Luis Campos a accordé une interview exceptionnelle de trois pages au quotidien madrilène Marca, qui l'a publiée ce vendredi. Une interview dans laquelle le dirigeant portugais du PSG partages plusieurs anecdotes savoureuses sur Luis Enrique et le fonctionnement du club parisien. Prenez le temps de tout lire, vous ne le regretterez pas.
En 2012, vous avez travaillé avec Mourinho au Real Madrid en tant qu'analyste tactique. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?
« De très bons souvenirs car Mourinho est une personne spéciale pour chacun d'entre nous et encore plus pour moi : c'est mon ami. Je lui dois beaucoup, car j'ai traversé une période de doute et de réflexion dans ma vie. Mourinho m'a appelé et m'a dit : « J'ai besoin de toi, mais pas sur le terrain : voyage, visionnage de matches, observation des joueurs et des équipes. » Plus tard, il m'a proposé de retourner sur le terrain avec lui, chose que je n'aurais plus cru possible, et pendant cette période, il m'a aidé à retrouver le plaisir de la compétition de haut niveau. Dans un club comme le Real Madrid, à un moment aussi crucial, sous la pression immense d'un FC Barcelone très performant, le Barça de Pep Guardiola, avec tous ces grands joueurs – une équipe redoutable –, Mourinho a accompli un travail exceptionnel à Madrid parce qu'il a combattu cette équipe. Il y avait un risque de revivre la situation actuelle en France avec le PSG ou en Allemagne avec le Bayern : que le Barça reste champion d’Espagne pendant de nombreuses années. Mourinho a joué un rôle déterminant dans ce changement, en parvenant à contrer la domination de cette équipe de Barcelone. »
En parlant de recrutement de joueurs, est-il vrai que l’un des premiers critères que vous examinez chez un footballeur est son contrôle de balle ?
« Lorsque je discute avec Luis Enrique du profil d’un joueur, la première chose qu’il me demande, c’est s’il est à l’aise avec le ballon »
« Oui, car la relation d’un joueur avec le ballon est fondamentale. Au final, ils jouent avec un ballon et ils doivent être à l’aise avec. Lorsque je discute avec Luis Enrique du profil d’un joueur, la première chose qu’il me demande, c’est s’il est à l’aise avec le ballon. Il parle de contrôle, de prise de bonnes décisions avec le ballon. C'est très important d’avoir une bonne relation avec le ballon, et pas seulement d’être rapide, de couvrir beaucoup de terrain ou de gagner des duels. Cela sera très bénéfique pour l’équipe. »

Durant cette période, le Real Madrid a recruté un joueur qui se débrouille très bien avec le ballon : Luka Modric. Quel a été votre rôle dans sa signature ?
« Modrid sait comment prendre le match, il sait comment diriger le jeu, comme Vitinha le fait au PSG aujourd'hui »
« J’ai fait mon travail. Les entraîneurs nous demandent des profils, mais au final, ce sont eux qui prennent la décision. On discute de nombreux joueurs et on arrive à une conclusion. Il y a eu de nombreuses conversations avec Mourinho concernant son profil. Le Real Madrid avait besoin d’un joueur plus cérébral au milieu de terrain, quelqu’un capable de dicter le rythme. Là je ralentis, là j’accélère ; là je vais à gauche, là à droite. Luka avait tout ça. Quand Luka est devenu important, j’étais ravi. Je me souviens de l’accolade qu’il m’a faite avant le match de la Coupe du Monde des Clubs (l'été dernier, ndlr) ; il m’a remercié pour ces moments. On a vécu une période fantastique avec lui, mais à son arrivée, c'était compliqué car il est arrivé très tard, à cause de son adaptation, et à cause d'un entraîneur spécial et qui était très exigeant… Il a traversé une période difficile, et je l'ai vécue avec lui, mais on savait tous que Luka finirait par être très important car sur le terrain, c'est une véritable boussole. Il sait comment prendre le match, il sait comment diriger le jeu, comme Vitinha le fait au PSG aujourd'hui. »
A-t-il été facile de convaincre Nasser Al-Khelaïfi que Luis Enrique était l'homme de la situation pour le PSG ?
