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Tirer plus pour marquer plus, une recette efficace pour le PSG de 2019/2020 ?

Publié le dimanche 26 avril 2020 à 21:33 par Thibaut Brossard
C’est la saison la plus prolifique de l’ère QSI, et donc probablement de toute l’histoire du PSG (mais les statistiques disponibles ne permettent de remonter aussi loin dans le temps), en terme de frappes au but : 16.6 par match, après 27 journées de championnat. Seul Lyon la saison passée a fait mieux ces 10 dernières saisons (17.7 par match) en Ligue 1. Un record de tirs pour un record de buts ? Eléments de réponse en chiffres et en graphiques.

Le graphique ci-dessous décrivant le nombre de tirs par rencontre du PSG en Ligue 1 ces onze dernières saisons le confirme : la saison 2019-2020 est jusque-là la plus prolifique en terme de tirs : 16.6 par match alors que le PSG d’Emery avait « plafonné » à 16.4 (en 2017-2018) et celui de Blanc à 15.7 (en 2013-2014).

S’il poursuit à ce rythme, le PSG 2019-2020 est donc sur le point de battre son record de tirs sur une saison de Ligue 1. Nous allons étudier cette statistique des tirs sous ces différentes coutures en la reliant autant que possible à celle des buts pour voir de quelle manière les deux données sont corrélées.  

Plus de tirs en deuxième partie de saison

Commençons par nous interroger sur la régularité du nombre de tirs par match tout au long de la saison. Le PSG a-t-il été performant aux tirs dès le début du championnat ou est-il monté en puissance ?  

Le détail par journée ci-dessous, ainsi que la courbe de tendance en bleu, montrent bien la progression dans le temps en terme de tirs. Dans le détail, on voit notamment qu’en première partie de saison la formation de Thomas Tuchel ne parvenait pas à atteindre la barre des 20 tirs deux matches consécutivement. Une conséquence des absences régulières de Neymar et Mbappé en début de saison ? Possible.

La moyenne sur les 14 premiers matches (15.9 tirs par match) est inférieure à celle de la seconde partie (17.5). Sur les six derniers matches, elle s’élève même à 19.3 tirs. La moyenne de buts suit la même « saisonnalité » : 2.1 sur la première partie de saison, puis 3.5 depuis la 15ème journée, et même 3.8 buts/match lors des six derniers matches.

Ce sera donc un des enjeux, relatifs, de la fin de saison : maintenir cette moyenne de tirs pour préserver ce record, voire aller chercher le Lyon de 2018-2019 (17.7, soit 673 tirs). Il faudrait pour cela tirer au moins 225 fois au but en 11 matches, soit une moyenne de 20.5 tirs par rencontre. Pas infaisable mais très compliqué car supérieur au rythme des dernières semaines qui était lui-même au-dessus de la moyenne de la saison.

On constate par ailleurs que les hommes de Thomas Tuchel ont déjà dépassé les 20 tirs à 8 reprises en 27 matches alors que ce n’était arrivé que 5 fois en 38 journées l’an passé. Les Parisiens de cette saison ont aussi beaucoup moins de « jour sans » : une seule journée avec moins de 10 tirs (à Rennes lors de la deuxième journée), alors que l’an passé, sur 38 journées, on comptabilisait 7 matches à moins de 10 tirs.

Equipe de « money-time »

A l’intérieur même d’une rencontre, le rythme des tirs diffère selon les moments. Le détail par quart d’heure du match montre que les coéquipiers de Mbappé ont tendance à accélérer en fin de rencontre pour faire la différence : 38 % des tirs sont pris lors de la dernière demi-heure. Et surtout, ils se montrent plus précis quand il s’agit de faire la décision : le nombre de tirs cadrés est lui aussi significativement plus élevé dans la dernière demi-heure des rencontres (2.9 par match contre 2.3 lors de la première demi-heure et 2.1 pour la deuxième demi-heure).

Là aussi, c’est cohérent avec le nombre de buts marqués (29/75) qui est lui aussi plus important dans ces 30 dernières minutes.

