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Confinement, reprise, risques de blessure, un préparateur physique a répondu à nos questions

Publié le dimanche 7 juin 2020 à 19:02 par Dubdadda
A l'heure où les contours de la future reprise du PSG commencent à être dévoilés, CulturePSG est parti à la rencontre de Sylvain Lazaro, responsable de la performance au centre élite et préparateur physique de l'équipe d'Elite Féminine du Stade Français Paris Rugby. Nous l'avons interrogé à propos de l'impact de la période de confinement sur les joueurs et la reprise de la compétition au mois d'août après un si long arrêt.

Quel peut être l’impact d’une telle coupure sur la condition physique des joueurs parisiens ?

« La charge mentale d'un joueur professionnel est un paramètre essentiel à considérer et en fonction du caractère des joueurs, le confinement a pu faire pas mal de dégâts. »

SL : Etant donné les recommandations des médecins sur les seuils de travail à respecter (ne pas produire d'effort violent, rester en dessous de 80 % de sa fréquence cardiaque maximale, ne pas faire de séances longues, ne pas dépasser une heure), les joueurs ont forcément été impactés sur le plan physique. Sur le plan énergétique, il est aussi difficile de maintenir un bon état de forme sans avoir une charge de travail élevée. Durant cette période de confinement, il y a donc forcément eu une perte de la capacité aérobie mais pas seulement. Le manque de travail musculaire à haute intensité a aussi altéré les capacités de puissance et d'explosivité des joueurs. Et ne parlons pas des qualités de vitesse qui elles-aussi ont été impactées… Ensuite, l'impact psychologique est à prendre en compte. La charge mentale d'un joueur professionnel est un paramètre essentiel à considérer et en fonction du caractère des joueurs, le confinement a pu faire pas mal de dégâts.

A combien peut-on estimer la perte musculaire d’un athlète resté inactif pendant autant de temps et quel délai faudrait-il pour la récupérer ? Dans un récent podcast de CulturePSG, Omar évoquait un délai de 10 jours de réathlétisation pour trois semaines de coupure. Est-ce réellement quantifiable ?

SL : Si l’on s'arrête au chiffre moyen, on peut perdre près de 5% de masse musculaire après 1 mois d'arrêt et jusqu'à 12% de force musculaire après presque 2 mois d'arrêt. Mais en parallèle, l'amplitude articulaire et la coordination motrice se perdent également. Pour tout cela, il faut considérer qu’une dégénérescence s'opère déjà au bout de 10 jours d'inactivité.  Mais franchement, il me paraît impossible que les joueurs aient été inactifs.

« Si les choses ont été bien faites et que les joueurs ont été sérieux, il est fort probable que les temps dédiés à la réathlétisation soit plus courts qu’après un arrêt classique entre deux saisons. »

Concernant les chiffres évoqués (10 jours de réathlétisation pour 3 semaines d’arrêt), cela reste des chiffres sur lesquels on peut s'appuyer effectivement même s’il faut relativiser. En milieu professionnel, rien n'est acté ni fermé car il faut prendre en compte que, pour être à ce niveau là, certains bénéficient de qualités hors normes innées et d'autres de capacités de travail exceptionnelles. Il est donc difficile de quantifier totalement cette part de réathlétisation. La réalité est que certains joueurs ont leur préparateur personnel et que les préparateurs des clubs ont bossé pour avoir un suivi individuel de leur joueur. Les moyens technologiques permettent aussi de quantifier la quantité de travail effectuée et ce même à distance. Si les choses ont été bien faites et que les joueurs ont été sérieux, il est fort probable que les temps dédiés à la réathlétisation soit plus courts qu’après un arrêt classique entre deux saisons.

Les préparateurs physiques parlent souvent de puissance max et mettent en avant cette donnée pour évoquer les possibles difficultés du PSG au mois d’août prochain. A quoi cela correspond cette notion ?

