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Jésus Pérez détaille la relation avec les joueurs du PSG au quotidien

Publié le vendredi 14 janvier 2022 à 12:08 par Fouzia
Dans le podcast Ezen Inside spécialisé dans les sciences du sport, Jesús Pérez, l'entraîneur adjoint de Mauricio Pochettino du PSG (avec qui il est en train de discuter sur la photographie), s’est longuement confié sur son quotidien au PSG ; dans un échange d’une heure avec son confrère Alex De La Vega, préparateur physique de la sélection espagnole de basket. Dans cette seconde partie, il est notamment revenu sur la gestion des joueurs au quotidien, entre ceux qui jouent beaucoup et ceux qui jouent peu, comment le staff doit s'adapter en permanence ou encore l'évolution des rapports entre les staffs et les joueurs.

La première partie de l'entretion de Jésus Pérez est disponible ici : L'adjoint de Pochettino se confie sur la gestion des entraînements

Antonio Gómez Diaz [préparateur physique de la sélection polonaise, ex FC Barcelone/Liverpool, N.D.L.R.] parle de microdose, ou dose minimale, de renforcement musculaire à effectuer quotidiennement, ou tous les deux jours, pour éviter de tout concentrer sur deux séances hebdomadaires. Avec des exercices sur mesure, il est plus facile et plus efficace de faire ces 15-20 minutes de musculation. Qu'en penses-tu et comment gères-tu la musculation avec un calendrier aussi chargé ? 

« Le renforcement musculaire se traite par le travail indoor [en salle], et les exercices spécifiques qui travaillent les quatre thématiques musculaires généralement reconnues dans notre métier. Ensuite, quand tu as un calendrier aussi chargé, tu finis par gérer deux groupes parallèles : ceux qui jouent le plus et ceux qui jouent le moins. 

C'est plus facile de travailler le renforcement musculaire avec ceux qui ont le moins de temps de jeu, juste après les deux matchs [de la semaine], dans un microcycle de deux unités de compétition, avec des séances de musculation de 30 minutes ; sachant que nous apportons nos propres outils : cônes et dispositifs iso-inertiels et élastiques, en version portative. Avec l’aide d’une société, nous avons même créé une caisse portative qui contient une télévision pour les visionnages vidéos, que nous avons montée sur deux cônes et que nous posons où nous pouvons. Et dans notre vestiaire à Paris, nous avons créé une mini-salle de musculation. C’est notre stratégie de musculation post-match pour ces joueurs. 

Et pour les joueurs qui jouent deux matchs dans la semaine, il nous reste seulement les courtes séances de préactivation quotidiennes, qui durent entre 15 et 20 minutes. Et à J-1, nous effectuons une “activation musculaire étendue” au moyen de mécanismes vibratoires, de petites microdoses iso-inertielles et surtout beaucoup de travail réactif sur différents dispositifs que je ne citerai pas, pour ne pas faire de publicité.

« A J-1, c'est évident que tu rentres dans une phase de négociations avec ces joueurs »

A J-1, c'est évident que tu rentres dans une phase de négociations avec ces joueurs parce que comme je le disais, tu entres dans leur intimité, et qu'il y a un grand manque de sommeil à cause de cet horaire de match (21h, N.D.L.R.). Ça ne se passe pas comme ça en Angleterre, ni pour les autres équipes françaises. C'est évidemment une question de droits TV, mais jouer à 21h tout le temps affecte énormément le microcycle, surtout pendant les phases de récupération. »

Tu as évoqué des activations quotidiennes de 15-20 minutes. Ce sont des séances guidées, où il y a une partie à réaliser individuellement et une autre en groupe ? 

« Tout est dirigé par divers professionnels, des Sport Scientists [techniciens du sport, N.D.L.R.] pour beaucoup. Ca arrive qu’une fois par semaine, nous organisions un travail individuel mais en réalité, c’est un peu individualisé tous les jours puisque nous répartissons les joueurs en groupes thématiques, selon s’il s’agit d’un jour de match, d’un J+1, J-1 ou J+2 –  les jeunes ne nous rejoignent pas avant J+1 ou J+2 – mais également selon d’autres paramètres : blessures, carences, groupes prédéfinis… 

