A la veille d'un PSG/Brest qui sera la dernière sortie de la saison au Parc des Princes, Luis Enrique était face à la presse et il a rappelé l'importance du match, ainsi que la sensation toujours particulière de jouer au Parc des Princes. Le coach parisien a aussi eu des mots positifs pour plusieurs joueurs de son effectif, dont Doué et Zaïre-Emery. Voici ses propos complets, retranscrits par nos soins.
Bon anniversaire avec un petit peu de retard. Une petite question sur Désiré Doué qui pourrait jouer son centième match avec le PSG demain. Si on analyse un peu ses données GPS depuis le début de la saison, on distingue notamment qu'il est parmi les meilleurs dans les distances parcourues par match, les courses à haute intensité, le nombre de pressions par match aussi. Est-ce que selon vous, c'est quelque chose qu'on ne met pas suffisamment en avant dans le jeu de Désiré Doué ?
« Désiré Doué est dans ce processus d'amélioration permanent »
« Bonjour et merci. Normalement, on a beaucoup d'informations sur les joueurs : informations physiques, techniques et statistiques. Mais je préfère souvent regarder la communication non verbale, qui donne normalement beaucoup d'informations. Après, on peut analyser les stats pour voir s'il court ou pas, s'il fait des actions plus ou moins notables. Je pense que Désiré Doué est un joueur très important pour nous, très jeune, mais avec beaucoup de qualités individuelles, techniques et physiques. Et nous cherchons à trouver la meilleure version de chaque joueur individuellement. Désiré Doué est dans ce processus d'amélioration permanent, parce qu'il est très mature, et on est très content de ce qu'il fait depuis le premier jour qu'il est arrivé ici. »
Quand on regarde un peu les temps de jeu aujourd'hui de votre équipe en Ligue 1, on se rend compte qu'il y a des joueurs qui jouent beaucoup moins en Ligue 1, Marquinhos et Dembele notamment, et d'autres qui jouent beaucoup, comme Vitinha et Paco, qui enchaînent la Ligue des champions et la Ligue 1. Est-ce que ces joueurs-là, comme Vitinha et Paco, ont des facultés physiques qui leur permettent d'enchaîner, ou vous êtes obligés de les faire jouer ?
« C'est très clair et facile à comprendre. Ce qu'on cherche à faire, c'est toujours la meilleure chose pour le joueur individuellement. Que tu joues ou pas, que tu joues moins ou plus, ça ne veut pas dire que tu es faible ni que tu es fort. Ça signifie qu’en ce moment, tu en as besoin parce que tu es en train de récupérer d’une blessure. Ou tu es fatigué parce que tu as fait de très longs voyages. Chaque cas est différent. C'est le Tetris dont je vous parle souvent : comment gérer à la fois l'importance de gagner les trois points en championnat, mais aussi la santé des joueurs. Et on a cherché à le faire tout le temps cette année en particulier, de faire les choses au mieux pour l'équipe. Il y a des différences entre les joueurs, mais je pense qu'on a très bien fait (les choses). Et on a pu contrôler aussi la charge de minutes des joueurs qui ont été davantage blessés que d’habitude, ou qui ont eu plus de problèmes. »
Pour revenir sur le match de Munich, on a vu que Matveï Safonov avait fait sept dégagements directs en touche, sans que ça provoque particulièrement d'agacement chez vous ou chez ses coéquipiers. Est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi c'était important, est-ce que c'était une consigne de votre part et pourquoi c'était important ?
« Ce qui est important, et ce que tous les supporters veulent, c'est que leur équipe gagne. Ils ne veulent pas savoir quand tu joues, si tu joues bien, si tu joues mal… Je pense que nos supporters aiment la manière dont nous jouons. Et après, à chaque match, on parle de détails, on parle de petites choses qui sont importantes. Je n'ai aucune intention de donner des informations aux adversaires, quel que soit l'adversaire. On cherche à jouer de la manière qui nous semble être la meilleure pour gagner le match.
« Que les petits détails soient plus jolis pour les journalistes ou pas, ça ne m’intéresse pas. »
Après, s’il faut juger le match qu'on a fait contre le Bayern de Munich, je suis très fier de ce que j'ai vu, de la manière dont on a lutté pendant tout le match. On a frappé (au but) à de nombreuses reprises dans le camp adverse. On a clairement cherché à gagner le match. C'est une fierté en tant qu'entraîneur de voir ce type de mentalité. On a tout fait pour gagner le match. C'est le plus important, et c'est ce qu'on a pensé être le mieux. Que les petits détails soient plus jolis pour les journalistes ou pas, ça ne m’intéresse pas. »
Depuis mercredi, il y a unanimité par rapport à vous et à votre staff avec cette qualification. Votre président a dit que vous étiez le meilleur entraîneur du monde. Pour les supporters, c'est la même chose. Ils veulent même faire une statue à votre effigie à côté du Parc des Princes. Comment vous percevez ça ? Et est-ce que ça vous donne encore plus envie de vous installer dans le temps au Paris Saint-Germain et donc de prolonger ?
