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PSG/Manchester United (1-2), les dysfonctionnements tactiques parisiens analysés

Publié le jeudi 22 octobre 2020 à 23:30 par Simon Piotr
Organisé en 4-3-3 contre le 5-2-1-2 de Manchester United, le PSG n'a pas su se montrer au niveau technique que requiert une rencontre de Ligue des champions. Face à un adversaire qui a fait peu d’erreurs et a profité de sa force sur les transitions, les hommes de Tuchel ont été renvoyés à leurs doutes qu’on croyait évacués par le parcours de l’été dernier.

Une absence de maîtrise avec le ballon

Comme le laissait présager une composition dictée par les disponibilités du moment plutôt que par la recherche du onze idéal, les Parisiens ont montré énormément de difficulté à relancer, manoeuvrer le bloc adverse, contrôler le rythme du match, et créer du danger. Tuchel a mis en place une équipe en 4-3-3 avec un milieu plus travailleur que talentueux composé de Danilo, Gueye et Herrera. Face à ce déficit de technique au milieu de terrain (Verratti et Paredes blessés, Rafinha trop juste pour débuter), la responsabilité du jeu offensif parisien reposait dans les pieds du trio d’attaque Neymar-Di Maria-Mbappé ainsi que dans l’apport des deux latéraux, Kurzawa et Florenzi, au profil forcément porté vers l’avant. 

Mais comment bien attaquer lorsque l’on a des difficultés à sortir le ballon ? 

Malgré 58 % de possession en première mi-temps, la relance parisienne a dû subir le pressing de United, pas forcément des enchaînements de vagues très étouffantes, mais un pressing très intelligent dans son organisation. En effet, le 5-2-1-2 de United faisait effet miroir avec le 4-3-3 parisien, ce qui suppose une mise à l’épreuve des capacités techniques des uns et des autres puisque le porteur est systématiquement susceptible de se faire attaquer. 

L’organisation mancunienne ne laisse pas beaucoup de marge de manoeuvre au PSG. Toutes les solutions courtes sont sous contrôle, notamment avec des orientations assez individuelles au milieu de terrain et les pistons de United sont prêts à vite sortir sur les latéraux parisiens. 
Di Maria tente bien de se recentrer pour devenir le dix du système, mais la pauvreté technique parisienne ne permet même pas de le toucher. Par dessus le marché, le double pivot de United gère bien ses déplacements en n'hésitant pas à lâcher les relayeurs parisiens pour se rapprocher de l’Argentin. 

Sans joueur pour anesthésier le pressing adverse (Verratti/Rafinha) ou trouver la profondeur par la passe (Paredes/Verratti), le PSG a dû subir de plein fouet l’organisation adverse. Si le ballon n’est pas forcément rendu directement dans des zones dangereuses, il est très difficile de trouver un homme libre face au jeu pour progresser sereinement vers le camp adverse. Preuve de cette fébrilité technique, le PSG ne réussit que 83 % de ses passes en première mi-temps, très loin de ses standards habituels. Cet écueil tactique a provoqué l’impatience de Neymar qui s’est mis à décrocher pour toucher le ballon. 

Un manque de solutions offensives

S’il est très difficile de contrôler la liberté du fantasque brésilien sur le terrain, sa tendance à se rapprocher de la relance est bien plus prononcée lorsque le jeu parisien se retrouve paralysé. Comme face à Dortmund à l’extérieur où le même trio Neymar-Mbappé-Di Maria est aligné avec le génie français en pointe, Neymar se retrouve esseulé, et ne se montre pas toujours très lucide ni créatif dans ses choix malgré 3 dribbles réussis sur 5 dans le camp adverse en première mi-temps. Malgré ça, il aurait même pu permettre aux Parisiens de prendre l’avantage tôt et d’écrire un scénario de match différent.

À la 11e minute, une percée individuelle de Neymar bien accompagnée par ses partenaires permet de décaler Di Maria, dont le tir enroulé aux vingt mètres est repoussé par De Gea. Sur le corner suivant cette tentative, le centre de Mbappé trouve le pied droit de Kurzawa à bout portant, mais le latéral voit De Gea s’interposer pratiquement par miracle. Un premier tournant dans le match.

Le fait de se priver d’un attaquant capable d’occuper la surface (Kean sur le banc, Icardi blessé) signifiait que les Parisiens devaient miser avant tout sur la mobilité et la capacité de déséquilibre et de menace de la profondeur de leur ligne offensive. Mais même à ce niveau là, les attaquants du PSG paraissent assez émoussés physiquement, rendant l’attaque apathique (en plus du peu de ballons à exploiter dû aux difficultés de la relance). Cela s’est notamment vu dans le manque de disponibilité dans la profondeur et de tranchant dans les transitions. 