Nous avons également une journée qui privilégie le travail des kinés, parce que même s’ils sont impliqués au quotidien sur les problématiques physiques, je crois que les joueurs aiment aussi ça, ce rapport hyper individualisé et privilégié, qui change du traitement groupé. Nous répondons à ça parce que nous savons que ça fait des années que tous ces joueurs, mais aussi d’autres d’un niveau inférieur, ont leur propre staff avec des membres externes. Et s’il y a des choses qui convergent au niveau individuel, alors ça revient au même. Nous pouvons parler [avec eux] de tel ou tel exercice, et répondre nous aussi au besoin. Parfois, nous avons des joueurs qui ont subi de très graves blessures, leur staff a tout essayé, et quand tu essaies d’intervenir et de changer les choses, tu te rends compte qu’il a vraiment déjà tout essayé et que ça ne sert à rien d’insister, donc tu réponds à ce besoin de traitement individualisé et je crois que c’est une bonne chose. Avec certains, je ne peux faire que de la chaîne [cinétique] ouverte parce qu’après deux opérations des croisés, la chaîne fermée ne convient pas à un joueur en particulier - et ça me va si ça lui convient aussi.

« La vérité, c’est que nous avons un groupe très respectueux et qui a très bien accepté cette dynamique »

Mais la vérité, c’est que nous avons un groupe très respectueux et qui a très bien accepté cette dynamique. Je sais que ça fait un peu excuse, alors ce sont des professionnels, mais avec autant d'entraînements, autant de matchs, autant de déplacements, parfois ils ont aussi besoin de déconnecter un peu. Je ne dirai pas que la mise en œuvre quotidienne est parfaite, ni la production journalière, mais en tout cas, je suis satisfait d’eux, et surtout des après-matchs. Les entraînements post-matchs avec les joueurs qui n'ont pas joué, à ce niveau, je pense qu’il faut le souligner. Ils ont compris que ça leur sert à se sentir mieux quand ils sont appelés à jouer ; et surtout que ça réduit le risque de problèmes parce que ne pas jouer et ne pas pouvoir s’entraîner quand la compétition se rapproche ne fait qu’augmenter considérablement le risque de blessure, le jour où ils entrent sur le terrain. On le voit dans toutes les équipes, notamment lorsqu’il y a des différences entre l’équipe et la sélection. Dans notre club par exemple, comme dans d’autres grands clubs, nous avons des joueurs qui ne sont pas titulaires chez nous mais qui le sont en sélection. Ce contraste entre ne pas jouer d’un côté et jouer deux-trois matchs sur une période très courte engendre évidemment des blessures. »

Quand tu parles de joueurs qui ne sont pas sur les listes européennes (Rico, Rafinha et Bernat en première partie de saison, N.D.L.R.), tu fais référence à ceux qui sont sélectionnables en équipe nationale ?

« Non, c’est juste que nous avons un effectif très conséquent et que les places sont limitées en compétitions européennes. Nous avons donc des joueurs qui peuvent jouer les compétitions nationales mais qui ne peuvent pas jouer les compétitions européennes. Au moment de composer le groupe ou de faire la composition d'équipe, tu dois prendre en compte ces fameuses rotations, que nous n’appelons pas rotations mais simplement des opportunités de jouer pour tous. À la fin de la saison, c’est important d’avoir un maximum de joueurs qui ont eu du temps de jeu, parce que c’est un bon signe. »

Dans notre métier, on évolue beaucoup. Quand on regarde cinq ans en arrière, on se rend compte qu’on a changé certaines choses, ou qu’on en priorise certaines aujourd’hui qu’on faisait moins avant. Qu’as-tu changé dans la routine quotidienne au fil du temps ? 

« Dans ma carrière, j'ai longtemps travaillé en tant qu’employé de club, dans de nombreux clubs avec des changements fréquents d'entraîneurs. J'ai commencé au Nástic, à Castellón, à Murcia et en 6 saisons, j'ai vu passer beaucoup d'entraîneurs. Ensuite, j’ai enchaîné au Rayo, à Almería, en équipe nationale saoudienne. Et maintenant, j'ai la chance de travailler avec le même entraîneur depuis 11 ans. Donc avant, je devais faire un peu de tout et bien plus m'adapter aux différentes qualités du coach. Ce n'est pas la même chose d'entraîner avec Toshack qu'avec David Vidal, ou avec Pepe Mel qu'avec Pedro Braojos, ou avec Gonzalo Arconada qu'avec Jordi Gonzalvo au Nástic, car chacun était complètement différent. Ce sont des entraîneurs de football mais avec des méthodes très hétérogènes. J’essayais donc de répondre aux besoins de l’équipe à travers l’entraîneur. 

