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Thiago Motta, son interview complète sur RMC

Publié le jeudi 28 mars 2019 à 20:10 par Philippe Goguet
Ancien joueur et actuel entraîneur des U19 du PSG, Thiago Motta s'est longuement livré dans l'émission Transversales sur RMC. Voici son interview en intégralité, en vidéo et en texte :

L'interview de Thiago Motta en vidéo :

Pour ceux ne pouvant accéder à la vidéo ou préférant lire, le transcript de son entretien est ci-dessous :

Quand il a eu envie de devenir coach durant sa carrière de joueur : 

« C'est depuis l’âge de 30 ans, un moment où on sait qu'on est plus près de la fin que du début. J’avais un projet pour mon après-carrière, ce que j'allais faire dans ma vie. Je savais que rester à la maison avec la famille allait être difficile et mon envie était de rester dans le football, faire ce que j'aime bien. J'ai donc commencé à réfléchir à l'après et je pense que j’ai bien choisi. Cela fait six mois que je suis là et cela me plaît beaucoup. »

Les milieux qui deviennent entraîneur, une vocation ?

« Un milieu de terrain doit participer tout le temps au jeu, il doit participer en attaque, en défense, orienter les autres aussi. Ça nous donne un peu plus d’informations pour après, si on veut devenir coach. J'imagine qu'on a appris plus que les autres joueurs. »

Son système de jeu favori, le 4-3-3 ?

« Je construis mon système du jeu en fonction des joueurs sur le terrain »

« Je construis mon système du jeu, non pas en fonction du système, mais en fonction des joueurs sur le terrain. Il y a des moments où je joue avec cinq milieux de terrain, à d’autres moments avec quatre attaquants et deux milieux, encore à d'autres moments avec des latéraux qui étaient d'anciens attaquants excentrés car on voulait un football officiel. Je ne donne pas beaucoup d’importance au numéro, 4-3-3 ou 4-4-2, je donne plus d’importance aux caractéristiques de mes joueurs pour jouer un jeu offensif et plus direct ou un football offensif mais où on garde un peu plus la possession avec des attaques placées.

Sa fameuse thèse du 2-7-2 expliquée à la Gazzetta dello Sport :

« C'était juste pour enlever l'importance qu'on donne aux chiffres dans le football, avec le 4-3-3. J'ai une idée concernant le fait qu'un joueur va jouer dans une certaine zone du terrain, le fait qu'il va y exprimer tout son potentiel et il y a des zones de jeu où il l'exprimera moins. D'où ma division du terrain en vertical et pas en horizontal. »

Plutôt jeu de position/construction ou jeu de transition ?

« Aujourd'hui, avec le PSG, c'est difficile de jouer de façon rapide »

« Dernièrement, c'est vrai que les équipes qui ont eu de bons résultats jouaient de façon un peu plus directe, vite vers l'avant, mais cela ne veut pas dire que c'est le moyen de gagner. Moi, j’aime bien les équipes qui font de bonnes attaques placées. Pourquoi ? Parce que quand tu joues dans un grand club, l’équipe en face va normalement jouer en contre-attaque et il faut limiter ces contre-attaques. Pour limiter ces contre-attaques, il faut garder la balle mais aussi garder un équilibre car, comme ça, quand on perd la balle, on la récupère vite et haut. Comment la récupérer haut ? Cela dépend comment on joue : si on joue vers l'avant, très rapidement, c'est difficile de la récupérer très haut car les autres sont derrière. Cela dépend du match et de l'équipe qu'on joue. Aujourd'hui, avec le PSG, c'est difficile de jouer de façon rapide. On a les conditions en Champions League mais pas en championnat car on trouve toujours des équipes qui veulent contre-attaquer. »

Une équipe avec 30% de possession, possible avec lui ?

