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L'adjoint de Pochettino se confie sur la gestion des entraînements

Publié le jeudi 13 janvier 2022 à 18:57 par Fouzia
Invité du podcast Ezen Inside spécialisé dans les sciences du sport, Jesús Pérez, l'entraîneur adjoint de Mauricio Pochettino du PSG, s’est longuement confié sur son quotidien au PSG ; dans un échange d’une heure avec son confrère Alex De La Vega, préparateur physique de la sélection espagnole de basket. Il a notamment longuement détaillé la manière dont le staff gère les plages d'entraînement, selon les besoins des joueurs et les contraintes du calendrier.

Outre son parcours et ses motivations, Jésus Pérez a développé le concept « d’art de l'entraînement » et cité les difficultés rencontrées au PSG, entre contraintes du football moderne et spécificités liées à la gestion des « joueurs créatifs », aux contrats et aux aspects extra-sportifs. Insistant sur « la flexibilité et la tolérance » comme piliers d’adaptation à cet environnement, il a détaillé une stratégie d’entraînement double, basée sur la récupération et le renforcement musculaire, et évoqué le difficile équilibre entre méritocratie et impératif de victoire, source de frustrations et de divergences au sein du staff de Mauricio Pochettino.

Voici la première partie de cet entretien disponible en ligne traduit de l’espagnol (non-disponible en français). Jésus Pérez va balayer trois thèmes principaux : son mentor, l'art de l’entraînement, la gestion post-match, et la charge émotionnelle (la deuxième partie de l'entretien est disponible ici : Jésus Pérez détaille la relation avec les joueurs du PSG au quotidien ).

Nous avons une tradition : le dernier invité pose une question au prochain. La première question est donc celle de Carlos Gallardo [préparateur physique du Rayo Vallecano, N.D.L.R.] : qui t’a influencé dans ta carrière et pour quelles raisons ?

« J'ai été fortement influencé par quelqu’un de très peu connu aujourd'hui : Ángel García [Vallvé], un ancien joueur du Nàstic [Club Gimnàstic, N.D.L.R.] de Tarragona, capitaine de l'équipe dans les années 80 et latéral droit. Il a joué un rôle très important dans ma carrière sportive, parce qu’il m'a recommandé auprès du Nàstic et m’a ainsi permis d’obtenir mon premier travail. Ensuite, il est devenu une sorte de coach de vie, pas seulement au niveau financier, mais surtout sur le plan personnel. C’est une des personnes qui ont changé le cours de ma carrière. Il y en a eu d’autres, mais la première, celle qui m’a le plus influencé, c’est Ángel García. »

À ton tour : quelle question aimerais-tu poser au prochain invité ?

« J'aimerais savoir ce qu’il pense du concept selon lequel “l’entraînement est un art”, parce que j’utilise cette expression plus que de raison depuis que je l’ai entendue il y a peu chez un confrère, Paco de Miguel, le préparateur physique qui travaille avec Rafael Benítez ; et je souhaiterais que d'autres s’expriment sur ce concept de l’entraînement, aujourd’hui réputé pour être contrôlé par la data, qui serait finalement devenu un art, comme pourrait l’être n’importe quelle autre discipline. »

Excellente question ! J’aimerais que tu développes un peu. Tu fais référence à l’opposé de la science, au concept d'art, dans le champ de la science ?

« Je veux dire que je me pose beaucoup cette question ces derniers temps, surtout dans notre situation [au PSG, N.D.L.R.], compte tenu du niveau de nos joueurs et de la quantité de paramètres qui impactent la gestion de la séance d'entraînement, la gestion de la préparation d'un match, la gestion immédiate de l'après-match, ainsi que les décisions que chacune de ces étapes implique. Finalement, au niveau actuel, en tant que staff technique, je repense de plus en plus à cette phrase de Paco de Miguel parce que les données sont là, la théorie sur l'entraînement est là, peu importe les méthodologies ou les bases théoriques auxquelles on adhère – le microcycle structuré, le courant de pensée logique ou le pressing tactique… – et peu importe qu’il s’agisse de théories récentes ou plus traditionnelles. Mais j'arrive toujours à la même conclusion : chaque séance d'entraînement, pour notre groupe actuel de joueurs, devient un art qui dépend de nous tous : les sept préparateurs physiques du club, le staff technique et les deux entraîneurs des cinq gardiens de l'effectif. 

En fin de compte, c’est plus une question d'art que de science. La science nous aide en termes de connaissance, de définition du contenu que nous voulons mettre en place et surtout des objectifs que nous souhaitons atteindre. Nous avons tous aujourd’hui une batterie d'outils de mesure à notre disposition mais finalement, comme le dit Paco, cela devient un art : définir le quoi, le comment, le simplifier, le répéter… 

Parfois, nous pensons à la complexité de la séance, des exercices. Et il arrive que des joueurs nous demandent [de faire] beaucoup moins. 

