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Les performances de Juan Bernat vues par les stats : l'attaque (Partie 1)

Publié le jeudi 3 janvier 2019 à 12:15 par Thibaut Brossard
Son arrivée cet été au PSG en toute fin de mercato avait provoqué beaucoup de scepticisme. Ses premiers pas sous ses nouvelles couleurs furent laborieux, renforçant du même coup les critiques. Pourtant, quelques mois plus tard, les détracteurs de Juan Bernat se font plus discrets. Ses buts décisifs en Ligue des Champions l’ont même propulsé au rang de sauveur. Alors, que penser réellement de la première partie de saison de l’ancien défenseur du Bayern ? Stats à l’appui, nous allons essayer de faire le bilan des débuts parisiens de l’arrière espagnol.

Pour essayer d’évaluer la première partie de saison de Juan Bernat (25 ans), nous allons comparer ses stats (principalement issues du site Whoscored) à celles de son pendant à droite de la défense parisienne Thomas Meunier, à celles de ses saisons précédentes (4 ans au Bayern et 1 saison pleine avec Valence), mais aussi à celles des arrières gauches récents du PSG (Kurzawa, Berchiche, Maxwell, Digne et Tiéné) et à un panel des spécialistes du poste au niveau européen (Marcelo, Jordi Alba, Marcos Alonso, Andy Robertson, David Alaba, Achraf Hakimi, Ferland Mendy, Nicolas Tagliafico, Alex Sandro et Aleksandar Kolarov). 

Concernant ce dernier point, il nous a semblé intéressant en effet d’apprécier l’écart (ou l’absence d’écart dans certains cas) qui sépare Bernat des meilleurs arrières gauches actuels du continent (la liste constituée est inspirée des joueurs désignés par le journal L’Equipe pour élire le onze type de l’année 2018). Compte tenu des ambitions du PSG, chaque titulaire est censé faire partie du gotha à son poste. Nous verrons dans quelle mesure Juan Bernat peut prétendre répondre à cette ambition, au vu de ses stats de début de saison. 

Cet article sera divisé en deux volets et reviendra, dans un premier temps, sur les points faibles du jeu de Bernat mises en évidence par les statistiques. Dans un second volet, nous décrirons les axes forts de son jeu, toujours par le prisme des stats comparées avec ses homologues. Il est bien évident que le nombre de matches disputés (9 en Ligue 1 pour Bernat) est réduit et que nous nous garderons de tirer quelque conclusion définitive que ce soit. Il nous semble cependant que des tendances claires se dessinent et que le regard porté sur ses statistiques des années antérieures permet souvent de confirmer l’impression donnée en 2018-2019.   

Un rendement offensif insuffisant

Juan Bernat était annoncé comme un latéral offensif, capable d’apporter de la percussion et du danger dans son couloir gauche. Le premier élément qui se dégage de l’étude de ses stats de ce début de saison en Ligue 1 est qu’il n’a pas encore répondu aux attentes dans ce secteur du jeu. Sa faible participation offensive est même le gros point faible qui ressort de l’analyse comparée avec d’autres arrières gauches.

Le positionnement fréquent à gauche à la fois de Neymar et Mbappé explique certainement en partie la rareté de ses prises de risque offensives en réduisant la place disponible pour le latéral. Nous verrons cependant que cela ne suffit pas à expliquer entièrement cette frilosité offensive. 

Comme nous allons le voir, la quasi-totalité des statistiques à caractère offensif de Bernat sont en retrait, que ce soit par rapport aux spécialistes du poste ou même aux arrières gauches historiques du PSG.

Dans le domaine du tir, par exemple, l’écart est flagrant : Bernat n’a encore jamais tenté sa chance en neuf rencontres de Ligue 1 alors que Thomas Meunier frappe quasiment une fois par match au but (10 tirs en 12 matches) et que la moyenne de notre échantillon des « tops players » se situe à plus d’une tentative par rencontre.

Les stats de cet article ne concernent que les championnats nationaux, mais on n’omettra pas de signaler qu’il a quand même inscrit deux buts en Champions League (contre Naples et Liverpool) sur ses deux seules frappes. 

Ce ne sont néanmoins pas pour ses qualités de buteur que Bernat a été recruté au PSG : son record en carrière en championnat est de 2 buts (en 2016-2017). La capacité à tromper le gardien adverse fait pourtant désormais partie de l’arsenal des latéraux modernes. Au PSG, Meunier a déjà marqué à deux reprises cette saison en Ligue 1 (et quatre fois l’an passé), Maxwell a inscrit 12 buts en 6 saisons dans la capitale, et huit des dix spécialistes du poste de notre étude ont déjà scoré cette saison dans leur championnat respectif (dont 4 pour Kolarov).

Aucune passe décisive délivrée

Son incapacité à se montrer décisif offensivement en Ligue 1 est également confirmée par ses statistiques de passes clés et de passes décisives. Il n’a en effet délivré aucune assist depuis le début de saison alors que son homologue belge est en déjà à 2. Là encore, ses stats en carrière ne sont guère florissantes puisqu’il n’a jamais réalisé plus de deux passes décisives en une saison (pour un maigre total de sept en cinq saisons). Le championnat est encore long mais on peut d’ores-et-déjà douter de sa capacité à atteindre les six passes décisives délivrées par Maxwell en 2016-2017. Pour la saison en cours, il est également déjà distancé parmi les cadors européens par Alba (4) ou même Alonso, Robertson, Tagliafico et Hakimi (3). 

