Directeur sportif à succès du PSG, Luis Campos s'est confié à la télévision portugaise concernant ses méthodes de recruteur. Le dirigeant parisien, désormais connu mondialement, a recours à des stratagèmes improbables.
A peine avait-il gagné sa deuxième Ligue des Champions consécutive que Luis Campos pensait déjà à la troisième en mai dernier à Budapest. Mais avant d'en arriver là, le dirigeant portugais a recruté bon nombre des joueurs qui ont composé les deux équipes ayant décroché le graal européen. Fin recruteur, le dirigeant portugais a accepté d'en dire plus sur ses méthodes à la télévision portugaise dans l'émission « Primeira Pessoa » de la RTP, retranscrit par FootMercato.
Se déguiser pour mieux observer
« Beaucoup de fois, pour aller voir des matches, je dois me déguiser »
Connu pour aller lui-même sur le terrain afin d'observer les possibles recrues, le dirrecteur sportif a confié devoir utiliser des stratagèmes afin de pouvoir travailler correctement : « On m’appelle le loup solitaire parce que je dois cacher beaucoup d’informations, mes idées. Parfois, je dois passer totalement inaperçu en me déguisant afin de pouvoir choisir les bons joueurs, choisir les bons entraîneurs. Aujourd’hui, j’ai un visage connu mondialement. Beaucoup de fois, pour aller voir des matches, je dois me déguiser : des vêtements sombres, des bonnets. J’ai déjà mis une fausse moustache. »
Mais ces déguisements ont un but moins évident : « Ce n’est pas le fait d’être reconnu qui me préoccupe ou que les journalistes sachent que je suis là. C’est pour que les joueurs que j’observe ne sachent pas que je suis là. Je ne parle jamais avec ces joueurs ni avec ses agents. Quand je vais voir les matches sans être reconnu, j’achète souvent ma place (ndlr : les scouts sont généralemnet invités par les clubs) et je vais autre part dans le stade qu’en tribune présidentielle. C’est mon idée pour voir comment est le joueur (observé) dans la réalité. »
Shopping, restaurant, les autres tests
Mais après le terrain, Campos évalue le joueur en dehors : « Manger avec lui pendant une semaine ou faire du shopping, comme je l’ai déjà fait, ça me sert à définir son profil psychologique, savoir s’il ne va pas déstabiliser tout un vestiaire. Pour l’exemple du shopping, c’était un joueur pour lequel tout le monde me disait : "Luis, ce ne sera jamais un grand joueur parce qu’il n’arrive pas à se contrôler face à l’argent, il a une mauvaise relation avec l’argent." »
Et le dirigeant a vérifié l'information par un test grandeur nature : « J’ai donc pris un rendez-vous avec ce joueur dans un café qui se trouvait dans un lieu de shopping où il y avait de très belles boutiques. J’ai dit au joueur : "Allez, viens on va faire un tour et on va parler." Et puis le joueur est entré dans le premier magasin, puis dans le deuxième, le troisième, etc… Il a dépensé beaucoup d’argent (rires). »
Ce test du shopping n'est pas le seul que mène Luis Campos comme il l'a ensuite expliqué : « Quand je rencontre un joueur dans un restaurant, je lui présente le projet collectif du club, notre idée du club. Après, je lui dis comment on le voit dans ce projet. Normalement, dans ce moment aussi important, le joueur doit être très attentif. Et parfois, je discute avec lui et au bout de cinq, six minutes, je le vois mettre sa tête dans ses bras et me donner la sensation que c’est un joueur qui a un manque de concentration, qui n’a pas certaines qualités importantes dans le football moderne. »
La double supervision, son autre atout
Si le profil du joueur sur le terrain et en dehors est donc précisément défini par le directeur sportif en personne, Campos a aussi ses hommes de confiance et il les utilise d'une façon inhabituelle : « Oui, parfois, il y en a deux sur un match sans savoir qu’ils sont deux à superviser la même rencontre. J’adore croiser les informations. Je ne les laisse pas partager leurs informations, afin qu’ils ne se « contaminent » pas. Pour qu’ils soient les plus réalistes et les plus purs possibles. Je les appelle les super scouts. Je fais aussi un scouting en les choisissant. Ce sont des personnes spéciales. »
Des personnes spéciales qui ont construit pas à pas un effectif très spécial.