Comment travaille l'équipe Espoirs du PSG ? Une question que CulturePSG s'est posée début septembre, et à laquelle nous avons tenté de répondre en interrogeant Jean-François Vulliez, l'entraîneur de cette équipe du centre de formation du club.
Le lundi 7 septembre dernier, deux jours avant le début de la Youth League, Jean-François Vulliez nous a accordé une interview. Dans un premier temps, l'entraîneur de l'équipe Espoirs a évoqué l'aventure à venir en Coupe d'Europe (à lire ici). Le tacticien a aussi répondu à nos questions plus globales sur le fonctionnement de l'équipe Espoirs du Paris Saint-Germain.
Comment fonctionne concrètement votre travail avec le staff des U19 et notamment votre duo avec Thomas Leysalles, l'entraîneur attitré des U19 du PSG ?
« Au départ, les groupes sont déterminés par la direction et sont bien séparés selon les catégories. Ensuite, nous avons des échanges quotidiens avec Thomas Leyssales, puisque nous partageons le même bureau, notamment sur l’évaluation des joueurs. Une semaine avant la Youth League, nous commençons à anticiper l’effectif. Puis, à J-1 ou J-2, nous construisons réellement le groupe qui jouera le match.
« Dans l’apprentissage, un joueur a besoin de stabilité »
L’idée générale est que les joueurs performent d’abord dans leur catégorie, notamment en compétition, pour pouvoir être promus dans la catégorie supérieure. Une promotion vers les Espoirs est une décision collégiale, prise avec le staff U19 et la direction. Nous voulons éviter trop d’allers-retours entre les groupes. Dans l’apprentissage, un joueur a besoin de stabilité. Il ne doit pas faire les Espoirs un jour, les U19 le lendemain, puis revenir deux jours plus tard. Quand un joueur est promu, l’idée est qu’il reste une, deux ou trois semaines dans ce groupe. Il pourra éventuellement redescendre ensuite, mais il faut de la stabilité.
À l’inverse, j’ai aussi quelques joueurs nés en 2008 qui peuvent jouer avec les U19 en fonction des besoins. En ce moment, deux joueurs redescendent chaque week-end afin d’avoir du temps de jeu et de permettre à l’équipe U19 de rester cohérente et performante. »
Et dans l’autre sens, comment se passent les échanges avec Luis Enrique et le staff professionnel lorsque les pros ont besoin de jeunes joueurs ?
« J’ai connu plusieurs entraîneurs professionnels dans ma carrière, notamment à Lyon et à Paris. Ce que je trouve intéressant avec Luis Enrique, c’est qu’il ne demande pas un jeune simplement pour faire le nombre. Il gère souvent avec son propre effectif et, lorsqu’il sollicite un joueur, c’est qu’il en a réellement besoin.
« Luis Enrique n’est pas un “consommateur” de jeunes »
Certains entraîneurs peuvent demander trois ou quatre jeunes pour cinq, dix ou vingt minutes d’entraînement, simplement pour compléter. Luis Enrique n’est pas un “consommateur” de jeunes. Quand il les utilise, c’est pour les faire jouer ou parce qu’il en a réellement besoin à l’entraînement. Ce ne sont pas des "sparring-partners". Cela permet d’avoir des groupes assez stables, aussi bien chez les professionnels que chez les Espoirs. Évidemment, selon ses besoins, il peut demander un ou deux jeunes pour une ou deux séances. Il en avait sollicité davantage pendant la préparation, mais le contexte était particulier.
Pour les jeunes, c’est très bénéfique. Ils découvrent l’univers professionnel et l’exigence du très haut niveau. C’est valorisant pour eux, mais cela montre aussi à tous les jeunes du Campus qu’il existe une ouverture : si l’on mérite, si l’on performe et si un besoin existe à son poste, on peut aller s’entraîner avec les professionnels. La relation avec le staff professionnel passe surtout par Yohan Cabaye, qui est la courroie de transmission prioritaire entre les pros et l’Academie. »
Il y a des joueurs qui montent chez les professionnels, mais certains peuvent aussi redescendre. Quentin Ndjantou a par exemple rejoué avec les Espoirs ces dernières semaines. Comment accompagnez-vous un joueur dans cette situation ?
