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Messi, aile droite ou axe : analyse d’une polémique tactique

Publié le jeudi 28 octobre 2021 à 23:04 par Simon Piotr
Depuis ses débuts parisiens, Lionel Messi alterne sur le papier entre une position d’ailier droit et une de milieu offensif plus axial. Pour quelles raisons ? Qu’en est-il vraiment ? Cela a-t-il un impact sur ses performances ? Décryptage.

Découvrant pour la première fois de sa vie un nouveau club au niveau professionnel à l’âge de 34 ans, on pourrait croire que Messi, habitué à jouer dans l’axe à Barcelone depuis 2017, serait placé systématiquement dans cette même position par Mauricio Pochettino. Or, le sextuple Ballon d’Or évolue pour l’instant - sur le papier - à deux postes différents. 

Le coach parisien ne s’exprimant guère sur le fond de la question, à l'image de sa réponse en conférence de presse ce jour, il nous faut donc passer les performances de Messi à la loupe. Et on peut y retrouver tout un faisceau d’indices, notamment sur une adaptation aux caractéristiques de l’adversaire et une forme encore trop précaire à retrouver. 

Messi sur l'aile : adaptation à l'adversaire ?

  • Trouver les espaces libres par rapport à l’animation défensive adverse.
  • Capacité à casser un pressing et à se mettre face au jeu.

Si on met en perspective les dernières prestations de Messi, on peut se rendre compte de certaines caractéristiques partagées par les adversaires selon qu'il évolue dans l'axe ou « côté ». Selon toute vraisemblance, lorsque l'adversaire décide de fermer l'axe du terrain, soit par des marquages individuels au coeur du jeu, soit en gardant une structure compacte, Messi est éloigné de la densité avec une position plus excentrée. C'est ce que l'on a pu remarquer face à Bruges, City, ou bien Marseille, bien en place dans l'axe du terrain. À contrario, lorsque l'adversaire proposait un peu moins de densité axiale ou de sécurité entre les lignes, Messi se retrouvait comme milieu offensif dès le début des actions (Lyon et son 4-1-4-1 assez haut et flottant, Rennes et son 4-4-2 en zone plus ou moins perméable).

Des limites physiques ?

  • Une faible mobilité sans ballon qui pénalise son volume de ballons touchés.
  • Paradoxalement, moins d’efforts à faire sur l’aile que dans l’axe.

L’argentin doit trouver ses marques au sein de sa nouvelle équipe, et également recouvrer la totalité de sa forme avant de donner le meilleur de son football. Cela est compréhensible, on pourrait toutefois se demander si cela n’est pas contre-productif de ne pas le laisser dans une position axiale exclusivement. Mais c’est là qu’une idée tout sauf intuitive rentre en jeu : Messi pourrait ne pas être suffisamment en forme pour jouer intégralement dans l’axe.

Classiquement, le rôle d’attaquant sur le côté est plus dur physiquement que dans l’axe, pour défier les défenseurs en un-contre-un ou assurer les replis défensifs. Mais c’est sans compter sur la nature actuelle du jeu de Messi, bien plus fait de coups de patte que de percées épiques balle au pied (sans oublier qu’il est exempté du repli défensif). Ainsi, un des enjeux pour Messi est de trouver des espaces pour se mettre face au jeu, chose qui peut être rendue difficile dans l’axe à cause du déficit athlétique dont il souffre et de la propension des adversaires à verrouiller le couloir central du terrain. La mobilité très faible de Messi pourrait le garder déconnecté du ballon sur de très longues phases de jeu.

Or, sur l’aile (ou half-space), la vigilance accordée à l’argentin est légèrement moindre et il trouve très régulièrement des positions pour distribuer le jeu, rentrer intérieur ou combiner avec ses coéquipiers.

Quel rendement sur « l'aile » ?

Une chose importante à prendre en compte malgré tout est le fait que, lorsque Messi est ailier droit sur le papier, cette position très excentrée est relativement éphémère. Certes, si Messi peut se coller à la ligne de touche quand l’équipe est en phase de relance, il touche en réalité les ballons dans des zones bien plus variées et étendues une fois que les parisiens se sont installés dans le camp adverse. Une progression du ballon à laquelle il n'est d'ailleurs pas étranger.

En effet, lorsqu'il joue sur l'aile en phase de relance, Messi devient très facile à toucher pour ses partenaires hors de la densité axiale. Une fois le ballon dans ses pieds, il devient très difficile de le lui prendre et il peut aider à casser le pressing adverse par sa faculté à combiner avec les autres. Le PSG sort souvent victorieux de cette lutte territoriale et il permet à l’équipe de basculer dans le camp adverse.

Une fois plus haut, c'est le « choix du roi » : s'il reste relativement au large, il est plus simple pour lui de trouver de la liberté face au jeu pour solliciter la profondeur. Mais il peut aussi rentrer intérieur avec le une-deux en appui sur un attaquant pour tenter la frappe à l'entrée de la surface.