Le constat est un peu moins sévère pour les passes clés (passes avant un tir) où il affiche des stats correctes (0.8 par match en Ligue 1), et, en tous cas, supérieures à ses moyennes en carrière (0.64). Il reste cependant là aussi distancé par Meunier (1 passe clé par match cette saison en championnat) et par la majorité des experts de son poste. Quand on connaît le pouvoir offensif du PSG et la qualité des joueurs qu’il côtoie sur le terrain, on est en droit d’attendre un peu plus de la part de l’Espagnol en terme de passes précédant un tir. 

Moins de passes tentées par match que Yuri Berchiche ou Lucas Digne 

Au-delà de sa faible participation à l’attaque parisienne, ce qui surprend dans les stats actuelles de Juan Bernat est son faible volume du jeu. En effet, ses statistiques de passes tentées, sont étonnamment basses compte tenu du style de jeu du PSG et de la forte possession qui le caractérise. Siaka Tiéné excepté, il est le latéral gauche de l’histoire récente du PSG qui tente le moins de passes par rencontre (Maxwell domine sans surprise cette catégorie statistique). 

Bernat ne se classe qu’au 14ème rang des joueurs du PSG au nombre de passes par rencontre (le 1er est Thiago Silva avec 78). La comparaison avec le gratin des arrières gauches mondiaux est même très peu en faveur de Bernat puisque la moyenne de notre panel est de 60 passes par match (le leader étant Hakimi avec 69 devant Robertson et Alba 67). 

Il affiche curieusement son plus faible niveau de passes depuis sa période espagnole. En effet, sa moyenne bavaroise est proche des 50 et il a même atteint 56 passes par match avec Guardiola. Compte tenu du style de jeu du PSG et de sa bonne maîtrise technique (on y reviendra dans le second volet), il n’y a pas de raison que ce nombre de passes soit si bas. On peut probablement mettre cette relative timidité sur le compte de son intégration récente au PSG et du confort que peut présenter le fait de laisser Neymar faire des prouesses à ses côtés. D’ailleurs, au fil des matches de Ligue 1 et de sa montée en puissance physique (ne pas oublier qu’il n’a disputé que 12 matches l’an passé), sa participation au jeu se renforce puisque sa moyenne sur les cinq derniers matches est de 48 passes. A suivre dans le temps donc.

Un jeu long insuffisant quantitativement et qualitativement

Le jeu long constitue un autre axe de progression majeur pour l’Espagnol. Toutes les comparaisons possibles (avec ses coéquipiers actuels, avec ses prédécesseurs ou avec les spécialistes du poste) sont nettement en sa défaveur. Il n’a en effet réussi que 4 passes longues en 9 matches de championnat (sur 10 tentées). Il est le 16ème joueur de l’effectif du PSG dans cette catégorie statistique (Meunier en a réussi 18 sur 30 en 12 matches). A titre de comparaison toujours, Dani Alves en tentait 6.2 par match en moyenne en Ligue 1 l’an passé, et tous les anciens latéraux gauches récents du PSG affichaient des moyennes plus élevées. 

Le graphique ci-dessous, qui compare ses passes longues tentées par match à celles des experts actuels du poste, confirme son extrême frilosité dans cet exercice (1.1 passe longue par match contre 4.4 en moyenne pour le Top 10) mais aussi, et ceci expliquant peut-être cela, son manque de réussite dans ce domaine (seuls deux joueurs de notre panel ont un moins bon taux de réussite que lui). Ses moyennes en carrière (1.8 par match à 51 % de réussite) sont légèrement supérieures mais restent très éloignées des standards européens et des besoins du PSG. 

Pas un bon centreur

Le nombre de centres réussis par rencontre constitue, avec le jeu long, un des points faibles récurrents du PSG ces dernières années. Compte tenu des « prouesses » de Kurzawa en la matière l’an passé, l’arrivée de Juan Bernat était particulièrement attendue et scrutée de ce point de vue. Malheureusement, là aussi, le constat, à ce state de la saison, n’est pas favorable à l’Espagnol. Avec une moyenne de 2 centres tentés par match pour un famélique 17 % de réussite, il est en effet dans la lignée des stats du Kurzawa cuvée 2017-2018 (15.4 %). Ce n’est cependant pas une surprise puisque ses stats en carrière indiquaient déjà que cet exercice n’était pas à proprement parler son point fort.

Le graphique ci-dessus met à la fois en évidence le faible volume de centres tentés (maximum 2.4 par match en 2016-2017) mais aussi et surtout ses difficultés à trouver un partenaire à la réception, tout particulièrement en 2018-2019 alors qu’il était en progression saison après saison. 

La comparaison avec les anciens titulaires du poste au PSG traduit de manière assez nette les insuffisances du petit Espagnol (1.70 m) dans cet exercice.

Des six derniers arrières gauches du PSG, il est donc, pour le moment, celui qui tente le moins de centres par rencontre. Surtout, sa réussite dans ce domaine, élément clé du rôle du latéral, le situe au niveau de Berchiche et Digne et à des « kilomètres » de la référence Maxwell (31.5 %). Pour enfoncer le clou, on mettra en parallèle son taux de succès aux centres (16.7 %) avec ceux de ce début de saison 2018-2019 de Marcelo (32.4 %) ou Tagliafico (32.8 %) …

Le bilan provisoire des performances offensives de Bernat en Ligue 1 est donc clairement insuffisant. La présence de Neymar, et parfois de Mbappé, dans son couloir ne bonifie pas ses prestations. Elle aurait même tendance à réduire son champ d’action tant les deux compères de l’attaque parisienne monopolisent le ballon. Il y a clairement de ce point de vue un axe de progression majeur pour Thomas Tuchel afin que Juan Bernat puisse bénéficier des décalages créés par Neymar et ainsi davantage exprimer ses capacités offensives. Charge alors au râblé Espagnol de montrer qu’il est capable d’élever son niveau de jeu, dans les centres notamment, même si ses stats en carrière restent finalement assez quelconques dans le domaine offensif.

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