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L'animation défensive de l’Atalanta décryptée : agressivité et densité dans un système atypique

Publié le mardi 11 août 2020 à 11:10 par Victor Lefaucheux
Futur adversaire du PSG en Ligue des Champions, l'Atalanta Bergame est une équipe qui « ne joue comme aucune autre » avait récemment expliqué l'entraîneur parisien Thomas Tuchel. Le blog tactique PremiereTouche.com s'est penché sur l'animation défensive des troupes de Gian Piero Gasperini.
  • En phase défensive, Gasperini adopte un système atypique : le 5-2-1-2
  • L’Atalanta défend à mi-chemin entre l’individuelle et la zone
  • Avec la responsabilisation et l’agressivité inhérentes à l’individuelle
  • Et la densité autour du ballon, inhérente à la zone

Dans cet article, nous détaillerons le système et l’animation défensive de l’Atalanta à travers 5 points :

  • Le rôle des attaquants et des milieux axiaux
  • Le rôle des latéraux
  • Le rôle des centraux
  • Les différences entre le bloc médian haut et le bloc médian bas
  • Les approches choisies par ceux qui sont parvenus à les déséquilibrer

Une pression totale sur la sortie de balle adverse

La Dea pratique un marquage individuel sur tous les joueurs adverses impliqués dans la sortie de balle. Il n’y a jamais de « +1 » pour l’adversaire, et donc jamais d’homme libre, si ce n’est le gardien.

Face à 2 centraux et 2 milieux axiaux, 4 joueurs seront mobilisés : Les 2 attaquants + le 10 (Gomez ou Pasalic) + l’un des deux milieux centraux (Freuler ou De Roon).

Pression totale (4v4) sur la sortie de balle de la Juve

Quelques points à noter :

  • Le relayeur côté opposé marque son vis-vis côté opposé : soit le relayeur opposé, face à un 4-3-3 (De Roon sur Matuidi dans le schéma ci-dessous).
  • Soit le 10, face à un 4-2-3-1/4-2-1-3. Si Neymar est le chef d’orchestre d’un 4-2-3-1/4-2-1-3, De Roon sera sûrement à son marquage exclusif.
  • Tous les joueurs qui décrochent dans l’axe sont marqués agressivement, avec l’idée de les empêcher de se tourner pour jouer vers l’avant.
  • Si Paris joue en 4-3-3 avec Neymar ailier gauche, Toloi devrait être le préposé à son marquage.
  • Les latéraux adverses étant (temporairement) libres, l’attaquant côté ballon de l’Atalanta courbe son pressing pour couper la passe vers le latéral tout en isolant le central en possession.

Cuadrado envoie le ballon vers Bonucci

Ilicic a courbé son appel pour couper la passe vers Alex Sandro

Mais l’Atalanta ne se contente pas d’un marquage individuel :

  • Dès qu’un adversaire est servi dos au but, les joueurs bergamasques autour de lui « lâchent » leurs marquages respectifs pour venir produire une prise à 2 ou 3 sur le porteur.
  • Tout en coupant la ligne de passe vers « leur » joueur.

Entré à la place de Freuler, Tameze intervient de façon décisive dans les pieds de Rabiot (servi dans les pieds par Bonucci), et vole le ballon qui amène le second but bergamasque.

Dans la dernière séquence de la vidéo ci-dessous, on s’aperçoit que Muriel (attaquant gauche), prêt à cadrer De Ligt (défenseur central droit) prend également soin de couper la passe vers Cuadrado. Pour les attaquants, comme pour les autres, le ballon est aussi un repère.

Le rôle des latéraux : cadrer le porteur / densifier à l’opposé

Les latéraux adverses sont les joueurs les plus libres :

Tous les joueurs axiaux sont marqués individuellement. A priori, il n’y a pas de supériorité numérique dans l’axe pour l’Atalanta. Donc pas de couverture derrière, où les centraux sont également chacun en un contre un.

Les latéraux de Gasperini font la différence pour éviter que l’égalité numérique devant ne produise une égalité numérique derrière :

  • Le latéral côté ballon sort cadrer le latéral adverse sur le temps de passe.
  • A mesure qu’il se déplace vers le ballon, le latéral opposé resserre.
  • C’est lui, + le défenseur central opposé qui produisent un « +1 » derrière, une supériorité nécessaire, car la défense n’hésite pas à monter d’un cran lorsqu’elle en a l’occasion.

