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Les premiers pas du PSG de Pochettino passés au crible

Publié le mercredi 13 janvier 2021 à 14:18 par Simon Piotr
Arrivé à la mi-saison et devant composer avec un nombre de blessés jusque-là important, le nouvel entraîneur du PSG Mauricio Pochettino a aligné un 4-2-3-1 avec Verratti en numéro dix sur ses deux premiers matches. Décryptage de ses premiers choix.

La structure collective

Lors du match nul à Saint-Etienne comme lors de la victoire face à Brest, le même 4-2-3-1 était aligné, avec uniquement Diallo qui remplaçait Kehrer lors du second match. Le 4-2-3-1 est un système souvent utilisé par Pochettino à Tottenham et que les joueurs du PSG ont également un peu pratiqué sous Tuchel.

Les caractéristiques principales du système entrevues pour l’instant : 

  • Relance au sol avec les deux centraux et le double pivot.
  • Verratti milieu offensif qui reçoit surtout dos au jeu, dans diverses positions.
  • Les attaquants jouissent d’une grande liberté de position, bien que la densité axiale soit importante.
  • Participation offensive des latéraux par leurs montées :  ils profitent pour l’instant des défense à quatre des adversaires qui resserrent dans l’axe et laissent les couloirs libres. 

Le PSG garde une possession de balle très importante dans le plan jeu initial (71.5 % de moyenne sur les premières mi-temps des deux derniers matches), même si des baisses de rythme en deuxième partie de match peuvent faire baisser les chiffres au global. Avec les absences de Neymar, Paredes ou Rafinha, le chef d’orchestre devrait être Marco Verratti, repositionné en numéro dix. 

Verratti en numéro dix

Principale curiosité du système de Pochettino, voir Verratti revêtir le rôle de numéro dix qu’il avait ponctuellement occupé sous Unai Emery. En effet, le technicien basque avait bien tenté de reconduire son 4-2-3-1 sévillan avec le petit italien en milieu offensif, avec des résultats pour le moins négatifs, coupant court à cette expérimentation tactique. 

Au niveau de la structure du milieu, Pochettino va totalement à rebours des idées de Thomas Tuchel qui avait globalement pour projet de rapprocher Verratti de la relance, dans un double pivot défensif voire parfois en unique milieu défensif devant une défense à trois. Dans ce cas de figure, Gueye et Herrera occupaient des rôles de milieux à tout faire avec des tâches variant selon les rencontres. Herrera par exemple, a régulièrement dû occuper un rôle de box-to-box capable d’apporter du soutien aux abords de la surface, tandis que Gueye était le joueur de contre-pressing dont Tuchel rêvait à son arrivée à Paris.

Pochettino arrive donc avec une vision différente des choses et a choisi de remettre l’Espagnol et le Sénégalais dans des rôles qu’ils occupaient lorsque le technicien argentin les voyait évoluer en Premier League. C’est-à-dire dans un double pivot défensif, avec Gueye en récupérateur et Herrera en premier relanceur, configuration dans laquelle ils jouaient à Everton pour l’un, et à la fin de son passage à United sous Mourinho comme Solskjær pour l’autre.

Verratti, quant à lui, est chargé d’occuper des zones hautes sur le terrain, sans doute pour apporter sa technique dans la densité et trouver des passes dangereuses depuis l’interligne.

Un rendement qui laisse des doutes ?

Même si Verratti peut apporter certaines qualités de résistance à la pression adverse et de combinaison relativement haut sur le terrain, il est assez clair qu’il a du mal à attendre le ballon entre les lignes. S’il a tendance à respecter sa position en début de match et au retour des vestiaires, sans doute avec les consignes fraîches dans la tête, il ne lui faut que quelques minutes pour s’impatienter et décrocher de sa zone initiale. Cela a été flagrant face à Saint-Etienne pour sa première, même si on a senti plus de souplesse dans le positionnement face à Brest pour la deuxième rencontre.

Relance face au bloc médian de Saint-Etienne, le 4-2-3-1 apparaît assez nettement avec Verratti entre les lignes.

La minute suivante, Verratti décroche pour toucher la balle et se mettre face au jeu, avant d’essayer de trouver Mbappé en profondeur.

Cette tendance au décrochage n’est pas forcément un problème en soi - beaucoup de milieux offensifs décrochent - si l’animation le prend en compte avec des compensations ou des appels en profondeur comme ici, tout prend son sens. En revanche, si le plan de jeu est d’avoir un numéro dix entre les lignes capables d’attirer les ballons haut sur le terrain, cela peut être problématique, comme on l’a également vu.