« C'est très clair. Dès les premiers jours, j’ai eu le soutien du président, de la direction sportive et aussi des supporters. Ça a été clair, et facile. Peu importe les résultats, on a eu ce soutien. (Il sourit) Après, si on fait le même exercice avec la presse, c'est tellement différent… Mais j'aime ce type de relations (avec la presse). Aucun problème, je le comprends. Enfin voilà. La vie d'entraîneur, et c’est pareil pour mon staff, c'est toujours dur parce que quand tu gagnes des matchs, tu es très aimé. Et quand tu perds trois matchs consécutifs et tu es au sommet de la Tour Eiffel sur le point d’être poussé et de tomber. Voilà, c'est normal. C'est la vie de l'entraîneur. On comprend ça.
Mais c'est très beau, ce que j’aime le plus, c'est quand tu as la capacité par ton travail de rendre heureux les gens, les supporters parisiens. C'est une chose très particulière. En général, c'est très difficile d’arriver à ça dans son travail. C'est très positif et on en parle avec les joueurs, de cette capacité à faire ça dans notre travail. C'est très positif. »
Pour rester sur le match face au Bayern, Warren Zaïre-Emery a fait un très gros match face à Luis Diaz, il a été reconnu partout dans le monde pour son match. Finalement, où est-ce qu'il est meilleur ? Latéral droit ou milieu de terrain ?
« C'est incroyable, Warren. J'aime tellement ce joueur et cette personne incroyable »
« Il peut jouer partout. C'est incroyable, Warren. J'aime tellement ce joueur et cette personne incroyable. C'est un véritable exemple. Il joue partout, il joue tout le temps, il joue blessé… Incroyable ! Quel niveau… Peu importe où il joue, il est important pour l'équipe.
Je voudrais (en profiter pour) faire une petite parenthèse parce c’est important après un match comme celui qu’on a joué à Munich contre une top équipe. Ce que je revois et ce qui tourne (en boucle) dans ma tête, c'est cette image d’Upamecano et Ousmane Dembélé qui font une promenade après le match, les deux abrazados - je ne sais pas comment on dit en français [NDLR : bras dessus bras dessous] - pour montrer à tout le monde que dans le football, il n'y a pas que des perdants et des gagnants. C'est tout le contraire. Il faut savoir gagner et perdre. C'est normal dans le sport et dans la vie. Il faut montrer aux garçons et aux plus jeunes, que c'est important de savoir perdre et agir comme ça. Tu donnes tout, à 100%, et après tu dois accepter le résultat. Voilà, en voyant ce moment très spécial, j’ai tenu à évoquer Monsieur Upamecano et aussi Ousmane. Ousmane était plus content, c'est clair. Mais j'aimerais que ce soit le cas dans le sens inverse : peu importe la défaite, peu importe le match que tu perds, il faut montrer aux jeunes qu’il faut savoir perdre. C'est important. »
On entend beaucoup, souvent, les joueurs de ce PSG utiliser le mot de famille. Alors, j'imagine que ce n'est pas quelque chose de facile pour y arriver, comment travailler sur ça et quel est votre rôle dans cette construction ?
« Aucun. En tant qu'entraineur, je ne peux rien faire. Ça dépend de la qualité individuelle, de l'éducation de ces joueurs, de l'éducation qu'ils ont reçue de leur famille. En temps normal, les joueurs passent beaucoup de temps ensemble. Ça veut dire que tu vis des moments très particuliers pendant de nombreuses années. Ils s'appellent par « brother » ou par ces expressions qu’utilisent les jeunes. Mais c'est très positif. C'est un vrai plaisir de vivre ça et d'être dans cette petite famille, avec tous les gens qui forment le Paris Saint-Germain. Non seulement les joueurs, le staff, les intendants, mais aussi les docteurs et tous les gens qui autour du club, la sécurité. Tous les gens. On est content de cette petite famille. On est content de venir chaque jour s'entraîner, et travailler. C'est important pour obtenir des résultats. »
On a malheureusement appris que demain, il y aurait plusieurs blessés, dont Zaïre Emery, Willian Pacho, Mendes et les blessés des semaines précédentes. Que pouvez-vous nous dire sur ces états de blessure ? Est-ce que ces absences peuvent permettre à certains titis de monter dans le groupe, comme ça avait été le cas face à Lorient la semaine dernière ?