Aujourd’hui, c’est complètement différent. J'ai un certain rôle et j'ai la chance de pouvoir concevoir et coordonner notre processus d’entraînement. Et pour la mise en œuvre au quotidien, nous sommes une équipe composée de sept préparateurs physiques, de kinés, et puis il y a Mauricio et nous les techniciens. J'exécute peut-être moins qu'avant, j'ai une vision beaucoup plus globale. 

« J'ai réalisé qu'il est très important de s’intéresser à tout ce que le joueur fait en dehors du terrain. Plus le niveau du joueur est élevé, plus je me rends compte qu’il y a beaucoup plus d’obligations extra-sportives que d’obligations sportives »

Et puis j'ai réalisé, surtout depuis l’Angleterre, qu'il est très important de s’intéresser à tout ce que le joueur fait en dehors du terrain. Plus le niveau du joueur est élevé, plus je me rends compte qu’il y a beaucoup plus d’obligations extra-sportives que d’obligations sportives. Et ça représente une perte considérable de temps et d'énergie. Il faut donc essayer de se coordonner, y compris avec le club lui-même, mais aussi, quand c’est possible, avec les équipes personnelles des joueurs, parce que ça aide beaucoup. Ça aide beaucoup parce qu'on ne peut pas demander [la même chose] à un joueur qui revient de quatre heures de séance de tournage pour sa marque ou même pour son club, parce que dans ce type de clubs, tu imagines bien que les sollicitations commerciales sont considérables. 

Je pense que j’ai une vision beaucoup plus complète aujourd’hui, que je suis capable de gérer beaucoup plus d'éléments. Et au niveau méthodologique, je continuerai toujours de penser qu'il n'y a pas meilleur moyen de progresser que d'entraîner, mais de bien entraîner, d'entraîner de manière optimale. Mais bien entraîner, entraîner de manière optimale, requiert du temps et ce n’est pas facile. Ce qu’on constate, c’est que les équipes de très haut niveau, à cause des calendriers chargés, s’entraînent de moins en moins. Et comme elles s’entraînent moins, la qualité des matchs s’en ressent. Et ça entraîne des conséquences : soit les joueurs baissent le rythme, soit ils sortent de leur match. C'est un peu la nouvelle réalité et nous devons y rester très attentifs. C’est là qu’on retrouve un peu la notion d’art de l’entraînement. »

Il y a beaucoup de préparateurs physiques qui écoutent le podcast, qui sont seuls face à 20 footballeurs (ou sportifs) et qui n’ont pas toutes ces infrastructures et ressources humaines pour être super professionnels. On leur dit souvent qu’il faut se lancer rapidement, apprendre, se tromper, se corriger, etc. Toi aussi, tu as connu cette évolution comme préparateur physique ; mais aujourd’hui, tu entraînes une équipe avec des joueurs de classe mondiale et ce n'est plus le même exercice. Que conseillerais-tu à quelqu’un qui aurait déjà une certaine expérience, mais qui arriverait pour la première fois dans un vestiaire avec ce type de sportifs d’élite mondiale, par exemple au Jesús Pérez à ses débuts ? 

« Mon conseil, et je pense que c’est aussi une leçon de vie, c’est que la flexibilité et la tolérance sont le meilleur moyen d’atteindre un joueur. Je me souviens de mes réflexions il y a des années de cela, je me demandais comment les grandes équipes faisaient pour s’entraîner si peu, pour ne pas s’entraîner la veille d’un match, pour ne pas s’entraîner en permanence en fait. Il y avait toujours quelque chose. Et j’entendais aussi des confrères parler de processus de récupération post-matchs à travers des situations de jeu, etc. Avec ce que j’ai vécu ces cinq ou six dernières années, en particulier en jouant la compétition européenne ultime, la Ligue des Champions, et le haut du tableau en championnat, je vois les choses différemment aujourd’hui par rapport à avant, quand j’observais ça de l'extérieur. 

« Être flexible et tolérant, c’est donc la meilleure manière de comprendre un joueur et de pouvoir l’atteindre »

Être flexible et tolérant, c’est donc la meilleure manière de comprendre un joueur et de pouvoir l’atteindre. Et puis on assiste à un phénomène depuis cinq ou six ans où l’on voit que les joueurs se font accompagner, plus ou moins régulièrement, notamment l’été, et qu’ils sont conseillés en termes d’entraînement, de nutrition, de contrôle émotionnel et même d’autres domaines… Je ne dis pas que c’est forcément au quotidien, mais qu’ils ont ce soutien s’ils en éprouvent le besoin. 

