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[Bonus Rouge & Bleu] Roche, Colleter, Guérin… Les joueurs de devoir au cœur des succès du PSG version Canal

Publié le dimanche 1 novembre 2020 à 18:33 par Damien Dole et Philippe Goguet
Dans un peu plus d’un mois sortira « Rouge et Bleu : 50 ans d’histoire du PSG racontés par ses supporters », co-écrit par le journaliste de Libération Damien Dole et le fondateur de CulturePSG Philippe Goguet. En attendant la publication du livre, nous vous proposons des bonus écrits dans l'esprit de l'ouvrage. Le premier concerne les années dorées du PSG de Canal+ et ces joueurs moins en lumière que les stars, mais qui ont aidé à propulser Paris sur la carte du football européen.

Si Raí, Ginola ou Weah sont les plus souvent cités, d’autres joueurs plus discrets voire besogneux expliquent en grande partie les succès des années 1990. Se dessinent alors des complémentarités victorieuses qui ont emmené le Paris-SG en demi-finales de Coupe d’Europe cinq années de suite.

L’équilibre, l’alchimie d’une équipe est une énigme. Quels sont les ingrédients d’une réussite sportive, dans le jeu ou dans les résultats ? Les directeurs sportifs, journalistes ou supporters ont chacun leur idée sur les éléments qui posent problème et ceux qui manquent pour que le collectif passe un cap. Mais c’est souvent a posteriori que les échecs et réussites s’analysent. « Je vois cette réussite collective comme je la vois dans le cyclisme, tente Laurent, un fidèle de Boulogne dans les années 1990. Il y a le vainqueur du Tour de France, et il y a tous ceux qui amènent le vainqueur dans les cols. Et il ne peut rien sans eux, ils gagnent ensemble. » 

Prenons la première période dorée du Paris Saint-Germain, qui se déploie du rachat du club par le groupe Canal, en 1991, au départ de Michel Denisot et Raí, en 1998. Les acteurs de cette époque les plus régulièrement cités sont les plus spectaculaires (Valdo, Ginola, Raí, Weah…) ou ceux qui ont marqué un but de légende (Kombouaré, N'Gotty). Mais les stars n’ont pu exister sans des joueurs plus discrets. « Les offensifs, qui sont restés moins longtemps mais qui ont une aura plus importante, ont réussi à se faire un nom grâce à ces joueurs de l’"ombre", explique Farid, habitué d’Auteuil Rouge dans les années 1990 et 2000. Il y a les joueurs qui mettent la lumière, mais les besogneux sont l’âme de l’équipe. »

« Les yeux globuleux de Laurent Fournier au bout de 30 minutes… Ils étaient respectables et respectés. »

L’âme, ou l’esprit, car ce PSG laissait souvent une impression de sérénité, de dépassement de soi. « Historiquement, l’ADN du PSG, ça a été des joueurs stars, des étoiles qui passent à travers toutes les époques et qu’on admire, explique Aymeric, au Parc depuis 1982 et carté Supras Auteuil de 1991 à 2010. Mais dans l’ère Canal, on s’attache encore plus qu’avant aux joueurs qui se déchirent pour le maillot, qui ne sont pas des joueurs de génie mais qu’on a envie de soutenir. Les yeux globuleux de Laurent Fournier au bout de 30 minutes… Ils étaient respectables et respectés. »

Au-delà des matches mémorables contre le Real Madrid en 1993 (4-1) ou le Steaua Bucarest en 1997 (5-0), les Rouge et Bleu ont excellé dans leur régularité sur la scène européenne : cinq demi-finales de suite, record encore en cours dans l’histoire des clubs français. « Certains joueurs besogneux sont restés très longtemps, poursuit Farid, d’Auteuil Rouge. Mais ils étaient aussi parmi les meilleurs à leur poste en France et même en Europe. Et les demies européennes sont en grande partie grâce à eux, tu te sentais en sécurité avec ces joueurs. Certains ont également marqué des buts très importants. »

Paul Le Guen et Brian, au Camp des Loges en août 1993.