« Aucun joueur (qui figure) dans le point médical n'a de problème grave »
« Il y aura des titis dans l'équipe. Et j'espère qu'aucune des erreurs que pourrait faire un joueur, qu’il soit titi ou pro, ne sera critiquée de la même manière que l’a été Pierre [Mounguengue]. C'est catastrophique pour moi, qu’on puisse encore assister à cette situation dans ce genre de moments. Mais on en a parlé avec l'équipe, pour pouvoir être prêt. Voilà. Il y aura des titis demain mais aucun joueur (qui figure) dans le point médical n'a de problème grave. Mais il est clair que l'intensité de ce niveau, sur les deux derniers matchs, montre quel niveau d'intensité on a dû surmonter. C'est normal d'avoir des petits problèmes. Mais rien de grave dans le point médical. »
La fraîcheur physique, mentale, sera primordiale dans ces prochains jours. Vous allez jouer demain, vous allez jouer mercredi, vous allez encore jouer dimanche. Il y aura finalement assez peu d'entraînements, on imagine. Comment allez-vous gérer un peu tout ça, parce qu'on voit d'ailleurs qu'il y a aussi pas mal de blessés ?
« On verra demain le résultat. On veut gagner le match et on a encore besoin de trois points. Après, on verra quel est le scénario… Il est clair que pour arriver à la finale de la Champions League, qui est l'objectif le plus important, il faut avoir des minutes de compétition. Parce que la meilleure manière, c'est la compétition. Mais la compétition présente aussi des moments de risque qu’il faut évaluer. Il faudra encore faire un Tetris : chercher combien de minutes a besoin chaque joueur, de manière individuelle, et arriver à la finale dans des conditions positives. Je pense que le calendrier nous permet de faire ça. Et on est content que ce soit comme ça. »
On vous avait parlé il y a quelques jours de l'efficacité défensive avec les différents clean sheets que l'équipe avait pu avoir. Je voulais parler avec vous d'efficacité offensive cette fois. On s'aperçoit qu’Ousmane ou Kvara sont beaucoup plus efficaces, notamment Ousmane face à Liverpool et encore face au Bayern. Est-ce que c'est le fruit de plus de travail devant le but à l'entraînement ou pas du tout ?
« Quand tu vois la capacité que nos attaquants, nos milieux et nos latéraux ont à finir les actions... »
« On fait le travail habituel. Mais quand tu vois la capacité que nos attaquants, nos milieux et nos latéraux ont à finir les actions, tu te rends compte des qualités individuelles. Kvara a été incroyable, Ousmane a été incroyable, Désiré, Bradley… Tous les attaquants qui ont joué… Senny Mayulu aussi. Ça dépend évidemment de l'entraînement qu’on fait mais aussi de ceux qu’ils ont fait avant pendant de nombreuses années avant d'arriver ici. Mais chaque semaine nous cherchons à présenter des actions similaires à ce que l'on fait dans les matchs. Et c'est clair que tu es plus habitué à ce type de situations. Mais ça dépend de la capacité individuelle, principalement. »
Ma question est sur Brest, que vous allez affronter demain. La semaine dernière, Brest a perdu 4-0 face au Paris FC. Ils auront à cœur de rebondir. Vous parlez de récupération physique, mais il y a aussi la récupération mentale et émotionnelle. Quels sont les moyens, parce qu'on parle souvent de récupérer physiquement, mais pour un athlète de haut niveau, la charge mentale et émotionnelle est très importante et peut avoir un impact sur le physique. Quels sont les moyens que vous mettez en place pour libérer les joueurs de cette charge émotionnelle et mentale pour cette pression de gagner les matchs ?
« Normalement, quand on parle des matchs de Champions League, tout le monde parle du besoin de préparation physique. Mais le plus important, c'est arriver à être à 100% mentalement. Et si tu es mentalement frais, si tu es mentalement libre, c'est plus facile. Tu ne dois être préoccupé par aucun problème physique, par rien. Mais c'est comme ça, le football… Demain, je pense qu'il y aura deux grandes motivations. La première, c'est qu'on va jouer le dernier match au Parc de cette saison, et c'est important pour nous de finir de la meilleure manière. Et on peut pratiquement gagner le championnat si on gagne le match. Et il y aura aussi la motivation de jouer contre Brest, qui est une équipe qui n'a rien à gagner ni à perdre, parce que leur championnat est pratiquement fini.
« Pour tout joueur, quelle que soit l’équipe, jouer au Parc des Princes, jouer à Paris, c'est toujours spécial »
Mais ils auront l'envie de jouer au Parc des Princes, dans un stade différent. Et pour tout joueur, quelle que soit l’équipe, jouer au Parc des Princes, jouer à Paris, c'est toujours spécial. Ça représente une motivation supplémentaire pour eux. Et ce que nous cherchons à faire, c'est les deux choses dont je parle : gagner le championnat et jouer le dernier match au Parc. Je pense que c'est une motivation suffisante pour obtenir la meilleure performance de nos joueurs. »