En effet, le plan initial de Pochettino semble vouloir créer une égalité numérique dans l’axe face à la défense adverse avec les trois attaquants et le dix, pour ensuite permettre d’enchaîner entre les lignes, soit de trouver un latéral lancé qui pourra débouler sans adversaire direct face à eux. 

Verratti refixé plus haut en début de deuxième mi-temps, s’ils se montre discipliné dans son placement, il ne touche pas un ballon ou presque pendant dix minutes. Dagba libre à l’opposé.

Au-delà de la nature du joueur qui est celle d’un organisateur-meneur face au jeu (peu importe la hauteur sur le terrain), il faut bien constater que le quatuor de relanceurs a du mal à fixer les milieux adverses et/ou trouver des passes verticales entre les lignes, rôle qui revient souvent à … Marco Verratti. Comme on l’a vu, le petit hibou n’hésite pas à prendre l’initiative de lui même et à décrocher plus bas pour retrouver un peu de confort. 

Si Verratti montre des limites et n’a pas l’air utilisé dans son meilleur rôle, comme tous les joueurs de très haut niveau, il peut s’adapter dans une certaine mesure et montrer des choses positives même dans un rôle inhabituel. Par exemple, sa passe décisive pour Kean contre l’ASSE après une bonne projection dans la surface. 

Offensivement, de la liberté pour les attaquants

Lors de son passage à Tottenham, Pochettino donnait souvent de la liberté à ses attaquants, en insistant malgré tout sur une certaine densité axiale et une proximité entre les joueurs. Il n’est donc pas surprenant de revoir les bases de cette animation pour ses débuts parisiens.

En effet, Mbappé et Di Maria ont l’air d’avoir carte blanche pour permuter, décrocher, s’excentrer, chacun ayant ses propres préférences. Ainsi, on voit souvent Mbappé partir du côté gauche, tandis que Di Maria allait et venait à sa guise, souvent en soutien de l’attaquant Moise Kean. Ce dernier est un peu plus fixé au niveau positionnel que les deux autres, même si Kean a aussi une certaine marge de manoeuvre.

Les principes semblent assez clairs, en revanche le rendement a été irrégulier au cours des deux matches tant d’un point de vue collectif face aux blocs bas tant pour des raisons de forme individuelle. Mbappé par exemple, qui a tout raté ou presque face à Saint-Etienne, a signé un bon match face à Brest samedi soir.

Ainsi, contre Saint-Etienne, le PSG a tiré onze fois au but, soit autant que l’adversaire, pour seulement quatre tirs cadrés, dont un seul sur la deuxième mi-temps. Un total famélique proche des totaux vus sur les derniers matches de Thomas Tuchel lorsque Neymar était absent.

En revanche, face à Brest, Paris a retrouvé de l’allant offensif avec vingt-deux tirs créés, pour onze cadrés ! Sans un grand Larsonneur dans la cage brestoise ou avec un peu plus d’inspiration de Mbappé par exemple, le score aurait pu être plus important encore.

Pour ce qui concerne les coups de pied arrêtés, on voit d'ores et déjà des choses intéressantes avec les corners tirés au premier poteau vers Marquinhos, ce qui a apporté une grosse occasion face à l’ASSE et le premier but inscrit face à Brest avec la déviation du Brésilien qui trouve le poteau avant de rebondir sur Kean qui pousse la balle au fond des filets. Pour l’instant, ce sont les seules situations de centres à créer du danger ou presque.

Défensivement, le coach de l'OM André Villas-Boas a aussi assuré que le PSG défend différemment sur ces phases de jeu puisqu'il est passé d'une organisation en zone à une en homme-à-homme. Une affirmation en partie vraie seulement.

Le problème de l’exploitation des ailes

Comme on l’a vu dans le plan de jeu initial, le PSG met du monde devant le ballon et tente de créer une égalité numérique avec la défense adverse dans l’axe. Lorsque les bases arrières sont fixées autour des attaquants parisiens, des espaces apparaissent dans les couloirs et la tâche revient principalement aux latéraux de les attaquer.

Contrairement à certains matches sous Tuchel où la position des latéraux étaient « bloquée » (face à Nantes ou Monaco en première partie de saison), privant d’une option offensive supplémentaire dans le meilleur des cas, ou favorisant le pressing sur les quatre défenseurs parisiens au pire, Pochettino veut pour l’instant que ses latéraux soient une force offensive à part entière.