SL : Histoire de vulgariser un peu cette notion, la puissance correspond à la vitesse à laquelle on fournit un travail et si on y ajoute max, on complète par la notion de moteur à plein régime. Dans ce cadre de préparation physique et de foot, on y ajoutera le terme aérobie et on parlera donc de puissance max aérobie (PMA). Effectivement, la perte sera considérable sur ce point pour toutes les équipes car, pour la travailler dans l'idée de l'augmenter ou même de la maintenir, on utilise le plus souvent du travail intermittent à haute intensité. Sachant que le travail à haute intensité était fortement déconseillé pendant la période de confinement, il y aura sûrement une très grosse diminution de ce paramètre. Le souci est que bien souvent maintenant certains préparateurs commencent à bosser ce point afin de gagner du temps sur le travail foncier (la filière aérobie pure : endurance fondamentale) sauf que, dans ce cas, il n’y a aucune visibilité réelle quant à la date de reprise et donc du temps qu’ils auront pour préparer les joueurs.

Est-ce que l’arrêt prolongé de la compétition peut être plus préjudiciable pour certains profils de joueurs en fonction de leur âge, morphologie ?

« Les exigences demandées chez les latéraux sont très élevées, surtout en Ligue des Champions »

SL : Cela peut être effectivement plus simple pour Thiago Silva de reprendre vu son poste et les qualités qu’il affiche à cette position, par exemple en comparaison avec Meunier. Les exigences demandées chez les latéraux sont très élevées, surtout en Ligue des Champions. La question pourrait aussi se poser en attaque vu les joueurs que possèdent le PSG. Quand tu as des grosses qualités de vitesse, le souci n’est pas de retrouver ta vitesse (qui sera récupérée assez rapidement finalement) mais de retrouver ta capacité à répéter tes sprints sans perte d’efficience tout au long du match.

On observe une série de blessures depuis la reprise des entraînements en Europe. Est-ce que le risque est beaucoup plus grand après une si longue coupure et pourquoi ?

SL : Oui clairement, le risque est présent notamment au niveau musculo-tendineux. Même si les préparateurs physiques ont surement dû cibler un travail de prophylaxie et de mobilité pendant le confinement afin de prévenir au maximum le risque de blessure, la reprise après une longue coupure augmente le spectre de la blessure-reprise.

Est-ce que certains critères (âge, morphologie) peuvent augmenter ce risque ?

SL : Tous les critères possibles sont à prendre en compte. Est-ce que certains ont pris du poids ou perdu du poids ? Est-ce que certains ont passé beaucoup de temps devant la console avachis sur leur canapé ? Est-ce que les cycles de sommeil ont été respectés ? Est-ce qu'ils ont respecté les conseils nutritionnels donnés ?  Pour l'âge, c'est forcément essentiel de le prendre en compte. Tu n'as pas la même capacité d'adaptation à 20 ans ou à 35 ans. Mais attention, ce n'est pas parce que tu as 20 ans que tu es invincible... Et surtout, ce que tu fais à 20-22 ans conditionne ce que tu seras capable de faire entre 30 et 70 ans !

A quel type de préparation physique peut-on s’attendre ? Sera t’elle davantage individualisée ?

« La préparation sera, de toutes les façons, en fonction des objectifs fixés »

SL : Le type de préparation retenu ne devrait pas être révolutionnaire. Normalement, les joueurs ont maintenu un état de forme minimal afin d'anticiper la reprise et ensuite la préparation sera de toutes les façons en fonction des objectifs fixés. Il y a cependant un vrai travail foncier à engager rapidement. Au niveau d'exigence du PSG, je pense que la préparation est déjà fortement individualisée donc logiquement elle ne le sera pas plus, à condition d'avoir profité du confinement pour justement régler les soucis individuels identifiés pendant la saison et qui ne pouvaient être traités en cours de saison.

A ce sujet, pour un joueur sujet à des blessures récurrentes, cette période de confinement peut-elle se révéler être salvatrice ?

« S’il y a un bénéfice à tirer de ce confinement, il est pour les blessés »

SL : Complètement ! S’il y a un bénéfice à tirer de ce confinement, il est pour les blessés. Toutes les blessures récurrentes ont normalement pu être traitées. Combler les lacunes et gommer les fragilités de chacun ont certainement été des priorités pour le staff. Bien entendu, ce constat est à relativiser en fonction de la gravité de la blessure.