« L'émir du Qatar est passionné de football, il a même Wyscout ! »
« Oui, très facile. L'émir du Qatar, passionné de football et fin connaisseur, a également participé à ces réunions. Il m'arrive parfois de parler avec lui de joueurs que je connais moi-même mal. Il est passionné, il sait où se trouvent les meilleurs talents – il a même Wyscout ! (une plateforme de recherche et de sélection de joueurs) et une connaissance approfondie de la culture footballistique. Ces réunions étaient cruciales, car nous avons commencé par examiner plusieurs entraîneurs pressentis et les avons évalués selon 25 critères différents… afin de déterminer qui était la personne idéale.
Nous avons finalement eu un entretien avec Luis Enrique chez lui. Le courant est passé si bien qu'en dix minutes, il nous avait déjà dit tout ce que nous voulions entendre. Une fois l'entretien terminé, j'ai appelé Nasser et je lui ai dit : « Président, c'est lui qu'il nous faut. » Deux jours plus tard, c'était fait. Je ressentais une énergie tellement positive et une telle volonté de gagner que je me suis dit : « C'est lui. » »
À votre arrivée à Monaco en 2013, un jeune garçon de 15 ans nommé Kylian Mbappé a fait son apparition. Il y a eu un incident avec un entraîneur qui doutait de lui, et vous avez dû intervenir.
« Cela a coïncidé avec mon arrivée. J'avais entendu dire qu'il avait un grand talent, mais je ne l'avais pas encore vu jouer. Les débuts de Kylian à Monaco n'ont pas été faciles ; il y a eu un conflit avec l'entraîneur. Des membres de mon équipe m'ont dit que Kylian était fantastique, et j'ai dit à l'entraîneur de le faire jouer dès le prochain match. Après 20 minutes, Monaco menait déjà 3-0 grâce à un triplé de Kylian. « Ça y est », me suis-je dit, « il doit rester, car il y a quelque chose de très spécial ici. » Après son premier entraînement avec l'équipe première, João Moutinho, qui était un joueur important de l'équipe nationale portugaise, est venu me voir avec Bernardo Silva et Ricardo Carvalho et m'a dit : « Luis, ce gamin ne peut pas partir d'ici. Qui est-il ? » »
L'an dernier, le PSG a remporté la Ligue des Champions, la Coupe intercontinentale, la Supercoupe de l'UEFA, la Ligue 1, la Coupe de France et le Trophée des Champions. Six titres en une seule année, un exploit que seules deux autres équipes ont réalisé auparavant : le grand FC Barcelone de Guardiola en 2009 et le Bayern Munich de Hansi Flick en 2020. Est-il possible de réitérer cet exploit ?
« Nous aimerions. Nous savons que c'est très difficile et que personne n'y est parvenu, mais il faut bien que quelqu'un essaye de faire mieux. Nous avons progressé en tant qu'équipe. L'effectif qui a terminé la saison dernière a considérablement évolué par rapport à celui qui avait atteint les demi-finales et remporté le championnat l'année précédente. Nous pouvons et nous devons continuer sur cette lancée, car je vois les progrès de l'équipe en termes de développement et de nouvelles responsabilités. Luis est infatigable ; chaque jour, il exige plus et chaque jour, il imagine de nouvelles choses.
« Luis Enrique est venu me voir et m'a dit : « Tu vas voir, les joueurs vont tellement changer de position que l'adversaire ne saura plus où ils sont… »
Je me souviens qu'après la première saison, j'étais satisfait de Luis et de son nouveau projet. Nous avions atteint les demi-finales et remporté le championnat, et nous savions que nous pouvions encore progresser. Le premier jour de la saison suivante, Luis Enrique est venu me voir et m'a dit : « Luis, tu vas voir, les joueurs vont tellement changer de position que l'adversaire ne saura plus où ils sont… » « La vache ! » me suis-je dit, « Qu'est-ce qu'il va encore inventer ? Quelles nouveautés va-t-il apporter ? » Et il avait raison. Lors du quatrième ou cinquième match, nous jouions contre Lille, et leur capitaine, Benjamin André, qui a 33 ans, est venu me voir à la fin de la rencontre et m'a dit : « Luis, je n'ai rien compris à ton équipe ! Je ne savais même pas où étaient les milieux que j'étais censé marquer ! Ils ont tellement changé de position que c'est très difficile de jouer contre vous. » C'est là que j'ai compris que nous étions en train de construire quelque chose de mieux que l'année précédente. Et je le ressens encore aujourd'hui, car malgré les nombreuses blessures cette année, l'équipe reste fraîche et forte. J'imagine ce que sera le PSG lorsque tous les joueurs seront de nouveau disponibles et au même niveau de forme physique et mentale. Nous serons à nouveau très forts, car c'est une exigence quotidienne pour tous au club, et particulièrement pour Luis Enrique lors de ses séances d'entraînement. »

Comment est-ce de travailler avec Luis Enrique au quotidien ? Est-il aussi perfectionniste, intense et exigeant qu'il en a l'air ?
