profils et des postes différents. Selon vous, qu'est-ce qui les rassemble au-delà de leur nationalité ? Est-ce que c'est facile de travailler avec eux ?
« J'ai la chance de travailler avec quatre joueurs portugais, mais aussi le directeur sportif (Luis Campos, ndlr), qui est Portugais. C'est très facile pour moi en tant qu'entraîneur avec des joueurs de cette qualité. Ils ont de la qualité personnelle et professionnelle. Ils sont top les quatre et c'est un vrai plaisir d'avoir ce type de niveau et ce type de joueurs professionnels. J'ai de la chance, beaucoup de chance. »
Vous avez gagné beaucoup de matches importants aux tirs au but. Hier, Brahim Diaz aurait pu offrir la victoire au Maroc sur penalty, sur une Panenka. Est-ce que c'est quelque chose que vous déconseillez à vos joueurs dans les moments importants, est-ce que vous en discutez avec eux ?
« Brahim Diaz n'est pas un assassin ou une mauvaise personne »
« On a parlé de ça aujourd'hui dans le bus. Aujourd'hui, tout le monde parle de Brahim, mais je me souviens de Zidane. Zidane, qui est un Dieu du football ! Lui a fait une Panenka dans un Mondial. Je me souviens aussi de Sergio Ramos, qui faisait aussi souvent ce geste dans les matches importants. Quand tu marques ce type de penalty, personne ne dit rien, tout le monde applaudit. Mais quand tu rates ce type de gestes... Il y a beaucoup d'opinions très mauvaises sur ce joueur, mais c'est un joueur magnifique, que je connais parce que je l'ai appelé en sélection espagnole pour un match. C'est un joueur exceptionnel, une très bonne personne et c'est très injuste ce qu'il vit en ce moment. Je peux comprendre que ce soit difficile d'accepter ça et ça a été bizarre, tout le monde peut le dire, mais il faut être un peu... (il mime le fait de calmer le jeu). C'est du sport, rien de plus. C'est du sport et il faut montrer que tu peux gagner, mais aussi perdre. Rien ne va se passer, que tu gagnes ou que tu perdes. C'est un sport et les valeurs que tu peux montrer aux jeunes gens, c'est le plus important. Il ne faut pas exagérer, ce n'est pas un assassin ou une mauvaise personne. Je pense que c'est important que vous (les médias), qui avez cette force pour montrer votre opinion, vous respectiez et entendiez que ce n'est pas facile d'être un joueur jeune dans un moment comme celui-ci, avec beaucoup de pression. »
Vous avez évoqué votre quatre joueurs portugais, mais demain l'un d'eux sera absent. João Neves n'est pas dans le groupe, il était déjà absent contre Lille. Que pouvez-vous nous dire sur son état de santé et sur sa durée d'indisponibilité ?
« Si c'était une finale demain, Neves aurait pu jouer »
« Rien. Il n'y a pas d'importance. Pendant la saison, il y a des moments où un joueur montre des petits problèmes, il peut se blesser. Il n'est pas blessé. Ce n'est rien d'important, mais nous ne voulons pas prendre de risque, et avec aucun joueur. Je pense qu'il a beaucoup amélioré (son état de santé). Si c'était une finale demain, il aurait pu jouer, mais on continue avec notre mentalité de ne prendre aucun risque. »
Est-ce que vous avez échangé avec Achraf Hakimi aujourd'hui ? (Luis Enrique fait non de la tête) Est-ce que vous avez peur de retrouver un joueur impacté mentalement par ce qu'il vient de se passer avec son pays ? Autre question pour Ibrahim Mbaye. Là, vous allez retrouver un garçon avec beaucoup d'énergie, non ?
« C'est la beauté de la vie. C'est comme quand un entraîneur part parce que le club décide qu'il ne peut plus faire son travail, mais arrive un autre entraîneur. Si tu penses à la famille de l'entraîneur qui arrive, elle est très contente. Et la famille de l'entraîneur qui part, elle est moins contente. Mais rien de particulier, c'est la vie. Une seule équipe peut gagner. Dans ce cas précis, c'est le Sénégal. C'est le moment de féliciter les Champions, mais aussi de féliciter les Marocains, parce qu'ils ont très bien joué. Et rien d'autre à dire. Hakimi, c'est mon travail de surmonter ça et de valoriser ce qu'il fait comme joueur et comme personne. Et rien, ce n'est pas important. »
Est-ce qu'ils vont revenir très vite dans l'équipe ?