Une assertion qu’illustre le but de Vincent Guérin contre le FC Barcelone en 1995. Le PSG affronte l’équipe de Johan Cruyff, Gheorghe Hagi et Hristo Stoichkov en quarts de finale de Ligue des champions. 1-1, Valdo récupère la balle au milieu de terrain, la glisse à Vincent Guérin qui s’avance à 20 mètres des cages de Carles Busquets, et frappe à ras-de-terre. Le ballon se loge dans le petit-filet catalan. « Sa célébration est symptomatique de ce que sont les hommes gentils et sincères comme lui, avance Cardi, abonné à Boulogne dans les années 1990. Quand tu as l’adrénaline comme ça, tu ne peux pas tricher. Ce soir-là, il court comme un dératé, ne semble même pas savoir quoi faire ! » L’âme ne peut mystifier, elle est, c’est tout.

« On le prend pour un joueur secondaire, mais Guérin aurait sa place tous les jours dans le PSG de QSI. »

La puissance du Paris-SG des années 1990 ne peut s’entendre qu’à l’aune de la qualité de ses joueurs de devoir. Guérin, Le Guen, Colleter, Fournier, Roche… Ils étaient chacun respectés pour leur talent par les suiveurs de ballon. En 1995, année pourtant très dense pour le foot hexagonal, Vincent Guérin remporte le trophée de meilleur joueur du championnat de France, un an après David Ginola et un an avant Zinedine Zidane. « On le prend pour un joueur secondaire, mais il aurait sa place tous les jours dans le PSG de QSI », assure Aymeric, du Virage Auteuil. Une hypothèse que l’on peut élargir à d’autres joueurs comme Alain Roche, parmi les meilleurs défenseurs de l’histoire du club, Paul Le Guen, ratisseur hors pair à la frappe de balle limpide, ou Daniel Bravo, attaquant replacé efficacement au milieu par Luis Fernandez, qui faisaient également partie des joueurs indispensables à la bonne marche de l’équipe et qui ne dénoteraient pas dans le PSG actuel. 

Daniel Bravo et Cardi, au Camp des Loges en 1993.

La qualité des joueurs de devoir du premier âge d’or du PSG résonne d’ailleurs avec certaines carences observées lors du second, vingt ans plus tard, au milieu de terrain et parmi les latéraux notamment. Si Maxwell est par exemple considéré comme l’un des meilleurs arrières gauche de l’histoire du club, Patrick Colleter (213 matches, un de moins que le Brésilien) est peut-être le seul à pouvoir lui disputer ces lauriers. Mais au contraire de l’ancien joueur de l’Inter et de Barcelone, le Breton était réputé pour sa rugosité dans les duels, que résume Arnaud, habitué du Parc depuis le match de la montée en Division 1 en 1974 : « Le ballon passe mais pas le joueur. »

« En demi-finale de la Coupe des coupes contre Arsenal, en 1994, Colleter était le joueur anglais du PSG. Un gars comme lui ne se laissait pas faire, un peu comme Nigel Winterburn ou Stuart Pearce en face. »

Seulement, voir Colleter comme un casseur serait passer à côté de son intelligence et de sa régularité, qui l’a fait être de tous les combats, notamment lors du titre en 1994 et de l’épopée européenne en 1996. « En ce temps-là, on ne demandait pas vraiment aux arrières latéraux de savoir centrer mais de bien défendre et de mettre des coups », note Cardi, de Boulogne. « C’était notre Di Meco, j’aurais bien aimé qu’ils jouent dans la même zone d’ailleurs, s’amuse Volkan, supporter assidu depuis le PSG-Juventus en 1992. Il ne disait pas grand-chose, mais sur le terrain c’était un tueur. Je me souviens de ses remontées de balle, de ses tacles glissés… En demi-finale de la Coupe des coupes contre Arsenal, en 1994, c’était le joueur anglais du PSG. Un gars comme lui ne se laissait pas faire, un peu comme Nigel Winterburn ou Stuart Pearce en face. » Une absence de peur, y compris avec le public : « Le jour où Loko rejoue après sa dépression [PSG – Strasbourg le 22 septembre 1995], le Parc est en émoi, se rappelle Aymeric, au Parc depuis 1982 et carté Supras Auteuil de 1991 à 2010. Juste après son entrée, Colleter a le ballon, peut la glisser à l’attaquant juste à côté de lui pour qu’il retouche le ballon. Mais Colleter décide de changer le jeu ! Le Parc gueule, et il fait un grand geste vers le virage, semblant dire "Oh c’est bon, je fais ce que je veux". »