« Luis Enrique doit dormir avec les doigts dans une prise parce qu'il a une énergie incroyable »
« Il l'est. Il doit dormir avec les doigts dans une prise parce qu'il a une énergie incroyable ! Chaque jour, il arrive avec la volonté d'évoluer, de progresser. Quand je parle à un joueur de son intégration à notre projet, je présente d'abord le projet sportif collectif, ce que représente le PSG, puis le projet individuel pour le joueur, car ce sont deux choses différentes et toutes deux importantes. Cela ne sert à rien de recruter de bons joueurs si nous n'avons pas de place pour eux. Luis me demande de dire une chose à chaque joueur : « Si tu ne comptes pas t’entraîner à fond tous les jours, ne viens pas. Parce que si tu ne t’entraînes pas à fond tous les jours, Luis Enrique va te « tuer » rapidement. Tu dois comprendre que chaque entraînement est comme un match contre les meilleurs joueurs du monde, et tu vas devoir tout donner chaque jour. »
À la fin de sa première saison, il m’a dit un jour : « Luis, soit on améliore le niveau d’entraînement quotidien, avec tous les joueurs qui se donnent à fond, soit je m’en vais.» Il m’a inculqué cette exigence. Alors aujourd’hui, quand on cherche un joueur à recruter, la première chose que je lui dis, c’est : « On te connaît très bien, mais si tu ne t’entraînes pas à fond tous les jours, laisse tomber, parce que tu ne joueras pas une seule minute. » Et c’est la vérité. »
À Monaco, on vous appelait « l'architecte ». À votre arrivée au PSG, vous avez trouvé un effectif de 52 joueurs qu'il a fallu réduire à 28. Le directeur sportif est toujours associé aux recrutements, mais laisser partir des joueurs n'est jamais facile.
« Le fair-play financier nous a contraints à réduire l'effectif, et je sais par expérience qu'il est impossible pour un entraîneur de travailler avec autant de joueurs. La première année (avec Christophe Galtier, ndlr), nous avons très bien joué en début de saison, mais après la Coupe du Monde (au Qatar en décembre 2022, ndlr), la situation s'est compliquée : certains joueurs sont revenus très contents, d'autres étaient déprimés, d'autres encore se sont blessés, et la seconde moitié de saison a été très difficile. Avec l'arrivée de Luis Enrique, nous avons commencé à construire différemment. Nous ne recherchions pas seulement le talent ; nous recherchions aussi la compétitivité, la soif de victoire, la volonté de jouer en équipe, l'engagement. Le club passe avant le joueur. Il est essentiel de comprendre que, quels que soient le respect et l'admiration que l'on puisse avoir pour un talent individuel, rien n'est plus important que le club. Le PSG est plus important que n'importe quel joueur, le club a son histoire et il est en train de la construire.
« J'ai entendu quelqu'un dire que le cinéma crée les stars, mais que les stars ne font pas les films. C'est un peu la même chose pour le football »
Nous avons fait un grand pas en avant et nous voulons aller plus loin. Pour cela, nous savons que le football est et restera un sport collectif. J'ai entendu quelqu'un dire que le cinéma crée les stars, mais que les stars ne font pas les films. C'est un peu la même chose pour le football : le collectif permet aux talents individuels de briller. Le PSG en est un bon exemple. Aujourd'hui, tout le monde attaque, mais tout le monde défend aussi. Cela nous permet de former une véritable équipe, d'avoir un jeu collectif bien plus performant. C'est là la grande contribution de Luis Enrique à ce projet : le concept de travail d'équipe. »
Le plus difficile, c'est de convaincre les stars de mettre leur ego de côté et de mettre leur talent au service de l'équipe.
