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Sergio Ramos peut-il jouer défenseur central droit ?

Publié le jeudi 29 juillet 2021 à 18:56 par Victor Lefaucheux
Recrue parisienne la plus médiatique de l'été, Sergio Ramos n'a pas encore joué sous ses nouvelles couleurs mais son utilisation au sein du PSG de Mauricio Pochettino pose déjà question : après avoir joué pendant près de 10 ans dans l'axe gauche de la défense à quatre du Real Madrid, sera-t-il en mesure de jouer dans l'axe droit ou au sein d'une défense à trois ?
  • Arrivé en star, Sergio Ramos vient fortement concurrencer la charnière Kimpembe – Marquinhos
  • La question de la défense à 3 se pose, alors que l’axe gauche est désormais trusté par 3 joueurs
  • Depuis son passage dans l’axe à Madrid (2011) il n’a quasiment joué qu’axe gauche
  • Analyse des enjeux d’un éventuel changement de côté, et/ou d’une défense à 3

Dix saisons quasi-exclusivement central gauche à Madrid

Arrivé au Real en 2005, Sergio Ramos évolue axe gauche depuis 2011, repositionné par Jose Mourinho. Depuis, il n’a joué axe droit que de façon extrêmement épisodique en club.

En stat, depuis septembre 2015, (source wyscout), voici ce que cela donne :

Défenseur central droit d’une défense à 4 :

  • 1 fois en C1
  • 1 fois en Coupe du Roi
  • Jamais en Liga

Défenseur central axial d’une défense à 3 :

  • 2 fois en C1 (Atalanta retour et Chelsea retour l’an dernier)
  • 3 fois en Liga

7 matchs, pour aucun clean sheet.

L’accordéon de Zidane, cauchemar de Koke et Griezmann

Avec 4 Champions à son actif en tant que central gauche, inutile d’aller chercher bien loin pour démontrer l’aisance de l’Andalou à ce poste.

Associé à Pepe puis à Varane entre 2011 et 2021, il a montré sa capacité à maitriser les situations défensives les plus déséquilibrées, dans un effectif où les profils travailleurs n’étaient pas légion. Sous Zidane, Kroos était plus ou moins milieu gauche sans ballon, sur un côté ou CR7 était relativement exempt de pressing.

La charnière franco-espagnole a souvent dû gérer la profondeur face à des adversaires libres (et capables) de jouer vers l’avant.

Müller décroche entre les lignes, Ramos n’a pas d’autre choix que d’aller le cadrer

Pourtant, mise à part la défaite sans conséquence (2-1, après le 3-0 de l’aller) face à l’Atletico en 2017, la paire Varane – Ramos n’a véritablement chuté qu’une seule fois en plus de 50 matches européens, face au City de Guardiola, en 2020.

Alerte et athlétique, Ramos se distingue par sa capacité à défendre devant à lui, comme à gérer l’espace dans son dos. Capable d’intervenir sur les créatifs adverses entre les lignes, comme de gérer la profondeur, grâce à ses orientations souvent bien senties, et ses appuis véloces.

Le porteur du ballon est libre : Ramos doit gérer à la fois l’interligne et la profondeur (être capable de couvrir)

Son coup d’œil (on va y revenir) et son centre de gravité très bas lui permettent d’opérer avec justesse, au moment de choisir entre la sortie et le contrôle.

Face à des gauchers comme Griezmann ou Messi comme face à des relayeurs comme Koke ou Verratti, capables d'enchaîner très vite, et qui ne laissent pas le temps à la défense d’échanger leurs marquages (avec les milieux), le profil de Ramos s’est avéré déterminant pour le Real dans sa moisson de trophées entre 2014 et 2020.

Avec un style défensif moins identifiable, le Real a souvent fait mieux que les autres (Bayern, Barça) face – par exemple – à la profondeur de l’Atletico, qu’ils ont battu 4 fois de suite, dont deux en finale.

Le PSG d’Emery, le Bayern de Pep, le Bayern d’Ancelotti, le Napoli de Sarri, la Juve d’Allegri sont autant d’équipes que le Real a su contenir et vaincre avec Ramos central gauche.