Si le PSG des années 1990 n’était pas réputé pour ses bouchers, Colleter n’était pas le seul joueur connu pour son manque de délicatesse. Arrivé au centre de formation en 1984, Francis Llacer jouera onze de ses quatorze années professionnelles avec les Rouge et Bleu. Jamais vraiment titulaire, pas le plus brillant techniquement, il est malgré tout le joueur de rotation et de devoir par excellence, celui sur lequel tous les coachs parisiens ont pu compter et qui ne s’est jamais plaint. Le secret de la longévité du natif de Lagny-sur-Marne réside sûrement dans sa polyvalence, puisqu’il a évolué en défense et au milieu. « C’était une soupape sur qui l’équipe pouvait compter, confie Volkan. Llacer était un des totems du club. Et il avait le respect du maillot… »

Car l’amour entre le Francilien et le public du Parc était fusionnel, au sens plein du terme. Présent régulièrement dans le kop de Boulogne, y compris lors du PSG-Metz enflammé de 2004, il avait un amour sincère du public. « Lors de la fête au Fouquet’s pour le titre de 1994, des barrières sont installées autour du resto et on est là, à les acclamer, raconte Laurent, un fidèle de Boulogne. On pouvait même leur serrer la main et les enlacer ! Ils rentrent dans le resto mais on continue d’hurler. Et "Cisco" arrive sur le balcon. On l’acclame puis au bout de 3 ou 4 minutes, on scande des noms des joueurs, Lama, Ginola… Et il revenait avec chacun ! Il n’était pas le meilleur, mais c’était un vrai joueur de devoir et un des rares joueurs amoureux sincères du PSG. » Reste aussi de Llacer, côté ballon, cette reprise de volée prodigieuse contre Caen, qui reste parmi les plus beaux buts de l’histoire du club et de la Ligue 1.

« Biétry a confondu Paris avec une petite ville de province et ces nouveaux joueurs n’ont pas supporté la grosse pression médiatique. Que les besogneux choisis par Denisot ont toujours assumé. »

L’histoire du Paris version Canal, c’est une ascension fulgurante vers les sommets du foot français et européen puis une rupture brutale en 1998 avec le départ de Michel Denisot, architecte de cette vision victorieuse, et son remplacement éphémère par Charles Biétry. « Des joueurs de devoir commençaient à éclore quand Biétry arrive, comme Algerino, Rabesandratana, Ducrocq, Domi. Mais il fallait une équipe stable pour que cette génération arrive à s’imposer dans la durée autant que ne l’ont fait leurs prédécesseurs. Et pour que la transmission s’opère, assène Farid, d’Auteuil Rouge. Ils ont payé les pots cassés du changement de politique sportive. » Il poursuit, avec un mélange de colère et de fatalisme : « Quand tout le monde s’en va à l’intersaison (Fournier, Guérin, Roche…), c’est un acte politique de Biétry. Il était hors de question de conserver l’âme de Denisot dans son équipe. Il fait alors un pari avec d’autres joueurs (Lachuer, Carotti, Goma, Laspalles) qui intrinsèquement n’étaient pas mauvais. Mais ça a fait un flop : Biétry a confondu Paris avec une petite ville de province et ces nouveaux joueurs n’ont pas supporté la grosse pression médiatique. Que les besogneux choisis par Denisot ont toujours assumé. »

La recette alchimique du PSG 1991-1998 lors de son premier âge d’or s’esquisse alors, des joueurs de génie entourés d’autres, très talentueux mais plus discrets, mais parfois oubliés de prime abord. Il suffit alors de se replonger dans la triomphale histoire Rouge et Bleu pour saisir leur rôle primordial dans les trophées glanés en pagaille. Et confirme ce que chacun comprend à froid, que les succès du Paris version QSI résident autant dans les Ibrahimovic, Neymar et Mbappé que dans les Motta, Matuidi et Marquinhos.

Damien Dole et Philippe Goguet.

Tous nos articles à propos de « Rouge et Bleu »  (aux éditions Marabout) sont listés ci-dessous :

Pour rappel, ce livre de 256 pages illustré par plus de 300 photos et 60 témoignages est disponible en précommande sur les liens suivants :

 

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