Les conditions du décalage sont créées (bien que Brest ait mieux couvert les côtés avec les milieux excentrés qui devaient suivre les latéraux parisiens) mais malheureusement le rendement des individualités, que ce soit Bakker ou Dagba, ne permet pas de transformer le jeu extérieur en grande menace pour l’adversaire. Un chiffre alarmant face à Saint-Etienne, seuls deux des vingt-deux centres parisiens ont trouvé preneur.

Le bilan face à Brest était déjà plus intéressant avec six centres réussis sur vingt-deux, notamment grâce aux quatre centres réussis de Di Maria.

On peut toutefois imaginer que l’animation des ailes reprendra des couleurs avec des latéraux plus offensifs comme Florenzi, voire Kurzawa.  

Le plan B avec les remplaçants

Au cours des deux rencontres, Pochettino a attendu l’heure de jeu pour faire ses changements qui s’accompagnaient aussi d’une évolution dans les positions initiales des joueurs. On voit ainsi Verratti quitter sa position de dix pour remplacer Gueye dans le double pivot, et un ou deux joueurs offensifs rentrer au poste d’ailier et d’attaquant de pointe, tandis que Di Maria passe en soutien de l’attaquant.

Cette nouvelle structure paraît par certains égards plus cohérente que la structure initiale avec Verratti milieu défensif et un vrai joueur offensif dans l’axe entre les lignes (Di Maria), il serait même possible que le PSG de Pochettino ressemble à cela une fois les principaux absents revenus de blessure.

Le PSG après les entrées de Icardi et Sarabia, Di Maria passe numéro dix. Le 4-2-3-1 avec des positionnements assez libres est conservé.

Défensivement, de l’intensité mais trop d’occasions concédées

Comme la majorité des équipes qui changent de coach en cours de saison, le PSG retrouve un supplément d’énergie dans les efforts physiques. Ce nouveau cycle qui commence, ajouté au fait d’aligner des joueurs intenses dans le onze de départ (Bakker, Dagba, Kean, Gueye, Verratti, Herrera font partie des plus généreux de l’effectif en termes de jeu sans ballon) montre une équipe qui démarre les matches pied au plancher en termes de pressing. Même si les adversaires n’opposent que peu de résistance face au pressing en 4-2-3-1 de Paris et se contentent souvent de rendre les ballons en début de match. Cette débauche d’énergie finit forcément par se payer et les Parisiens accusent le coup en deuxième mi-temps, devant défendre plus bas. 

Malgré de l’application et de la concentration, le PSG concède encore trop d’occasions. Face à Saint-Etienne, Navas doit faire un petit miracle, le premier corner stéphanois et leur première réelle incursion dans le dernier tiers débouchent sur la situation du but d’Hamouma après dix-neuf minutes de jeu. En deuxième mi-temps, le PSG concède certaines positions de frappe dangereuses alors qu’il doit défendre plus bas et que l’ASSE enchaîne les phases de possession.

Face à Brest, Navas a été sollicité mais plutôt sur des transitions défensives. En effet, Paris met du monde devant le ballon en phase d’attaque, et se retrouve vite à la limite sur les transitions avec souvent des situations de un contre un à gérer pour les défenseurs si le pressing à la perte ne marche pas. Là ou Paris a bien contrôlé les transitions adverses contre Saint-Etienne, la donne a été différente contre Brest et dès les premières minutes de jeu les contre-attaques brestoises ont failli leur faire ouvrir la marque. 

Perte de balle sur l’aile, Bakker, Verratti et Gueye enferment le porteur et récupèrent la balle.

Perte de balle sur l’aile, mais Brest sort du contre pressing et personne ne couvre les attaquants servis avant le hors-jeu de la médiane, l’action finit sur une belle occasion pour Faivre.

Brest a profité toute la rencontre de leur vitesse devant et des déséquilibres exploitables dans les couvertures parisiennes, notamment dans le dos des latéraux, et se sont procuré des grosses occasions sans pour autant réussir à les convertir.

Sans un excellent Navas et de la maladresse adverse, le PSG aurait pris davantage de buts, comme le suggèrent les 1.94 expected goals concédés sur les deux rencontres.

Au final, le seul but concédé vient d’une erreur de relance de Gueye sous pression dans sa surface contre Saint-Etienne, même si cela n’est pas très représentatif de la performance défensive globale des Parisiens.

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