La répartition domicile-extérieur est quant à elle étrangement favorable aux matches hors du Parc des Princes : 16.2 tirs par match à domicile contre 17.1 à l’extérieur avec notamment 23 tirs à Nice lors de la 10ème journée (victoire 4-1) ou 22 à Saint Etienne lors la 18ème (victoire 4-0). Le nombre de buts est lui plus important à domicile (3.1/match contre 2.4 à l’extérieur).

7.2 tirs cadrés par match : un record pour la Ligue 1 moderne

En plus de davantage tenter leur chance, les Parisiens sont plus précis cette saison. Avec 43 % de tirs cadrés, ils affichent leur meilleur ratio des quatre dernières saisons et se rapprochent des deux dernières saisons de Laurent Blanc qui étaient les meilleures pour cet indicateur (46 % et 44 %). Il faut dire qu’en cumulé sur ces deux saisons-là, Cavani tournait à 52 % de tirs cadrés (103/197) et Ibrahimovic à 54 % (131/242) !

Les Parisiens réalisent donc en moyenne 7.2 tirs cadrés par match, aucune équipe de Ligue 1 n’a jamais fait mieux puisque Lyon l’an passé n’en cadrait que 6.6 (37 % des tirs totaux). Là aussi, leurs meilleures performances ont été réalisées à l’extérieur avec 12 tirs cadrés à St Etienne (4-0) et à Lille (2-0). Et là aussi, la deuxième partie de saison est plus prolifique (8.2 tirs cadrés/match) que la première (6.3). La courbe de tendance (en bleu) montre bien là aussi la progression dans le temps.

L’incidence de cadrer ou non ses tirs est primordiale. Dit comme ça c’est une banalité, évidemment. Mais c’est d’autant plus vrai pour le PSG cette saison que ses trois défaites (à Rennes et Dijon et face à Reims) ont correspondu aux trois plus mauvais taux de « cadrage » de la saison :

  • 2 tirs cadrés sur 9, soit 22 %, à Rennes : défaite 2-1
  • 3 tirs cadrés sur 12, soit 25 %, face à Reims : défaite 2-0 à domicile
  • 4 tirs cadrés sur 20, soit 20 %, à Dijon : défaite 2-1

Il s’agit des trois seuls matches de la saison jusque-là où Paris n’a pas cadré au moins 30 % de ses tentatives de tirs.

Le PSG n’a donc cadré que 22 % de ses tirs lors de ses défaites en Ligue 1 contre 45 % lors des victoires. Le nombre de tirs totaux est lui aussi en baisse lors des défaites bien sûr (13.7 lors des défaites contre 17.3 lors des victoires) mais le PSG a su gagner bien des matches (6 en l’occurrence) avec ce nombre de tirs (moins de 14). On ne constatait pas le même phénomène l’an passé où le taux de tirs cadrés lors des défaites (43 %) était conforme à celui de l’ensemble des matches de la saison (41 %).

Mais revenons-en à notre tentative de corrélation entre cette saison partie sur des bases record en terme de tirs et le nombre de buts marqués. On a constaté jusqu’à maintenant que les Parisiens tiraient plus que jamais et cadraient plus souvent que ces deux dernières saisons. On tient donc deux premiers indices plaidant pour un nombre de buts record. Voyons si les autres indicateurs vont dans le même sens.

Forte hausse des tirs de près

On a déjà vu par le passé que le taux de cadrage des frappes était fortement dépendant du poids des frappes de loin. Plus celles-ci étaient importantes, moins le taux de tirs cadrés risquait d’être haut. Est-ce encore le cas cette année ?

La lecture du graphique ci-dessus nous montre que le nombre de tirs de loin est globalement stable par rapport à la saison passée : 4.4 par match contre 4.3. Leur poids a cependant décru (26.5 % contre 29.4 % l’an passé) puisque le nombre global de tirs a augmenté.

Soulignons au passage que même en légère augmentation, ce nombre de tirs de loin reste famélique. Surtout quand on le compare aux autres équipes de Ligue 1.