« C'est aussi le reflet de la nouvelle société actuelle. J'ai 61 ans, le monde a évolué et est différent ; avec les réseaux sociaux, l'individualisme est beaucoup plus présent. Les jeunes d'aujourd'hui ont grandi avec un esprit beaucoup plus individualiste, moins porté sur le collectif que les jeunes d'autrefois. C'est ainsi que fonctionne la société, et cela nous oblige parfois à prendre des mesures strictes, presque pédagogiques, comme dans le cas d'Ousmane Dembélé à Arsenal. Ces mesures permettent à chacun de comprendre que le club et le projet de jeu de l'équipe sont plus importants que leurs ambitions individuelles. Quand on joue tous ensemble, on est beaucoup plus forts. Tous les joueurs aiment attaquer ; quand ils ont le ballon, on n'a pas besoin de leur dire de courir. Le plus difficile, c'est de les amener à défendre ensemble, en équipe, avec organisation. Luis y est très bien parvenu au PSG. »

Quelle est la qualité la plus importante chez un entraîneur : la connaissance tactique, l’expérience avec les footballeurs de haut niveau ou le leadership ?
« Tout. Je vous ai déjà dit qu'avant de rencontrer Luis Enrique, nous avons réalisé une évaluation portant sur 25 critères. Vous avez mentionné certains des plus importants, mais pour moi, la communication avec les joueurs est également cruciale. Communiquer avec eux aujourd'hui n'est plus la même chose qu'il y a dix ans ; en effet, des jeunes de 17 ou 18 ans sont différents de ceux de 22 ou 23 ans. Trouver un bon communicant, quelqu'un capable de se mettre à leur place pour faire passer son message, qui les aide à comprendre le fonctionnement de l'équipe et l'environnement que nous partageons, est une spécialité, souvent un don, dont les entraîneurs modernes ont besoin : savoir communiquer, savoir transmettre son message. Chaque fois que j'assiste à une réunion entre Luis Enrique et ses joueurs, c'est incroyable, car sa capacité à exprimer ses attentes est si directe et si efficace que tout devient plus facile.
« La capacité à communiquer est primordiale pour un entraîneur aujourd'hui »
On peut avoir plein d'idées, comprendre beaucoup de choses sur le football, mais si on ne sait pas les transmettre, et que les joueurs ne les saisissent pas, ne les intègrent pas et ne fournissent pas le retour nécessaire pour les appliquer sur le terrain, c'est la catastrophe. La capacité à communiquer est primordiale pour un entraîneur aujourd'hui, car il est de plus en plus difficile de communiquer avec les jeunes joueurs. Ce n'est pas tant que ce soit difficile, c'est différent, et les entraîneurs plus expérimentés doivent posséder ce don et savoir s'adapter. »
C'est là le grand mérite de Luis Enrique. Dembélé, qui a remporté tous les trophées individuels, semble être un kamikaze, se jetant à l'attaque pour presser l'adversaire et lui prendre le ballon.
« Luis Enrique dit aux joueurs : « Ne faites pas de fautes. Si vous en faites, vous ne jouerez pas avec moi » »
« Les leaders d'une équipe le deviennent naturellement ; ils n'ont pas besoin d'arriver et de dire : « C'est moi le leader, c'est moi qui gagne le plus d'argent. » Ça ne fonctionne pas comme ça. Un leader doit être un exemple. Luis, par exemple, transmet ce leadership au quotidien : « Il faut défendre comme un fou, comme une bête, et attaquer comme une bête aussi. » Les leaders doivent avoir cette capacité à transmettre sur le terrain. Le football a connu une grande évolution, c'est ce que j'essaye de faire comprendre à mon entourage, et cela suscite de nombreuses discussions. La grande évolution du football ne réside pas dans l'aspect physique, comme on l'entend souvent. C'est une évolution, certes, mais la véritable évolution qui explique beaucoup de choses sur le joueur portugais actuel, et le joueur espagnol également, réside dans la compréhension du jeu, l'aspect intellectuel, leur intelligence de jeu. C'est là que le joueur fait la différence. Luis dit aux joueurs : « Ne faites pas de fautes. Si vous en faites, vous ne jouerez pas avec moi. Ne vous jetez pas dans les duels comme des fous. Le second ballon est plus important que le premier. » En entendant cela, on comprend l'importance de l'aspect cognitif, de la dimension intellectuelle, de la compréhension du jeu. On sait alors que lorsqu'une équipe vous presse d'un côté, le côté libre est l'autre, et c'est là qu'il faut trouver la faille. La capacité d'un joueur à comprendre le jeu et à prendre des décisions sur le terrain fait toute la différence aujourd'hui.