Seul hic dans le contexte parisien : toutes ces performances ont été accomplies en tant que central gauche d’une défense à 4.

Une configuration qui – à Paris – signifierait un gros embouteillage sur le poste, avec Kimpembe et Diallo. Précipitant l’option de la défense à 3 ?

Œil directeur et orientation : ce qui change à droite / dans un back 3

Rappel logique : lorsqu’un défenseur joue central-axe d’une défense à 3, il est automatiquement central droit lorsque le ballon est à droite, et que la défense coulisse. Il devient central gauche quand la défense coulisse de l’autre côté. Même en jouant central-central, Ramos est central droit la « moitié » du temps

Positions moyennes du Real, en 3-1-4-2 face à Chelsea. Ramos (dans l’axe avec le numéro 4) aux côtés de Militao et Nacho

Ci-dessous une brève définition du concept d’œil directeur, extrait d’un reportage de Canal Plus sur les préférences motrices.

Comme on le voit dans cet extrait, l’œil directeur est celui qui voit le plus vite le danger, même avec un champ de vision limité.

Aligné central-central de la défense à 3 face à Chelsea en demi l’an dernier, Ramos s’est montré inhabituellement peu à l’aise face au dynamisme des Londoniens. Le Real a logiquement cédé, débordé par la verticalité des Blues.

D’aucuns invoqueront le niveau physique d’un joueur de 35 ans qui revenait de blessure. L’issue d’un match est toujours la convergence de multiples facteurs.

L’œil directeur de Sergio Ramos est le droit : il a beaucoup plus confiance en son œil droit qu’en son œil gauche. Essayons ici d’analyser la façon dont il gère son « œil faible » selon qu’il défend à gauche ou à droite de son bloc.

A gauche :

  • Quand Ramos joue central gauche, il s’oriente très fréquemment vers sa gauche (à lui), sacrifiant ainsi sa droite (à lui), un côté de sa vision où il peut prendre les infos très rapidement (il est à l’aise, c’est son côté fort)

  • Ainsi, il couvre (avec son corps) les côtés par lesquels il pourrait être débordé par le dribble ou la passe/le centre.
  • Son corps bouche l’axe ballon-but : il couvre le danger le plus immédiat.
  • Il invite quasiment l’attaquant à jouer intérieur, que ce soit par la passe ou le dribble

Ci-dessus, la perspective de laisser Mbappe passer l’épaule est très dangereuse. Ramos met son corps en opposition, comme face à un éventuel centre au cordeau / au 2e poteau du Français.

Il a confiance dans son œil directeur (le droit) pour réagir vite si on essaie de le déborder par l’intérieur.

Même chose ici face à Di Maria, même s’il est gaucher :

Ramos ne peut pas le laisser frapper, ni même offrir le crochet extérieur. Il ferme l’axe-ballon but, et intervient avec son pied droit : il compte sur ses réflexes côté œil directeur.

Ça fonctionne : dans ces deux situations, le corps bouche le côté faible, en misant sur la réactivité du côté fort pour intercepter / intervenir : pendant que je ne vois pas, mon corps bouche le danger le plus immédiat.

C’est ainsi que Ramos construit son contrôle côté gauche.

A droite :

  • Quand Ramos joue DC droit, il s’oriente de la même façon, en tournant ses épaules (de façon presque exagérée) vers le côté extérieur, sa droite, (à lui)
  • Cette fois-ci, le côté sacrifié est le côté faible : sa gauche (à lui)

Sur cette séquence, Ramos est débordé par Werner, pourtant sur son côté fort. Le côté de son œil directeur.

  • On remarque qu’il est beaucoup moins à l’aise : il n’ose plus ouvrir de l’espace sur son « côté sacrifié » (en l’occurrence sa gauche)

  • Du coup il en laisse beaucoup plus sur sa droite, par une sorte de compensation

Werner passe l’épaule et – image rare - Ramos perd ses appuis et tombe à la renverse.

Autre situation, ce centre au cordeau dangereux de Mason Mount :

Sur cette séquence, on remarque que le centre au cordeau « passe », alors que Ramos mise sur son corps pour couper le centre en retrait.