Le PSG exploite mal la profondeur, la défense centrale de United en contrôle

Comme cela s’est vu lors du Final 8 de Ligue des champions, le trio offensif Neymar-Mbappé-Di Maria est intéressant pour l’électricité et la capacité de déséquilibre qu’il peut engendrer. En revanche, en si petite forme, peu aidé et face à une défense intraitable, le trio a montré des limites claires. Mbappé notamment, a fui ses responsabilités d’attaquant de pointe pour jouer comme il l’aurait fait aux côtés d’un vrai attaquant. Problématique sans neuf sur le terrain. Par exemple, il a très souvent joué uniquement orienté vers Neymar en le cherchant dans le petit jeu plutôt que de donner des solutions dans l’espace comme il sait le faire.

Mbappé s’oriente vers Neymar et demande le ballon dans les pieds alors que la situation, avec le Brésilien non-cadré, aurait pu inviter à faire un appel vers le but puisque la ligne défensive est à presque 35 mètres de sa cage. 

Même chose ici, le Français décroche et vient chercher Neymar pour combiner au lieu de peser sur la défense ou de menacer la profondeur. McTominay couvre la ligne de passe, Neymar doit forcer le passage balle au pied sans espace et l’action n’aboutit à rien. 

Le PSG finit bien par jouer quelques ballons dans le dos de la défense, mais plus par dépit qu’autre chose, et entre les pieds voilés d’Herrera ou Danilo et les hors-jeux de Di Maria et Neymar, les résultats ne sont pas vraiment concluants. On peut toutefois imaginer que la forme physique précaire des uns et des autres n’ait pas encouragé les offensifs à faire énormément d’appels, forcément très énergivores et aux chances de succès limitées vu les qualités de distribution des milieux de terrain titulaires. 

Les déplacements de Mbappé sont problématiques sur les transitions également. En faisant systématiquement des déplacements intérieur-extérieur, Mbappé ne donne pas de solutions suffisamment proches du but, et perd même le défi physique avec Wan-Bissaka plusieurs fois lorsqu’il tente des appels dans sa zone. Le latéral mancunien réussit à corriger ces situations, même la plus intéressante en deuxième mi-temps quand Mbappé se décide enfin à faire un appel vers le but adverse.

Mbappé et Di Maria excentrés, Neymar ne parvient pas à s’en sortir face à tant d’adversaires.

Régulièrement jouées en sous-nombre voire mal jouées tout court, les transitions parisiennes ne peuvent pas inquiéter les Mancuniens comme elles devraient le faire. Les hommes de Solskjær se montrent sérieux dans le repli et intraitables dans les interventions, frustrant constamment les attaquants parisiens. À noter le confort relatif avec lequel ils peuvent défendre puisque la surface est très mal occupée par des joueurs parisiens allergiques à la zone de vérité par moment. À la mi-temps, le PSG ne compte même que deux tentatives dans la surface adverse.

Les ajustements de la mi-temps: retour aux fondamentaux trop tardif pour le PSG

Au retour des vestiaires, le PSG modifie sa structure avec Gueye, blessé, remplacé par Moise Kean. Le PSG passe donc en 4-4-2 (ou 4-2-3-1 selon les inversions de poste de Neymar et Mbappé), la structure à quatre attaquants que l’équipe connaît bien. Au-delà de cet ajustement qui permet de retrouver de la rationalité avec un joueur fixe dans la surface laissant libre cours à l'expression de Neymar et Mbappé, le PSG appuie sur l’accélérateur pour revenir au score. 

Malgré un déchet toujours trop présent et un milieu absent techniquement, ce regain d’intensité permet à Paris d’assiéger la surface adverse. United finit par craquer sur corner avec Martial qui catapulte le centre de Neymar dans ses propres filets. 

Structure évolutive avec Mbappé qui repasse dans l’axe avant l’heure de jeu. Puis même parfois côté droit après la 60e minute.

Après l’égalisation, le match s’emballe avec des transitions qui s’enchaînent d’un bout à l’autre du terrain. United aurait pu sortir plus tôt vainqueur de cette partie de ping-pong avec des situations très chaudes sauvées par Diallo ou Danilo notamment. À ce petit jeu le PSG montre quant à lui trop de limites avec des attaquants bouillis physiquement et Neymar qui est totalement sorti de son match en rendant énormément de ballons à l’adversaire.

Malgré quelques situations sporadiques, le PSG a manqué de continuité pour pouvoir créer des temps forts de meilleure facture et faire peser la menace sur la cage de De Gea. Alors qu’il a été mené une partie du match et devait s’imposer à domicile, Paris n’a tiré que 14 fois au but pour 5 frappes cadrées, alors que United a tiré 15 fois pour 6 tirs cadrés, Rashford scellant d’ailleurs le sort du match d’une belle frappe à la 87e minute. 

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