Ci dessus le pressing haut de l’Atalanta face à la Juve : Dans l’axe, c’est du 1 contre 1 partout. Côté ballon, on sort sur le temps de passe. Dans le halfspace opposé c’est le latéral opposé (Hateboer), qui vient apporter de la densité pour aider à contrôler la profondeur. Si Szczesny va chercher Danilo, Hateboer va sortir et c’est Castagne qui viendra densifier.

Le rôle des centraux : responsabilisation + couverture mutuelle :

Le latéral opposé qui resserre n’est pas le seul moyen par lequel les Bergamasques arrivent à créer les conditions de la couverture, lorsqu’ils déclenchent leur pressing haut.

  • On l’a vu avec Palomino contre Dybala : chaque attaquant adverse qui décroche est traqué par le DC le plus proche. Jusqu’à la surface adverse s’il le faut, à moins qu’il ne soit récupérable par un coéquipier.
  • Les autres centraux ont les mêmes prérogatives (on le voit ci-dessus avec Toloi et Djimsiti) : quand l’adversaire sort le ballon, ils marquent individuellement chaque attaquant le plus proche, en sachant que le soutien va arriver en cas de service dans les pieds.

Sur l’image ci-dessus, Guedes (attaquant axe gauche) est récupéré par Palomino (défenseur central gauche pour le coup) dans son décrochage, alors qu’il dézonne. On constate que Toloi (DC droit) fait de même avec Carlos Soler (ailier gauche) qui a attaqué sa zone.

Hateboer vient densifier côté opposé. Quand Palomino sort sur Guedes, c’est le latéral hollandais qui crée un 3v2 face à Gomez (hors-champ dans la vidéo) et Soler. Si Gomez est trouvé en profondeur, Caldara sera couvert par Toloi, lui-même couvert par Hateboer.

Ce schéma correspond au pressing qui précède l’ouverture du score face à Valence en huitième de finale aller.

  • Les centraux n’ont pas d’adversaire pré-établi. Ils traquent celui qui se présente face à eux. En bloc haut, forcément un attaquant, vu que tous les autre joueurs sont marqués individuellement.
  • Il n’y a pas de libero. Chaque joueur est le libero de son voisin s’il est en situation de duel, dans les pieds ou dans la profondeur.

D’ailleurs on voit sur l’interception de Tameze, que Bonucci cherche à toucher ses attaquants, mais que Djimsiti, Caldara et Toloi ne lâchent pas CR7, Higuain et Douglas Costa.

Le Français joue d’abord l’interception, avant de gicler sur Rabiot sur le temps de passe. L’espace d’un instant, c’est lui qui a aidé ses défenseurs centraux. Si Higuain avait été servi dans les pieds, Caldara l’aurait contenu, attendant que la couverture vienne d’ailleurs. L’Atalanta ne défend pas « à l’ancienne ». Tout le monde est le libéro.

Bonucci est privé de solution par Tameze et Muriel qui essaient aussi d’intercepter une éventuelle passe dangereuse vers l’axe ou le latéral, en plus des marquages. Le piège se referme et l’Italien choisit Rabiot par défaut. Le Français sera dépossédé du ballon par son compatriote.

Des rôles différents en bloc médian / bas :

Les latéraux, comme les centraux, n’ont pas le même rôle en bloc haut qu’en bloc médian/bas :

  • Si l’adversaire a sécurisé sa possession dans le camp adverse, les latéraux de l’Atalanta s’occupent des ailiers (ou du moins des joueurs qui occupent les couloirs).

En bloc médian / bas, on a vu face à la Juve que Castagne était mobilisé par Bernardeschi, ce qui offrait une certaine liberté à Cuadrado balle au pied.

  • En phase de repli / de bloc médian bas, les centraux de l’Atalanta n’ont plus de joueurs attitrés : ils sortent spontanément sur le joueur qui vient entre les lignes dans leur zone, que ce soit un attaquant ou non.
  • Ils savent aussi que Freuler et De Roon sont prêts à les aider, si un joueur attaque la profondeur sans être récupérable.
  •  On constate d’ailleurs que l’Atalanta finit souvent ses séquences défensives en 6-2-2, sans avoir beaucoup de structure, sans pour autant être déséquilibrée.
  • A ce moment-là, la capacité des centraux à scléroser les contres de l’Atalanta par des marquages préventifs est primordiale.

C’est très clair dans cette séquence face à Manchester City. Le bloc perd sa structure, mais les hommes de Gasperini restent à l’aise face au jeu de position « traditionnel » de Guardiola.

Pistes d’adaptation en phase offensive :

Mobiliser le latéral de l’Atalanta pour libérer un latéral en possession

Si un ailier occupe la largeur alors que l’adversaire a sécurisé sa possession dans le camp adverse, le latéral de l’Atalanta ira marquer l’ailier. Et là, le latéral adverse sera libre face au jeu, le temps de quelques appuis.