Relance face au pressing en 4-1-4-1 de Bruges, une porte de sortie pour le PSG est de jouer sur Messi qui peut absorber la pression en protégeant le ballon avant de trouver un relais intérieur. 

Offensivement, de la liberté face au jeu pour recevoir, distribuer ou rentrer intérieur.

Autre exemple, face à l'OM :

Messi est à droite, la ligne de passe est ouverte pour Marquinhos, l’argentin a une certaine liberté pour se tourner immédiatement.  

Après avoir fixé la défense sur sa conduite de balle, il sert Mbappé en profondeur. 

En position axiale

  • Un joueur qui décroche pour s’insérer entre les lignes, davantage qu'il ne reçoit entre les lignes.
  • Décrochage hors du bloc pour se mettre face au jeu car les adversaires surveillent de près la zone.
  • Insertion rendue possible par le dribble ou les combinaisons :

Dans cette même logique d'adaptation à l'animation défensive adverse, Messi a été utilisé dans une position axiale « initiale » lors des rencontres face à Lyon ou Rennes. Deux équipes qui partagent la caractéristique de laisser des espaces exploitables au sein de leurs blocs.

Messi entre les lignes face à Lyon en 4-5-1, Gueye n’est pas cadré mais ne le trouve pas par la passe, et le numéro 30 ne se rend pas particulièrement disponible non plus. 

Face au Stade Rennais, Messi entre les lignes du 4-4-2 rennais, sollicité par Di Maria. Après un très bel enchaînement collectif, Messi parvient à lancer Mbappé en profondeur qui se retrouve à un cheveu de défier le gardien en face-à-face. 

Ceci étant, si Messi est évidemment capable de recevoir les ballons entre les lignes, on remarque cependant que bien souvent il attaque la zone axiale d'une manière différente. Plutôt que de rester patiemment entre les lignes en s’y démarquant, Messi va se rapprocher du ballon en décrochant hors du bloc adverse, avant de s'y insérer en pénétrant entre les lignes dans un second temps. Typiquement, il va procéder de deux façons différentes.

De manière individuelle : décrochage qui va en général pousser le milieu le plus proche de lui à le tamponner, une pression qu'il peut éliminer par le dribble avant de fixer la défense adverse une fois entre les lignes.

Exemple face à l'OL : 

Messi sort du bloc lyonnais, en position axiale, et va recevoir le ballon de Kimpembe.

Messi défie Guimaraes sur sa prise de balle et lui passe devant par le dribble, il s’insère ensuite entre les lignes pour fixer la défense adverse avant de servir un coéquipier. 

De manière collective : il décroche pour solliciter une combinaison courte avec un coéquipier (Neymar, Verratti) avant de se réinsérer entre les lignes. Derrière, l’argentin va le plus souvent chercher à jouer en profondeur. 

Illustration face à Marseille :

Messi est théoriquement ailier droit mais est venu ici dans l’axe, ses petits appuis à reculons montrent qu’il attend un ballon entre les lignes de Verratti.

L’OM réagit immédiatement en comprimant l’espace entre les lignes et annule totalement l’option Messi (équipe en contrôle de l’axe, on le rappelle), Verratti est contraint d’écarter le jeu. 

Plus tard dans la même phase de possession, après un moment à errer entre les lignes sans être une vraie option, Messi décroche hors du bloc pour recevoir le ballon de Kimpembe, et tenter la combinaison courte avec Verratti. 

Autre action face à l’OM où Messi s’affranchit de sa position à l'aile : 

Décroché, il ne s’approche de l’interligne que sur la passe de Neymar qui lui permet ensuite de trouver DI Maria en profondeur sur un enchainement parfait.

Encore une fois, sortir de la densité pour s’insérer entre les lignes dans un second temps. 

Un débat plus stérile qu’il n’y paraît ?

Comme expliqué plus haut, Messi peut se retrouver à toucher des ballons le long de la ligne de touche. Cependant, la plupart de ses ballons touchés le sont en réalité plutôt dans le half-space droit. Ce qui commence à ressembler à une zone préférentielle pour un gaucher en faux pied qui organise et mène le jeu offensif.

Voici les heatmaps de Messi face à Bruges, Leipzig et Manchester City : 

A chaque fois ailier droit sur le papier mais, dans le camp adverse, il touche l’essentiel de ses ballons dans le half-space droit.

Heatmaps face à Lyon et Rennes :

Ses heatmaps sont plus étendues, mais des adversaires avec des caractéristiques défensives différentes. 

On pourrait trouver que, pour l’instant, l’argentin ne touche pas suffisamment de ballons dans les zones chaudes, mais avec sa forme du moment plus ou moins précaire, à quel point serait-il capable de faire toutes les différences et surtout de se rendre disponible très haut sur le terrain comme deuxième attaquant axial ? 

Avec tout le respect que l’on doit au staff et à l’entraineur, si Messi apportait la garantie de marquer et faire marquer à chaque match dans un rôle plus avancé, il est probable qu’il jouerait déjà dans cette zone. Ne pas oublier que gagner le prochain match reste leur seul obsession, et accessoirement leur profession.

 

 

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