Il faut donc rester à la pointe des évolutions [technologiques] mais aussi être à la pointe en matière d'écoute, parce que l’important n’est pas qu’on adopte ta position ou la mienne, mais la position qui met le joueur dans les meilleures conditions. Je pense que c’est ce qui marche le mieux pour un staff technique : être flexible et tolérant. Il faut penser que nos règles en matière d'efforts, d'intensité, toutes ces choses que nous avons assimilées, correspondent peut-être à d'autres réalités et ne sont pas forcément applicables à tous les groupes ; parce qu’il y a des joueurs capables d’être ultra compétitifs au plus haut niveau à des moments décisifs, parce qu’ils savent gérer la pression ; et d’autres joueurs très talentueux aussi qui fournissent beaucoup d’efforts mais qui, à très haute intensité, n’ont pas le même rendement en match qu’à l’entraînement. Je conseillerais donc la flexibilité et la tolérance au Jesús Pérez qui a débuté il y a plus de 20 ans. »

À t’écouter, je me dis que la capacité à improviser dans cet environnement est la clé. On est évidemment habitués à parler de planification, de programmation, de conception… mais il y a tellement de variables qu’on ne se rend pas compte, avant d’y être confronté, que dans un tel contexte, l'improvisation se transforme en routine, en quotidien. Je me trompe ?

« Plutôt qu'improvisation, je dirais adaptation aux changements de dernière minute. Entre la réunion avec le staff médical à 9h30 et l’entraînement d’activation à 10h30 ou l’entraînement sur la pelouse à 11h, il peut se passer tellement de choses à ce niveau - parce que tout est plus complexe. On est beaucoup plus exposés aux questions de fatigue, de récupération, de blessure, de rééducation, de reconditionnement, d'optimisation... Beaucoup de ces phases se chevauchent, et il y a donc des micro-décisions au quotidien qui peuvent avoir des répercussions sur l’entraînement.

« Quand tu gères des grands noms comme ceux que nous avons, tu ne peux pas faire autrement parce que tout ne peut pas être ou tout noir ou tout blanc, il y a des nuances »

Après, nous sommes un staff très flexible, en ce sens que notre priorité est d’avoir un joueur opérationnel, et pas de nous dire “il faut absolument faire ça ou se préparer comme ça aujourd’hui”, on ne fonctionne pas comme ça. Nous préférons personnaliser le plus possible les séances. Que je dis personnaliser, j’entends nous adapter aux besoins du joueur ; ou modifier un exercice pour intégrer un joueur si on pense que cela peut être bénéfique pour lui, l’aider à être prêt pour le match à venir. Et quand tu gères des grands noms comme ceux que nous avons, tu ne peux pas faire autrement - parce que tout ne peut pas être ou tout noir ou tout blanc, il y a des nuances. Tu dois être à l’écoute de ces joueurs parce que tu peux aussi apprendre beaucoup au quotidien avec eux, à tellement de niveaux. »

Paco Seirul-Lo [le célèbre préparateur physique du Barça, N.D.L.R.] nous a confié que là où il a le plus appris sur le football, c'est au contact de Xavi, Iniesta, Messi.

« Oui, tu apprends quotidiennement parce que tu les observes et que tu te rends compte que la relation est différente, qu’ils ont un niveau d'intuition extrêmement élevé, qu’ils sont capables d’analyser toutes les situations. Je me suis aussi rendu compte qu’il y a des choses qui peuvent, non pas les lasser, mais paraître inutiles ou évitables ; parce qu’on parle de joueurs qui ont plus de 500, 600, 700 matchs, au plus haut niveau pour la plupart. Ils arrivent donc avec un bagage d'expériences et de situations vécues qui fait qu’il n'est pas forcément nécessaire de tout leur expliquer. Juste en observant, ils sont capables de trouver des solutions - même si ça ne veut pas dire qu'ils font tout correctement. Mais c’est en ça que je dis que ce sont des joueurs dont on apprend tous les jours, et qu'il est important d’écouter parce qu’en fin de compte, ils ont besoin d'un guide, d'une structure et d'une organisation qui canalisent tout ce talent et ce bagage dont ils disposent. »

Pour rappel, la première partie de l'entretion de Jésus Pérez est disponible ici : L'adjoint de Pochettino se confie sur la gestion des entraînements . La troisième et dernière partie sera disponible avant PSG/Brest.


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