« D’abord, le coach discute avec le joueur et lui explique la stratégie. Il faut avoir du bon sens et donner du sens à chaque décision pour que le joueur comprenne le contexte. Pour Quentin, c’était assez simple : il avait besoin de jouer. La compétition reste fondamentale. Il avait besoin de matchs officiels et il était content de revenir jouer au football. Le coach l’avait vu en amont et, lorsqu’il est arrivé, nous avons également beaucoup échangé. Il y avait deux dimensions.
D’abord, son besoin sportif de retrouver du temps de jeu. Ensuite, il était heureux de revoir ses copains, ceux qu’il avait quittés en montant chez les professionnels. Il ne faut pas occulter ces dimensions sociales et affectives, qui sont très importantes chez les jeunes. Retrouver ses amis dans un vestiaire compte beaucoup.
On voit d’ailleurs régulièrement certains jeunes déjà avec les pros revenir regarder leurs anciens coéquipiers au Campus…
« Exactement. Quand ils reviennent dans ce vestiaire, ils sont heureux parce que ce sont leurs copains. Ils ne discutent probablement pas avec leurs coéquipiers professionnels de la même manière qu’avec des garçons avec lesquels ils ont grandi. Il y a une forme de légèreté et c’est beau de les voir ensemble, rire ensemble et revivre un match de football ensemble. Pour certains, ce sont aussi parmi les derniers matches qu’ils joueront ensemble. Dans un an, beaucoup auront pris des chemins différents. Il faut profiter de ces moments, parce que chaque match écrit une histoire et reste quelque chose d’unique. »
L’équipe Espoirs du PSG a une particularité : elle ne dispute pas de championnat national à proprement parler. Qu’est-ce que cela change dans votre travail ?
« Le staff professionnel regarde les matches, parfois sur place, parfois en vidéo »
« Pour nous, chaque match est une compétition. Chaque rencontre est aussi un regard sur soi et sur sa propre performance. C’est ce que je répète aux joueurs. Quand nous jouons Manchester City ou Monaco, je considère que ce sont des matches de compétition. On joue pour progresser et pour gagner, bien sûr, mais aussi parce que chaque joueur doit être performant : certains visent les sélections, certains sont internationaux, des recruteurs sont présents, le staff professionnel regarde les matches, parfois sur place, parfois en vidéo.
Que ce soit contre Monaco, City, en Premier League International Cup, en Youth League, dans le Challenge des centres ou lors d’un match amical, nous devons considérer chaque rendez-vous comme une compétition. Je ne peux pas dire qu’un match compte moins qu’un autre. Notre rôle est donc de donner du sens à chaque rencontre. Quand on joue Monaco, par exemple, tout est préparé comme chez les professionnels : une belle pelouse, une tribune remplie, un adversaire avec des internationaux et parfois des joueurs qui redescendent du groupe professionnel. Si tu veux jouer chez les pros, il faut être bon dans ce contexte.
Nous avons l’avantage de jouer pratiquement tous les mercredis. Nous passons d’une compétition à une autre, mais le fil rouge reste le même. Le nom de la compétition ou l’adversaire change, pas l’exigence de performance. »
L’objectif prioritaire de la formation reste de conduire les joueurs vers le niveau professionnel. Est-ce aussi ce qui permet de leur faire comprendre qu’aucun de ces matches n’est réellement “sans enjeu” ?
« Exactement. Quand je leur parle de compétition à chaque match, je leur rappelle qu’il y a des recruteurs, qu’ils sont observés par notre staff mais aussi par d’autres clubs. Je leur raconte aussi les expériences des générations précédentes, des 2005, des 2006 ou d’autres jeunes qui ont quitté le club. Je leur dis qu’ils mettent leur carrière en jeu. Le football est un monde impitoyable. Lorsqu’on arrive dans le football adulte, il y a des centaines de joueurs dans les ligues professionnelles et, si vous voulez y jouer, il faut prendre la place de quelqu’un d’autre. Cela signifie qu’il faut être bon à l’entraînement et en match.