Cette situation s’est souvent produite face à la Juve : quand les Turinois trouvaient un circuit pour aller d’un latéral à l’autre, notamment pour Cuadrado, le Colombien se trouvait libre face au jeu. Bernardeschi collait la ligne comme un ailier droit, et c’est lui que Castagne (arrière gauche) marquait individuellement.

A ce moment-là, pendant un court instant l’Atalanta ne réunit pas vraiment les conditions pour contrôler la profondeur dans de bonnes conditions.

Le Colombien n’a pas pu enchainer / prendre les infos dans la profondeur assez vite. S’il s’en était montré capable, il aurait pu trouver Dybala ou Ronaldo dans la profondeur, en comptant sur des courses complémentaires / des décrochages.

Il n’est pas interdit de penser que la Juve avait travaillé ce circuit pour arriver à cette situation.

Créer des égalités numériques sur de petits périmètres :

Les Parisiens l’ont déjà fait sous Tuchel, notamment contre Galatasaray avec le duo Mbappé – Icardi, ou contre Liverpool du temps de Cavani : en multipliant les appels sur une zone réduite, ils pourraient mettre les DC de l’Atalanta dans la difficulté, en leur donnant deux taches en même temps :

  • Sortir cadrer temps de passe un joueur / récupérer celui qui décroche.
  • Devoir couvrir le coéquipier qui va se trouver en 1v1 dans la profondeur.

On le voit sur la séquence où Cuadrado est libre : quand Palomino et Djimsiti doivent gérer Ronaldo et Dybala à 2v2, il y a forcément moyen d’aller chercher un 1v1 dans la profondeur. Aux Parisiens de créer cette situation, par la justesse et le timing.

Trouver lancés les joueurs censés être joints dans les pieds sur la sortie de balle :

On l’a vu dans le pressing haut : les hommes de Gasperini essaient de couper les passes lorsqu’ils tentent des prises à 2 ou 3. Forcément, le joueur isolé va sortir du champ de vision de celui qui le « lâche » pour produire la prise à 2 sur le porteur.

A ce moment, sortir de la ligne de passe, en n’étant plus dans le champ de vision de son adversaire direct peut casser le pressing de l’Atalanta. On le voit aussi avec Kondogbia et Parejo sur la séquence face à Valence.

Guedes cadré, Kondogbia et Parejo sortent intelligement des lignes de passes coupées par De Roon et Pasalic. A ce moment, ils ne sont plus dans leur champ de vision.

Face à la Juve aussi, on a vu certaines asymétries qui auraient pu permettre – et on parfois permis – aux Turinois de se sortir de ces situations de pressing.

Le début de match face à la Lazio (0-2 après 10′) illustre bien cette possibilité. On voit sur la séquence ci-dessous de nombreux joueurs censés être servis dans les pieds, aller dans le dos de leur adversaire direct. Notamment Acerbi, le central central de la defense à 3.

Les Romains atteignent leur objectif et font courir l’Atalanta vers son but.

Les centraux peuvent étendre de longues passes au sol, mais à une condition : jouer en déviation. Ça semblait être le plan de la Spal, qui avait battu l’Atalanta chez elle en utilisant ce procédé.

Là encore, on voit que c’est dans le dos de Djimsiti que l’appel qui fait la différence se fait. Au moment où l’Albanais va prêter main forte à Caldara, sorti cadrer.

Adaptation nécessaire

Entraineur expérimenté, Gasperini a développé – et certainement corrigé – au fil des années un modèle défensif atypique, à mi-chemin entre la zone et l’individuelle.

Les Parisiens auront beaucoup de mal à atteindre le camp adverse avec un jeu de position stéréotypé, basé sur un changement de rythme tardif. Il sera intéressant de voir les ajustements qu’ils réaliseront pour casser le pressing de l’Atalanta, et s’ils réussiront à lui faire payer son approche audacieuse.

On verra aussi comment la Dea va gérer Neymar, et la créativité parfois inégalement répartie dans la relance du PSG. A commencer par son gardien, dont les pieds sont loin d’être un atout.

La dernière fois qu’une équipe avait isolé Verratti (donc Paredes mercredi) individuellement – ce que Dortmund n’avait étonnement pas du tout cherché à faire – c’était le FC Bruges en poules, et ça avait très bien marché au Parc. La capacité des Parisiens à se sortir du pressing est un enjeu intéressant et très incertain, surtout compte tenu des blessures.

Victor Lefaucheux / PremiereTouche.com

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