« Non. Aujourd'hui, non. Ce n'est pas mon idée mais on ne sait jamais. Mais si c'est une adaptation car on a plus de possibilités de gagner la Champions League comme ça, pourquoi pas ? »

Ancelotti, Blanc, Emery, les entraîneurs qu'il a eus à Paris :

« Je me suis nourri de tout cela, oui. L’apprentissage pour entraîner, je l’ai depuis déjà depuis plusieurs années. Quand je jouais, je ne jouais pas pour jouer. Je voulais comprendre ce que l’on fait sur le terrain, pourquoi on le fait. L'apprentissage a commencé là. Avec Mourinho, on ne faisait pas attention au ballon. Quand on ne l'avait pas, on était tranquilles car on était tous derrière et on défendait bien. On savait qu'on devait contre-attaquer à la récupération. Avec Carlo, on alternait les contre-attaques et la possession. Avec Laurent, la priorité c’était toujours la possession. Avec Unai, on jouait un jeu un peu plus rapide avec des contre-attaques mais on savait aussi garder un peu la possession. Ce sont différentes façons de travailler et moi, comme joueur, je faisais toujours attention à pourquoi on faisait ça, comment on jouait.  »

Les deux entraîneurs qui l'ont le plus influencé : 

«Il faut que tous tes joueurs soient convaincus que l'idée est la bonne, même si ce n'est pas la bonne»

« Carlo Ancelotti m’a beaucoup marqué. Mais c'est difficile d'être Ancelotti, le caractère qu'il a, on ne peut pas le forcer. C'est naturel, il est comme ça. Après, au niveau du jeu, évidemment que Laurent Blanc m'a beaucoup marqué. Des équipes qui jouent encore comme lui, bien sûr qu'il y en a. Il faut regarder par exemple les matches de City, même Manchester à la maison. Si on regarde le match City/Liverpool, la possession de City était énorme mais ils n'avaient pas vite à attaquer car ils savaient qu'après, il y avait Mané et Salah qui attaquent vite. C'est un exemple : si tu joues contre Liverpool et que tu vas vers l'avant très rapidement, il faut faire mal à cette équipe car leurs contre-attaques te font souffrir après. Ce sont des matches où tu dois mettre en place tes idées et il faut que tous tes joueurs soient convaincus que l'idée est la bonne, même si ce n'est pas la bonne. Mais si on convainc les joueurs que c'est le cas, on va tous dans la même direction. Si trois ont envie de jouer la possession et les autres de contre-attaquer, on se retrouve en difficulté. »

Ce problème d'idée non partagée, ce qu'il s'est passé avec Emery ?

« Non, non, non. On était tous d’accord avec Unai, comme on était tous d’accord avec Carlo et avec Laurent. Lors de la première année d'Unai Emery ici, il y a un problème selon moi. Le problème, c'est qu'on a laissé partir Ibra, qui était capable de marquer 50 buts par saison et qu'on ne l’a pas remplacé par un joueur capable de marquer 50 buts. »

Le jeu qu'il aime aujourd'hui en Europe :

« Il y a d'autres équipes qui ne sont pas au niveau de City car ils ne sont peut-être pas en C1 mais le Betis Séville où joue Lo Celso est une équipe qui joue très bien. C'est l'exemple d'une équipe qui a beaucoup de milieux de terrain offensifs, qui jouent parfois comme relayeurs ou même sentinelle, mais a des caractéristiques offensives. Et cela donne une équipe qui joue très bien au ballon. Après, il faut aussi mettre dans la tête de ces joueurs qu'il faut défendre aussi. C'est le plus difficile. L'Ajax contre le Real ? Énorme, j'ai adoré. Football offensif mais aussi agressif, beaucoup de pressing, ce qui est la base, contre une équipe championne d'Europe. »

Comment le PSG fonctionne entre toutes les sections du club :

«Aujourd’hui, je me sens en condition pour changer pas mal de choses au centre de formation du PSG»

« Je ne dirais pas qu’il y a une confusion entre toutes les sections du club mais on travaille différemment du FC Barcelone, car cela fait de très nombreuses années qu’ils ont cette philosophie de travail. À Paris, aujourd’hui vraiment, c’est différent. Si ça me plairait ? Aujourd’hui, je me sens en condition pour changer pas mal de choses au centre de formation du PSG. J'aimerais (changer des choses) et je suis là pour ça mais ce n'est jamais facile. Un exemple de changement ? Déjà, les conditions au centre de formation ont changé, on a les conditions pour les changer. Dans une équipe comme les U19 du PSG, il y a beaucoup de talents, mais pas seulement cette année, depuis de nombreuses années. À mon avis, c’est en fait la vraie deuxième équipe du club car on joue les meilleures compétitions en dehors des pros. Nous, on a la Gambardella et la Youth League avec les U19. Donc on doit donner l'importance nécessaire à cette catégorie du club afin qu'elle puisse représenter le nom du PSG pas seulement au niveau national mais aussi international comme c'est le cas avec la Youth League. Et ça, c'est quelque chose que je veux changer. »

Comment garder les meilleurs jeunes au PSG ?