Steeven Mandin (préparateur physique de l’Equipe de France Espoirs) déclarait récemment dans SoFoot : « la première question à se poser quand on planifie une préparation physique, c'est combien de temps on a et quand est-ce qu'on reprend ». Est-ce un souci majeur actuellement de ne pas connaître le jour de reprise de l’entraînement et de la compétition ?

« Il ne faut pas oublier que le point le plus important reste la manière dont veut jouer ton staff technique »

SL : Steeven Mandin a totalement raison. La première question que l'on pose c'est : quel jour est fixé la reprise, compétition d’abord puis entraînement ? Ensuite on veut connaître les objectifs courts-moyen-long terme ? Dans un club comme le PSG, je suppose qu'ils poussent le vice jusqu’à identifier ces objectifs par joueur. Ne pas connaître le jour exact de reprise (NDLR : l'entretien a été effectué avant qu'on sache que la reprise serait le 22 juin) rend forcément compliqué l'élaboration d'une planification. Tu ne peux pas anticiper un pic de forme sans savoir quand tu reprends et de quel temps tu disposes. Après, il y a tous les autres paramètres à prendre en compte. Il ne faut pas oublier que le point le plus important reste la manière dont veut jouer ton staff technique. La réalité de terrain est que tu dois non seulement savoir quand tu reprends mais aussi comment tu joues car cela induit ta préparation ! Après, il te faut aussi les joueurs avec les qualités requises pour la manière dont tu veux jouer.

Est-ce une possibilité d’imaginer une préparation type « commando » pour être prêt à jouer la Ligue des Champions dès le mois d’août ? Est-ce possible de réaliser des matches à haute intensité seulement plusieurs semaines après la reprise ?

« Pour être prêt en vue de la Ligue des Champions, il va falloir se faire un peu mal, oui »

SL : Une préparation type commando ? Tout va dépendre de l'état de forme de l'effectif à la reprise de l'entrainement mais pour être prêt en vue de la Ligue des Champions, il va falloir se faire un peu mal, oui. Le mois d'août c'est loin malgré tout. Il y a encore le temps d'être prêt physiquement. Et faire des matchs à haute intensité après quelques semaines de reprise, je ne trouve pas ça infaisable. En revanche, être capable de les répéter sur une fréquence importante est la donnée plus aléatoire. Elle sera fonction de la quantité de match réalisée par Paris à un niveau Ligue des Champions en amont de la reprise de celle-ci. L'organisation de match amicaux est sûrement inéluctable mais on y trouve rarement une intensité proche des matchs de Ligue des Champions.

J'ai tendance à dire que les entraînements doivent être plus durs que les matches afin de les appréhender du mieux possible mais les conditions de matches ne peuvent pas être reproduites entièrement à l'entraînement. Les lieux, les horaires, les conditions diffèrent, et effectivement, l'enchaînement de matches amène une fatigue musculaire et neurologique qui va être absorbée au niveau physiologique mais aussi psychologique. Ce rythme dans l'engagement mental et physique suscités par les matchs ne se trouve malheureusement que dans l'enchaînement de matches en compétition. Face à des équipes qui ont déjà un rythme de match en compétition, forcément le PSG partira amoindri !

Comment concilier la nécessité d’être prêt de suite (Ligue des Champions en août) mais en même temps d’avoir une prépa qui te permette de durer toute une saison ?

SL : C’est le point le plus difficile à gérer car il faudra forcément faire un vrai travail sur les modalités de récupération. Et la sortie du calendrier va certainement causer des maux de tête au staff... Sur quelle période vont-ils pouvoir se permettre d'être un peu moins performants ou de faire tourner l'effectif ? Depuis plusieurs saisons, le PSG joue cependant très souvent des périodes de matches tous les trois jours donc ils ont normalement l'habitude de gérer des séquences de travail avec peu de temps de récupération. Dans tous les cas, il va falloir identifier des périodes possibles de régénération.

Un grand merci à Sylvain Lazaro pour le temps qu'il nous a accordé.

Vous pouvez retrouver les commentaires de l'article sous les publicités.


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