Là encore, on ne retrouve pas l’aisance décrite plus haut côté gauche, avec le corps sur le côté faible.

Le contraste avec les séquences évoquées plus haut face est clair. Aligné à droite, Ramos n’a plus la confiance nécessaire pour boucher les centres au cordeau avec son corps. Il préfère boucher ce qui est sur son côté faible. Il sort donc de l’axe ballon-but.

Le ballon passe et Courtois doit intervenir. Werner est caché dans le côté faible de Ramos. On remarque sur la video qu’il n’y a pas les prises d’info furtives qui existent côté fort. Ramos ne sait pas où est Werner.

Quelques secondes plus tôt, on voit bien la différence avec Ramos central gauche : il invite tranquillement Werner à attaquer son dos (côté fort), se sachant capable d’intervenir. Ainsi, il gère Havertz sur sa gauche (côté faible)

Le temps de jeu en entier avec les deux séquences (Ramos à gauche puis à droite) :

Autre action, ce centre de Chilwell qui passe, pour le but hors-jeu de Werner :

Sur cette séquence, le but de Werner est refusé pour hors-jeu, mais on sent bien que le Real n’est pas en maitrise.

Alors qu’il court vers son but en position de DC droit, Ramos a perdu Werner de vue.

N’étant pas certain d’une éventuelle position de hors-jeu de Werner, alors que Chilwell a le champ, le temps, et la qualité pour enchaîner, Ramos devrait logiquement choisir de reculer, pour couper la passe / fermer l’espace en profondeur.

Il abandonnerait l’option du hors-jeu, mais permettrait de réduire un maximum la zone de centre à atteindre pour Chilwell.

Or, on sent bien qu’il n’ose pas prendre ce parti, en plus du retard qu’il a déjà.

Certainement par peur d’être pris par un ballon en retrait. Dans un espace qu’il ne voit pas non-plus, du côté de son œil faible.

Orienté vers sa gauche, alors qu’il est tourné vers sa profondeur « à lui », Ramos n’ose pas checker furtivement son côté fort (le droit), trop anxieux de perdre l’info côté faible (chez Chilwell).

Il choisit « à l’aveugle » de rester aligné pour mettre Werner hors-jeu. Ça passe, mais l’équilibre est précaire et le Real est partiellement déséquilibré. Il cédera 8 minutes plus tard.

Toujours est-il que dans cette position de central-central (donc central droit quand Chelsea passe à gauche), Ramos aura passé l’une de ses pires soirées européennes. Peut-être la pire en tant que central.

D’ailleurs, ce but hors-jeu fait écho à celui bel et bien concédé en sélection face à l’Allemagne en Ligue des Nations, avec Ramos axial droit. Cette fois-ci, c’est dans la zone du centre en retrait que Ramos a un temps de retard.

On peut d’ailleurs noter qu’avec Laporte et Pau Torres, Luis Enrique avait – même sans Ramos – un poste de DC gauche surchargé (il a aligné les deux plusieurs fois lors de l’Euro)…

En 2017, Ramos avait évolué central-central d’une défense à 3 lors d’une défaite face au Séville de Sampaoli.

Sur le but vainqueur, on voit clairement son incapacité à prendre l’info sur l’appel de Vietto sur sa gauche :

Ramos cède, et priorise de protéger avec son corps ce qu’il ne voit pas.

Le porteur (Jovetic) profite de la sortie de Ramos de l’axe ballon-but pour allumer Navas :

Ajustements nécessaires

A 35 ans, après dix saisons passées à jouer exclusivement central gauche dans un back 4, on peut s’interroger sur la capacité de SR4 à bouleverser des préférences motrices ancrées et éprouvées au plus haut niveau avec des succès colossaux.

Au Real, il a souvent masqué les manques défensifs (naturels, par son profil) de Marcelo. Même si celui-ci avait également un rôle à jouer dans la tenue de la profondeur. Aligné à droite d’une défense à 4, c’est le très offensif Hakimi que Ramos devrait couvrir.

Victor Lefaucheux / PremiereTouche.com

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