«S'ils vont vouloir rester ? Bien sûr, parce qu’il y a un projet sportif intéressant.»

« On doit garder les meilleurs joueurs. Avant, un joueur allait jouer deux matches en U17 puis pouvait monter en U19 et après en CFA en deux semaines. Il ne faisait pas partie d’un collectif. Aujourd’hui, dans mon effectif, j’ai six joueurs de 2002 et je vais les garder la saison prochaine. Ils ont déjà été ensemble en U17, là en U19, c’est une génération qui va s’améliorer ensemble. S'ils vont vouloir rester ? Bien sûr, parce qu’il y a un projet sportif intéressant. Ça convient aux joueurs, au club et aux personnes qui travaillent au centre de formation, à tout le monde. C’est pour ça que j’ai voulu que l’aller-retour entre U19 et CFA s’arrête, exactement, parce que c’est la base pour donner le sens du collectif. Même si c'est au PSG. Je suis à la tête des U19 et mes objectifs collectifs sont de gagner la Youth League et le lendemain, je n'ai plus cet objectif mais celui du maintien en N2 (ex-CFA). Alors le joueur perd la direction au niveau des objectifs et du collectif... Les U19 plus importants que la CFA ? Pour moi, oui. On discute en ce moment avec le club sur ce sujet. Mais pour moi, la priorité du club pour son équipe de jeune doit aussi être les U19. »

Son exigence, la même comme coach que comme joueur ?

« Je suis persuadé que c'est nécessaire pour qu'on puisse tous s'améliorer. Après, il faut aussi avoir un équilibre. C’est ce que j’ai appris ici à Paris. Il faut bien sûr être exigeant mais il faut aussi savoir laisser un peu d’espace, afin que les joueurs prennent aussi leurs responsabilités. Il faut qu’ils soient conscients d'où ils sont aujourd’hui, quel club ils représentent, ce qu'ils représentent pour le club. Mais il ne faut pas trop les laisser et être exigeant car ils en ont besoin à cet âge, pas seulement en France ou ici. »

Son objectif en tant qu'entraîneur des U19 :

« C'est un tout. C'est clair que la plupart de ces garçons sont capables d'arriver à jouer en équipe première et l'exigence est celle qu'elle doit être dans un grand club comme le PSG. Aujourd'hui, c'est énorme. »

Son non-remplacement au sein du milieu de terrain du PSG

«Le club savait que j’allais prendre ma retraite, il doit s’organiser»

« C’est quelque chose qu’il fallait penser et organiser avant. Le club savait que j’allais prendre ma retraite, il doit s’organiser que ce soit pour moi ou pour un autre joueur. Mais ça, ça vient de l’organisation et de se projeter déjà dans l'avenir du club. »

L'objectif de sa carrière de coach :

« Mon objectif, c’est d’entraîner tous les plus grands clubs au monde. Entraîner le PSG après Tuchel ? Quand arrivera ce moment, on verra, mais là tout mon soutien est derrière Tuchel. Je suis aussi à disposition s’il a besoin de quoi que ce soit. »

Une relation avec Tuchel ?

« Je n’ai pas de relation avec lui en ce moment, mais je comprends la situation parce que j'imagine qu’il a beaucoup de travail aujourd'hui à diriger le PSG. »

Candidat à la succession de Tuchel ?

«J’ai été joueur, je connais bien le fonctionnement du club, du vestiaire, les ambitions»

« Il y a 99% des entraîneurs aujourd’hui qui veulent entraîner le PSG parce que c’est un grand club. Et le 1%, c’est Tuchel qui entraîne aujourd’hui le club. À partir du moment qu'il ne sera plus là, bien sûr que je ferais partie des entraîneurs qui aspirent à entraîner le PSG. Si je travaille pour ça ? Bien sûr. Le premier joueur de l'ère QSI qui deviendra le coach ? Cela peut être un point positif pour plusieurs raisons. J’ai été joueur, je connais bien le fonctionnement du club, du vestiaire. Je connais les ambitions du club, au niveau externe et interne. C'est quelque chose de très positif pour moi et pour le club. »

Prêt à entraîner une plus petite équipe si cela se présente ?