« Bien sûr, on est dans la compétition. C'est nous le club qui payons beaucoup d'argent pour que les joueurs viennent, et ils vont venir. Bien sûr, comme pour tous les autres joueurs. »
Dans une saison très compliquée physiquement pour vos joueurs, avec une préparation très courte, Nuno Mendes est plutôt très en forme physiquement. Comment l'expliquez-vous ?
« Physiquement et techniquement, Nuno est un joueur différent »
« C'est normal pendant la saison d'avoir des hauts et des bas. Physiquement et techniquement, Nuno est un joueur différent. Je le connaissais d'avant, quand j'étais sélectionneur de l'Espagne et que je l'avais affronté avec le Portugal. Arf, je me suis dit : "Quel joueur incroyable !". Beau avec le ballon, beau sans le ballon. Avec cette mentalité très différente. Je me répète, mais c'est un vrai plaisir d'avoir un joueur comme Nuno Mendes. »
Avez-vous déjà eu des contacts avec le Sporting CP ou est-ce qu'il s'agissait simplement de spéculations ?
« Moi ? Jamais. Mais j'aime tout d'abord le nom du club, le Sporting. C'est comme le club de ma ville, le Sporting Gijon. Et j'aime aussi les couleurs, le maillot est très beau. (Pour le reste), je ne sais pas, peut-être dans l'avenir... »
Dans la préparation du match, quelles caractéristiques du Sporting vous ont fait réfléchir un peu plus ? Qu'avez-vous travaillé en particulier avec votre équipe ?
« Nous allons affronter une équipe très complète, qui sait jouer très bien avec le ballon mais aussi sans le ballon »
« Pour ce qui concerne les entraînements tactiques, zéro, parce que nous n'avons pas le temps, comme tous les entraîneurs de notre niveau. En vidéo, nous avons clairement analysé notre adversaire et demain sera le moment de dire à nos joueurs quelles seront les caractéristiques du match. J'aime beaucoup le Sporting Portugal. C'est une équipe très bien rodée, qui a remporté le doublé la saison passée. Cette année, ils ont 10 points en Champions League et sont deuxièmes en championnat. J'aime ce qu'ils font avec le ballon, la personnalité qu'ils ont de jouer depuis l'arrière, la personnalité qu'ils ont eu de jouer sur la pelouse du Bayern Munich en les regardant dans les yeux et en menant une bonne partie du match (victoire finalement 3-1 du Bayern, ndlr). Alors que c'est très difficile de jouer là-bas à Munich. Demain, nous allons donc affronter une équipe très complète, qui sait jouer très bien avec le ballon mais aussi sans le ballon. La vérité, c'est qu'on ne s'attendait pas à les voir à un tel niveau. Ce sera très compliqué. J'espère que nous serons attentifs et motivés parce que demain ça va être très difficile de gagner ce match. »
Vous avez quatre joueurs portugais dans votre équipe. Vous avez dit que c'était un plaisir de les entraîner. En vue de la prochaine Coupe du monde, pensez-vous que le Portugal est un candidat sérieux ?
« Sans aucun doute. Pour moi, c'est l'une des équipes favorites pour gagner le Mondial. Mais il y a aussi l'Espagne et les autres favoris de toujours. Mais en terme de qualité individuelle, cela fait plusieurs années que le Portugal exporte des joueurs, des entraîneurs et des directeurs sportifs partout dans le monde. Il y a des Portugais de partout et des Portugais de très haut niveau. C'est donc sans aucun doute un candidat sérieux, surtout avec ce qu'ils ont fait jusque-là avec ce sélectionneur espagnol (Roberto Martinez, ndlr). C'est un mix que je considère très intéressant et c'est sans aucun doute l'une des sélections, de par ses qualités individuelles, les plus intéressantes. Il leur manque cette victoire en Coupe du monde. J'espère que l'Espagne la gagnera, mais si ce n'est pas le cas, j'aimerais bien que ce soit le Portugal. »