Parfois, nous pensons à la complexité de la séance, des exercices. Et il arrive que des joueurs nous demandent [de faire] beaucoup moins. Pourquoi ? Parce qu’avec le calendrier très chargé, je me rends compte au quotidien, qu’ils ont davantage besoin des séances d’entraînement pour récupérer. Et parmi ces joueurs, il y a les joueurs les plus créatifs, ceux dont chaque mouvement, chaque action est scrutée, ceux qui peuvent faire lever les foules, ou qui réalisent l’objectif ultime : une passe décisive, un but ou même un dribble dans une zone très dense. Ces joueurs-là ont souvent besoin de récupération émotionnelle. Et au fil des séances, je me rends compte que c'est un paradigme complètement différent des autres groupes ou autres villes. Il n’y a aucune théorie scientifique sur le sujet. Et ce n'est pas non plus une question d’expérience, parce que je pense qu’on peut pratiquer cet art de l’entraînement quelle que soit son expérience. D’où ma question au prochain invité, parce que chaque élément du quotidien me renvoie à ça. 

Après, je pense aussi que nous les professionnels – coachs, préparateurs physiques... – nous fions aussi à notre ressenti avant de définir un entraînement. Nous nous projetons avec des hypothèses, y compris concernant les joueurs, alors qu’en réalité, nous n’avons pas toujours tous les paramètres pour chaque joueur. Par exemple, récemment, on a eu un joueur au wellness [le département “bien-être”, N.D.L.R.], il allait bien, il s’était reposé, il avait joué le dernier match trois jours avant, en principe tout allait bien. Et puis, il a ressenti une petite gêne à l'entraînement - tout à fait évitable s’il nous avait dit la vérité parce qu’on aurait pu adapter la séance en conséquence. Mais en fait, il avait donné une version au préparateur physique du wellness ; et à quelqu'un d'autre, il avait confié qu'il avait passé une nuit horrible, qu'il était épuisé… 

Souvent, nos propres mécanismes de contrôle et d'évaluation pervertissent la réalité, parce que les joueurs veulent parfois nous transmettre des informations du type  "Non, non, je vais bien, je me suis reposé", et ils ne pensent pas au fait que nous ayons beaucoup de joueurs [pour prendre le relais, N.D.L.R.]. En fin de compte, c’est un art : parfois il suffit de poser les questions directement pour connaître la vérité, et parfois, il faut passer par différentes techniques pour l'obtenir. La science est à notre disposition, elle nous aide et sans elle, nous n’aurions jamais progressé comme nous l’avons fait, mais nous devons continuer à observer chaque joueur individuellement, à chercher à passer tous les voyants au vert, pour maintenir réellement notre niveau de techniciens. »

C’est sûr que cette composante humaine ne disparaîtra jamais, c'est dans nos gènes, ça fait partie de notre métier de préparateurs physiques - et on ne pourra jamais faire sans cet aspect là. Tu viens de donner l’exemple parfait : tu peux avoir une très bonne méthodologie, mais en fin de compte, tu es complètement à la merci du joueur et de ce que tu feras des informations qu’il te donne. Tu ne pourras jamais savoir avec certitude, et tu dois parler avec lui pour déterminer s’il te raconte la vérité ou non. Nous vivons à une époque où la technologie progresse à une vitesse vertigineuse alors qu’en face, notre capacité d'assimilation de ces données en tant qu’êtres humains n’évolue pas au même rythme, et on se retrouve à la traîne. Tu es d’accord ?

Nous devons souvent prendre des décisions avant d'avoir une grande partie des informations. 

« Oui, tout à fait. Je suis comme tout le monde, un grand spectateur du phénomène big data [explosion quantitative des données numériques, N.D.L.R.] et je pense que tu as fait un bon résumé de la situation. En effet, nous devons souvent prendre des décisions avant d'avoir une grande partie des informations. Ça arrive tous les jours. Par exemple, nous réalisons un test hormonal par prélèvement salivaire un jour par semaine, avant et après l'entraînement. Mais nous n'avons pas le résultat avant la soirée alors qu’il peut se passer beaucoup de choses après le test... C’est évident que tu peux anticiper une solution, l’intégrer dans le prochain microcycle [d’entraînement], ou dans les jours suivants. Mais à J+2 [deux jours après un match, N.D.L.R.], surtout chez nos joueurs, le résultat peut vite se transformer en facteur déterminant. 