Entendre ces choses me fait réfléchir et me pousse de plus en plus à rechercher des joueurs plus intelligents que doués physiquement, car les aptitudes physiques sont très faciles à développer, mais l'aspect intellectuel et la compréhension du jeu sont plus difficiles. Ma femme est professeure de mathématiques et elle me dit toujours : « Soit on comprend, soit on ne comprend pas. Faire beaucoup d'exercices ne fera pas de toi un grand mathématicien. » C'est pourquoi je recherche de plus en plus des joueurs intelligents, capables de comprendre le jeu. »

En vous écoutant, je pense à Vitinha et à sa compréhension du jeu.
« L'aspect intellectuel du jeu est devenu vital aujourd'hui à tous les postes »
« Ou encore à Fabián Ruiz. Fabián n'est pas très rapide, ni d'une élégance rare, mais il est très intelligent sur le terrain. Kroos, Modric… Ces milieux de terrain cérébraux, si vous leur ajoutez l'énergie incroyable d'un João Neves ou d'un Zaire-Emery… L'aspect intellectuel du jeu est devenu vital aujourd'hui à tous les postes. On parle beaucoup des milieux de terrain car le jeu passe toujours par eux ; ils font le lien entre la défense et l'attaque. Mais un milieu de terrain très intelligent n'est utile que si les autres joueurs effectuent ensuite des allers-retours, des courses latérales, ou apportent de la largeur ou de la profondeur.
Construire une équipe, c'est rechercher des joueurs capables de courir, nous sommes d'accord, mais aussi mentalement forts pour supporter la pression que les grands clubs exigent avec un calendrier chargé, des finales, des sélections nationales, la capacité de s'adapter aux consignes du sélectionneur, qui te demande autre chose qu'en club. C'est incroyablement épuisant. À toutes ces exigences, il faut ajouter leur capacité à réfléchir au jeu, à le comprendre. Trouver des solutions aux problèmes posés par l'adversaire sur le terrain requiert une intelligence particulière que possèdent les grands footballeurs. Cela explique beaucoup de choses sur l'école de joueurs portugaise actuelle, et aussi sur l'école espagnole. »
En termes de travail d'équipe, le PSG et Arsenal sont nettement supérieurs aux autres.
« Au niveau du jeu collectif, nous sommes passés très rapidement d'une équipe critiquée pour son individualisme exacerbé à celle que Luis Enrique souhaitait. Le changement a été plus rapide que je ne l'imaginais. Il m'expliquait ses objectifs et je répondais : « Dans trois ans. » Il rétorquait : « Non, non, cette année. » Nous sommes passés très vite d'un style de jeu individuel à un style collectif, et avec succès, car sans résultats, tout se complique. Pour nous, ce fut une véritable leçon : au football, pour gagner, il faut jouer collectivement. On peut remporter le titre de meilleur défenseur, de meilleur milieu de terrain ou de meilleur buteur, mais si l'équipe ne gagne pas, tout cela ne sert à rien. »
Est-il facile de prendre des décisions avec un entraîneur comme Luis Enrique ? Comment en discute-t-il avec vous et le président ?
« Cela vient de l'intelligence de l'entraîneur et du président. Nous formons un trio au PSG qui fonctionne très bien. J'ai une forte personnalité, Luis Enrique a une très forte personnalité, et Nasser Al-Khelaifi a aussi une très forte personnalité, mais notre succès repose sur le respect mutuel. Nous nous respectons énormément, nous nous écoutons et nous nous comprenons. Luis Enrique savait que dès la première année, il n'obtiendrait pas tout ce qu'il souhaitait, car il est impossible de transformer une équipe entière en un an. Petit à petit, nous y sommes parvenus ; nous avons cherché des joueurs dont le style de jeu correspondait au sien, et nous continuerons dans cette voie.