Aussi fou que cela puisse paraître tant le PSG domine la Ligue 1, y compris dans les statistiques relatives aux tirs, l’équipe de Thomas Tuchel est seulement 18ème au nombre de tirs pris d’en-dehors de la surface. Ce n’est pas une nouveauté puisque c’était déjà le cas les saisons précédentes mais on ne constate pas d’amélioration dans ce domaine.

L’autre événement marquant, pouvant expliquer le bon score en matière de tirs cadrés, est la hausse des tirs dans les 6 mètres. Avec 2.1 tirs/matchs pris aussi proche du but adverse, il est logique que la précision soit davantage au rendez-vous. Leur poids est passé de 9 % l’an passé à 13 % cette saison dans le total des tirs. 

L’augmentation de ces tirs pris dans les 6 mètres est conséquente puisque le PSG était à 1.3 l’an passé et 1.1 il y a deux ans. Il s’agit presque d’un doublement de ces types de frappes en l’espace de trois saisons. La présence conjuguée dans l’effectif d’Icardi et de Cavani, deux spécialistes de ces « tap-ins », explique en grande partie ce phénomène.

Deux indices supplémentaire plaident donc pour une augmentation du nombre de buts/match : la part des tirs de loin a baissé et, au contraire, celle des tirs de près (dans les 6 mètres) au significativement augmenté.

Plus de tirs = plus de buts ?

Alors, avec ce record de tirs pris par rencontre, et un nombre de tirs tout proche du but relativement important, les Parisiens doivent facilement battre leur record de buts, n’est-ce pas ? Pas vraiment en fait. Avec 2.78 buts par match, le PSG 2019-2020 fait à peine mieux que le 2018-2019 (2.76), et fait même moins bien que le PSG 2017-2018 d’Emery. Ce dernier avait marqué 2.84 buts par match, avec pourtant un peu moins de tirs et surtout plus de tirs de loin.

Comment expliquer ce nombre de buts stables alors que tous les indicateurs de tirs (nombre, précision, position) sont au vert ? Pourquoi le PSG de cette saison ne marque pas plus ? Il faut tout simplement cette saison 6 tirs pour marquer un but, contre 5.4 l’an passé, et 5.8 en 2017-18.

Mais alors, est-ce dû aux positions de tirs qui ne sont pas bonnes ? Les expected goals nous disent que non puisque le rapport expected goals/tirs est strictement identique ces deux dernières saisons (17 %). Cela signifie que les positions de tirs ont la même dangerosité moyenne : un tirs pris a en moyenne 17 % de chances de se transformer en but, cette saison comme l’an passé.

Des attaquants moins réalistes ?

Dernière hypothèse : le manque de réalisme des attaquants. Hypothèse hautement improbable au premier abord quand on regarde les noms qui composent l’escouade offensive du PSG cette saison.

Et pourtant, les expected goals penchent clairement pour cette réponse. Alors que ces deux dernières saisons le PSG marquait plus de buts qu’attendu par le modèle statistique (+18.1 en 2017-18 et 9.7 en 2018-19), cette année c’est l’inverse. Les attaquants parisiens manquent d’efficacité devant le but adverse et sont moins efficaces que la moyenne historique des tireurs compte tenu de leurs positions de tirs : 75 buts marqués alors que le modèle statistique en attendait 76.4.

Nous aurons l’occasion dans un futur article de revenir en détail sur cette curiosité de cette saison 2019-2020.

Au final, que conclure de cette étude sur les tirs pris par le PSG en 2019-2020 ? Tout simplement, en résumé, qu’ils n’ont jamais été aussi nombreux, ni aussi précis mais pourtant qu’ils ne génèrent pas autant de buts qu’attendu.

Et que le nombre de buts est très nettement dépendant du nombre de tirs cadrés (coefficient de corrélation de 72 %) mais peu du nombre de tirs global (coefficient de corrélation de 37 %).

Vous pouvez retrouver les commentaires de l'article sous les publicités.
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