« Le passage du football de jeunes au football adulte est très délicat »
Entre 17 et 23 ans, les joueurs continuent énormément à progresser. S’ils arrivent à s’entraîner régulièrement, à rester disponibles, à conserver un état d’esprit de travail et à être compétiteurs, ils vont optimiser leur potentiel et essayer d’aller chercher un contrat professionnel. Le passage du football de jeunes au football adulte est très délicat. Les jeunes ont construit certaines croyances dans le football de formation. En U19, notamment au PSG où nous avons beaucoup de qualité et dominons souvent les matches, le rapport de force n’est pas le même que dans le football adulte.
La Youth League constitue déjà une étape intermédiaire, avec un niveau supérieur aux compétitions nationales de jeunes. Mais lorsque vous arrivez en Premier League International Cup ou dans le football adulte, l’intensité athlétique augmente encore. Il y a moins de temps, moins d’espace, davantage de duels et les décisions doivent être prises plus vite. Notre rôle est donc de les placer à l’entraînement dans des conditions très exigeantes et très intenses pour qu’ils puissent reproduire cela en match et franchir ce cap. Il faut parfois être très dur avec eux : bienveillant, mais extrêmement exigeant. »
Votre métier comporte donc une part importante de pédagogie. Comment faire comprendre à des joueurs de 17 à 19 ans que chacun se développe à son propre rythme et que tous n’atteindront pas le niveau professionnel au même âge ?
« Bradley Barcola, par exemple, n’était pas en avance dans son développement lorsqu’il était jeune »
« Il faut leur expliquer que la nature fait bien les choses. L’avantage d’avoir travaillé longtemps dans la formation, c’est que l’on possède de nombreux exemples de joueurs qui avaient un retard morphologique. Bradley Barcola, par exemple, n’était pas en avance dans son développement lorsqu’il était jeune. On peut donc raconter des histoires et s’appuyer sur des expériences vécues. Je leur explique qu’un jour ils vont grandir, prendre de la force et acquérir les qualités athlétiques nécessaires pour répondre aux exigences du football adulte, mais que certains ont simplement besoin de davantage de temps.
À l’inverse, certains joueurs peuvent être plus forts physiquement très tôt mais avoir d’autres aspects à développer, notamment les capacités cognitives et l’intelligence de jeu, qui sont essentielles au très haut niveau avec les qualités techniques et athlétiques.
Nous avons l’avantage de suivre les joueurs des catégories de jeunes jusqu’aux Espoirs et aux professionnels. Nous disposons de données sur leur croissance, leur développement morphologique, le médical et la performance. Il est impossible de prédire exactement l’avenir dans le football, mais nous pouvons avoir une certaine vision de l’évolution d’un jeune à un ou deux ans.
Quand on place un joueur dans un rapport de force trop élevé, il se retrouve immédiatement en difficulté et comprend que le niveau supérieur est peut-être encore trop difficile. Il doit alors continuer à jouer dans sa catégorie, en U19 ou parfois en U17, puis évoluer progressivement. Six mois plus tard, sa maturité physique ou psychologique peut être différente.
C’est pour cela que nous ne voulons pas surclasser les joueurs trop vite. Le surclassement doit se faire par étapes, selon les performances dans chaque catégorie. Si un joueur arrive trop tôt chez les Espoirs et y reste trois ou quatre ans sans parvenir à franchir le cap vers les professionnels, cela peut créer beaucoup de frustration.
Il peut y avoir de l’impatience chez les joueurs, mais aussi dans leur entourage. Notre idée est donc d’avoir une feuille de route pour chacun. Nous nous appuyons sur les données dont nous disposons pour imaginer son évolution à un, deux ou trois ans. Cela passe par beaucoup d’échanges avec le joueur, beaucoup de vidéo et des contextes d’entraînement suffisamment complexes pour le faire progresser. Cela demande du temps et beaucoup d’explications. »