C'est pourquoi, en théorie, au bout de ces trois ans, nous devrions être plus forts, mais Luis Enrique m'a dit : « Non, non, nous allons être plus forts dès maintenant. » Nous recherchons de plus en plus des profils de joueurs qui correspondent à son projet, à sa façon de jouer et à sa vision du jeu. En théorie, nous devrions devenir plus dominants. Prenons l'exemple des jeunes. Au PSG, il ne s'agit pas seulement de repérer des jeunes, mais aussi de trouver des talents qui ont la volonté d'être compétitifs, car il ne suffit pas d'avoir du talent, ce qui importe, c'est que le joueur ait faim pour être très compétitif. »
L'intelligence artificielle et la big data transforment-ils le recrutement, ou le plus important reste-t-il ce don pour déceler les talents ?
« J'adore la technologie, mais au final, je dois ressentir, voir, percevoir, savoir... »
« Je pense que la technologie ne surpassera jamais l'aspect humain, car notre capacité à ressentir reste plus forte que toutes les données qui nous sont fournies. J'adore la technologie, mais au final, je dois ressentir, voir, percevoir, savoir... Souvent, cela passe par l'attitude d'un joueur, par un déjeuner, un dîner, une promenade, par le fait d'écouter le joueur ou de comprendre un geste. Pacho en est un bon exemple. Quand je l'ai contacté pour la première fois, il était en Équateur et je lui ai dit : « Je vais venir te voir parce que j'ai besoin de te rencontrer et de te présenter le projet du club ». Il m'a répondu : « Monsieur Luis Campos, vous dites que le PSG veut me recruter ? Je serai à Madrid demain ! J'arrive à 9 heures du matin ». Waouh ! J'ai appelé Luis Enrique et je lui ai dit : « Ce garçon va se donner à fond pour nous ». Son attitude m'a montré que j'avais trouvé quelqu'un qui avait faim. Je le connaissais déjà sur le terrain, mais il m'a également fait une très bonne impression. Je suis parti de Paris pour Madrid, nous avons passé la journée ensemble et à la fin, je me suis dit : « Il doit venir au PSG ». Peu après l'avoir rencontré, Luis Enrique était déjà en train de lui parler de tactique, de ce qu'il attendait de lui, de ce qu'il devait faire sur le terrain... C'était un moment magnifique. L'histoire de Pacho définit bien notre politique. »
Tout n'est pas toujours facile au PSG. Il y a deux ans, vous avez connu une situation délicate avec la dernière saison de Kylian Mbappé et son transfert au Real Madrid. Comment le directeur sportif gère-t-il ce genre de situation ?
« J'entretiens une relation particulière avec Kylian depuis ses 14 ou 15 ans ; je ne vais pas l'oublier, ni la cacher. Mais dans ce cas précis, j'ai essayé d'être le moins émotif possible et le plus rationnel. J'ai toujours pensé à protéger l'équipe et les autres joueurs. Nous ne pouvions pas laisser tout le club payer le prix de la situation de Kylian, aussi talentueux soit-il, ce qui est indéniable. Mon souci, avec l'entraîneur et la direction du club, était que chacun se sente important. Nous avons réussi à gérer quelque chose d'émotionnel, car Kylian est toujours le capitaine de l'équipe de France, il est toujours le même joueur, mais en même temps, nous devions protéger le club et tous ceux qui avaient accepté de rejoindre le projet du PSG. »
En regardant l'équipe, avez-vous le sentiment que votre mission est déjà accomplie ?
« Non, j'ai le sentiment que nous pouvons écrire l'histoire et continuer à progresser. Paris est une ville fantastique, le club a une histoire riche, il manquait un titre en Ligue des Champions, mais ici, tout le monde est ambitieux et veut plus. On sait que ce sera très difficile, mais au moins, on va essayer. »
NB : Propos recueillis par MARCA. Nous publions cette version intégrale de façon exceptionnelle car non-disponible en français.