Donc je suis d'accord avec toi : on documente tous les aspects du jeu, sous tous les angles, mais à une vitesse telle que je ne suis peut-être pas capable d’assimiler et de synthétiser la quantité d'informations à notre disposition. Surtout que nous [préparateurs physiques, N.D.L.R.] sommes des professionnels intermédiaires, entre le joueur et l’entraîneur principal ; mais cela ne veut pas dire que l’entraîneur principal prendra des décisions basées sur le reste. Nous pouvons aider à décrire ce qu’il se passe, préparer, suggérer… 

Dans les équipes qui ont des calendriers moins chargés, l’impact est peut-être plus visible, ou encore dans les sports en salle où le joueur domine l'espace et où la big data aide depuis des années à gérer des changements de jeu. Mais en football, tu couvres 8.000m2 de terrain, et les efforts conditionnels cachent souvent des erreurs technico-tactiques. 

On en revient à ces phases de jeu dont je parle souvent dans le cas du football, quand le jeu se confond avec le joueur et que cela devient le match des joueurs, que quasiment tout ce que tu as préparé pour contrôler ta façon de jouer disparaît. Certains staffs techniques sont très rigides avec les joueurs qui savent alors ce qu’ils doivent faire sur le terrain ou n’ont pas de problème avec ça. À l’inverse, il y a des équipes très anarchiques qui ont des difficultés à se comporter de manière cohérente et efficace dans les différentes phases de jeu. »

Tu as fait remarquer que les résultats observés dans les études sont étroitement liés au fait d’avoir un temps d’entraînement suffisant. Ce serait l’idéal évidemment, mais quand on est dans un club qui a un calendrier aussi chargé, quelles sont les priorités ? 

« Nous avons deux priorités. La première est d'essayer d’utiliser tous nos joueurs - avec le risque qui en découle puisque les changements fréquents ne favorisent pas la cohésion. Mais en même temps, un effectif de notre niveau doit composer avec différentes problématiques : nous avons 33 joueurs [professionnels] en comptant les jeunes qui sont régulièrement avec nous, nous avons des joueurs qui ne peuvent pas participer aux compétitions européennes à cause des limites imposées, et nous avons des joueurs qui partent jouer plusieurs matchs pour leurs sélections sud-américaines et centraméricaines et qui ne sont pas disponibles à leur retour. Donc comment ne pas impliquer des joueurs qui savent qu'ils seront titulaires et qui savent probablement aussi, pour des raisons évidentes, qu’une fois le groupe au complet, ils sortiront à nouveau du onze. 

Sachant que beaucoup de J+2 coïncident avec des J-1, nous sacrifions la préparation sur le terrain des matchs pour privilégier la récupération. Nous faisions déjà ça en Angleterre et nous continuons à le faire ici.

L’autre priorité est évidemment de récupérer les joueurs qui jouent le plus, en respectant particulièrement les J+1 [après un match, N.D.L.R.] et J+2. Sachant que beaucoup de J+2 coïncident avec des J-1, nous sacrifions la préparation sur le terrain des matchs pour privilégier la récupération. Nous faisions déjà ça en Angleterre et nous continuons à le faire ici. Et ensuite, nous nous intéressons beaucoup aux joueurs qui n’ont pas pu entrer pendant le match. Et leur fenêtre d'entraînement, à domicile comme à l'extérieur, c’est l’après-match. Nous réalisons un petit entraînement de renforcement musculaire et un entraînement métabolique, parfois avec des exercices spécifiques selon le temps imparti et le terrain, notamment quand on joue à l’extérieur.

Après, il faut rappeler que le Paris Saint-Germain joue 95 % de ses matchs à 21h, ce qui signifie qu’il est quasiment toujours 3h du matin quand nous rentrons à la maison. C’est donc très difficile d’enchaîner avec un entraînement le jour suivant. Nous sacrifions souvent les lendemains de match : le matin pour qu’ils puissent rester à la maison et dormir au lieu de se déplacer au centre d’entraînement, et le soir pour qu’ils ne perdent pas la journée. Nous faisons toujours ça quand c’est possible. C'est pour cette raison que nous utilisons plutôt la fenêtre d'entraînement post-match - et que nous l’avons expliqué aux joueurs dès notre arrivée. 

Voilà nos deux priorités. Ensuite, il y a des choses très très basiques comme je te disais. Il y a une forte demande émotionnelle dans ce type d’équipes, avec ce type de joueurs parce que, bien que ce soit des gens normaux, la répercussion de leurs actions les amène à consommer énormément d'énergie, et nous aussi d’ailleurs. Ces joueurs ne peuvent pas se gérer de la même façon que les joueurs que nous avions à Tottenham, à Southampton ou à l’Espanyol. »

La deuxième partie de l'entretien est disponible ici : Jésus Pérez détaille la relation avec les joueurs du PSG au quotidien

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