« Si cela arrive, je serai prêt mais moi, j’aime les grandes émotions. Malgré tout mon respect pour les équipes de D2 par exemple, conduire une Ferrari est plus attractif que d’autres voitures, moins attractives. J'ai joué au Genoa aussi par exemple. En comparaison avec l'Inter, Barcelone ou le PSG aujourd'hui, ce n'est pas une Ferrarri. Mais j'ai encore un an de contrat avec les U19 du PSG, je finis mon diplôme à ce moment-là et on verra. »

Une promesse faite par Nasser Al-Khelaïfi ?

« Jamais (il sourit). Il n’y a pas besoin qu’il me fasse la promesse que j’entraînerais le PSG un jour. Il me connaît très bien, moi pareil, et on n'a pas besoin de tout ça. Il connaît mes ambitions, bien sûr. Il m’a dit de travailler et je suis là à travailler. »

Son analyse des défaites régulières du PSG en Ligue des Champions :

«Même si on a gagné à l’aller, il faut y aller pour gagner le match retour»

« Aujourd’hui, savoir ce que l’on doit faire, ce n’est pas facile. Mais on doit savoir ce qu’il ne faut pas faire. Dans ces deux éliminations (contre Barça et MU), le match retour, après deux matches aller superbes, on a commis des erreurs. Dans le match à Barcelone, on prend un but d'entrée dans un match où personne ne s'attendait à ce qu'on ne se qualifie pas. Au cours du match, on se retrouve dans la difficulté et on se demande ce qu'il se passe. Il faut peut-être faire la préparation différemment. Cela veut dire que, même si on a gagné à l’aller, il faut y aller pour gagner le match retour. C'est mon opinion. Contre MU, bien sûr qu'ils sont entrés sur le terrain pour gagner mais il faut voir comment on entre sur le terrain pour gagner un match. Moi, je n'étais pas là contre Manchester, je peux seulement témoigner sur Barcelone. Contre MU, j'étais supporter comme la plupart. À Barcelone, on se retrouve dans la difficulté car on n'a pas commencé le match pour le gagner mais peut-être pour jouer la qualification. Et à la fin, on se retrouve dans la difficulté. »

Un problème mental en Ligue des Champions ?

« Bien sûr qu'il y a le mental. De la peur contre MU ? Moi, je n'ai pas eu cette impression. Non. Surtout à ce niveau. Quand on est joueur, on n’a jamais peur, ce n'est pas le mot. On peut penser à certaines choses et c'est normal de le faire : "si je fais ça, peut-être que cela arriver, si on fait comme ça, peut-être qu'on va se retrouver comme ça...". De la peur non, du doute on peut en avoir. L'exemple, c'est le match aller, on était bien. On a fait un super match à Old Trafford dans un stade emblématique, contre une équipe qui était en pleine croissance depuis le départ de Mourinho. Ce n'était pas une équipe faible. Au Parc, l’équipe de Manchester est venue avec l'idée de se défendre et de trouver les erreurs qu'on pouvait commettre. Pour moi, on n’a pas fait des cadeaux dans ce match, mais des erreurs. Des cadeaux, on n'en fait jamais à l'adversaire, c'est eux qui ont su les exploiter. »

Plus de sévérité nécessaire dans ce club ?

«Au niveau du PSG, les joueurs doivent savoir gérer cette liberté tout en ayant des responsabilités»

« Quand il le faut, oui, mais pas tout le temps. Des joueurs chouchoutés ? Non, je ne pense pas. Il faut donner de la liberté aux joueurs mais également des responsabilités. Au niveau du PSG, les joueurs doivent savoir gérer cette liberté tout en ayant des responsabilités. Le club, bien sûr qu’il faut qu’il soit présent, pour que quand arrive un problème, il doit prendre la bonne solution dans l’intérêt de l’équipe et le club. Que ce soit Neymar ou Areola, c’est la même chose si c'est fait dans l'intérêt de l'équipe et du club. »

Neymar plus important que le PSG ?

« Il n’y a personne de plus important que le PSG, personne. On a parlé quand j'étais joueur, après mon interview à la Gazzetta. Ney, il doit comprendre qu’il ne doit même pas donner la possibilité à ses adversaires de le toucher. S’il fait ça, il remportera le Ballon d’Or. Comment on fait ? Il y a des moments où il faut donner vite le ballon, d’autres où il faut dribbler car il est dans une zone du terrain où personne ne peut te toucher. Le jour où je serai là-bas (comme coach de l'équipe première), si c’est le moment, bien sûr que je lui dirai. »

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