A la veille de Paris FC/PSG, c'est un Luis Enrique déjà très tourné vers la finale du 30 mai contre Arsenal qui était en conférence de presse. L'entraîneur parisien semble déjà avoir beaucoup de choses en tête quant à la finale. Voici ses propos complets, retranscrits par nos soins.
Vous avez dit que ce troisième titre de champion avait été le plus dur à remporter pour vous depuis votre arrivée. Quelle est la chose que vous souhaitez valoriser et dont vous êtes le plus fier dans le parcours de vos joueurs dans cette saison qui a été quand même assez particulière ?
« “Particulière”, c'est un mot qu’on a, que j'ai, souvent utilisé. C'est vrai, ça a été particulier. Et ce dont je suis le plus heureux, c’est de la mentalité qu'on a montrée pendant toute la saison. La résilience, c'est un mot que j'aime. Et il en a fallu parce que Lens a fait du très bon boulot, c'est clair. Ils ont gagné beaucoup de matchs consécutifs et ils ont fait du très bon boulot. Ça a été la différence pour moi [NDLR : par rapport aux autres saisons]. »
Vous avez l'habitude de structurer les évaluations des joueurs par cycle. On a le sentiment que Bradley Barcola cette saison a vécu plusieurs cycles. Un très bon cycle où il vous a porté toute une partie de l'automne et de l'hiver, où il cumulait les buts, notamment en Ligue 1. Ensuite, ça a été un peu plus difficile depuis sa blessure, de la cheville, qu'il a connue le mois passé. Quel regard vous portez-vous sur sa saison globalement, et plus précisément depuis son retour de blessure ?
« Combien de fois un joueur joue une finale de Champions League ? Je n’en ai jamais joué en tant que joueur, jamais ! »
« (Il soupire) Ce n'est pas le moment de parler individuellement des joueurs. Notre équipe est concentrée sur ce dernier match qui est un match de Ligue 1 mais qui sert et qui est utile pour préparer la finale de la Champions League. Combien de fois un joueur joue une finale de Champions League ? Je n’en ai jamais joué en tant que joueur, jamais. Ce n'est pas le moment de parler individuellement de ce qu’a fait un joueur pendant une blessure, ou avant une blessure. C'est le moment de rester concentré et de préparer le match de demain, et les entraînements des deux prochaines semaines pour arriver à la finale de Champions League dans les meilleures conditions. C'est l'unique chose importante pour moi, et pour les joueurs. »
Je me permets de parler d'un joueur quand même. Lucas Chevalier n'a pas été appelé avec les Bleus. Quel regard vous portez sur sa situation et est-ce que vous souhaitez qu'il reste à Paris ?
« (Il ricane de la question à l’évocation du nom de Chevalier) Ha ha ha... (Il reprend son sérieux) Demain, ce sera un vrai test de ce qu'on aime et de ce que nous recherchons en tant qu'équipe. Si on a toujours montré que nous étions une vraie équipe, c'est parce que les situations individuelles n’ont jamais été plus importantes que la situation de l'équipe. Et en ce moment, il n'y a aucun sujet individuel plus important que la situation de l'équipe. (Il reste) deux matchs : un match pour préparer la finale de la Champions League - et ce sera demain - et la finale qui est notre objectif. Et on reste concentré sur ça. »
Pour cette préparation de finale que vous évoquiez, quel est l'objectif réellement ? Sur quoi allez-vous axer ce temps qui nous sépare de Budapest ? Et est-ce que vous arrivez en tant que favori à Budapest ?
« La première chose qu'il faut faire, c'est s'adapter au calendrier de cette année. Puisqu'on ne joue pas la finale de la Coupe de France, il faut préparer (différemment) les deux prochaines semaines. On aura le temps de faire des entraînements tactiques pour parler de la défense et de l'attaque. On va travailler ça. Et après, le seul objectif sera d’arriver en finale avec des joueurs dans les meilleures conditions physiques et techniques. Pour le reste, normalement en finale, il est impossible d'avoir un favori. Si on analyse chaque finale, normalement, il n'y a pas de favori. »
Vous venez de parler de l'importance de la concentration collective. Dans cette dernière ligne droite de la saison, qu’est-ce que vous préférez : garder les choses exactement comme elles sont ou faire des choses différemment ?
« Je profite des séances d'entraînement pour voir s'il y a un joueur qui est à 100%, qui ne joue pas mais qui est à 100% »
« Ça dépend. Ça dépend de ce dont l’équipe a besoin selon nous. Si l'équipe a besoin qu’on change les choses, on change tout. Ou si l'équipe a besoin de répéter les choses qu'elle fait bien… Ça dépend. Il n’y a pas une manière (unique) d'arriver à cette finale. Ça dépend des blessures, ça dépend de la condition de chaque joueur, ça dépend de ce que chaque joueur montre dans l'entraînement. Je suis toujours ouvert à mes joueurs à l'entraînement. Et je profite des séances d'entraînement pour voir s'il y a un joueur qui est à 100%, qui ne joue pas mais qui est à 100%. Pour moi, un entraînement, c'est comme un match. Et après, bien sûr que tu dois démontrer en match. Mais il n'y a pas un seul chemin pour arriver à la finale. Je suis toujours ouvert à changer ce que je pense qu'il faut changer. Mais changer pour changer, ce n'est pas l'objectif. Mais je suis ouvert à tout. Normalement, je n'ai aucun problème à changer les choses. Je ne remets pas les mêmes vêtements, je ne reproduis rien. Mon travail n'est pas le fruit du hasard. Ce sont des choses plus importantes que ça. Pour moi. »
Demain, vous allez affronter le Paris FC, pour le derby parisien. On connaît la proximité entre les deux stades. Vous allez emprunter quasiment la même rue, mais vous allez vous arrêter juste avant pour arriver à Jean-Bouin. Est-ce que ça vous est déjà arrivé dans votre carrière, en amateur ou professionnel, de jouer un derby aussi proche ? Et à quel point, justement, c'est spécial de jouer ce derby dans un stade collé au vôtre ?
« Je pense que c'est très spécial. Je me rappelle quand j'étais venu jouer contre le Paris Saint-Germain avec Barcelone. Je me demandais ce qu’était ce stade à côté. C'est spécial, mais c'est merveilleux pour nous. C'est différent. On est très content de jouer le dernier match à l'extérieur, mais (en restant) à Paris, à la maison. Et clairement, c'est un voyage de moins à faire. C'est spécial. Et pour les deux équipes (puisque) le Paris FC a montré sa capacité à rester en Ligue 1. C’est une chose positive je pense pour l'avenir de cette équipe et aussi pour nous, parce que c'est toujours spécial de jouer un derby. Il faut préparer le match, pour les deux équipes. C'est une opportunité, comme lors du dernier match contre Lens, de montrer notre niveau. Et un petit hommage, une fête pour montrer comment on peut jouer au football. Et après, la célébration...L’important, c’est de préparer la finale du 30 mai. »
Justement, sur la célébration que vous évoquiez, c'est assez inhabituel. Vous allez recevoir le titre avant l'échauffement. Une heure avant le match. De base, c'est souvent après le match, lors de la 38e journée. Quel est votre regard là-dessus ? Est-ce que vous trouvez ça normal ou pas ?
« Normalement, il y a toujours des problèmes. Peu importe quel pays, peu importe le championnat, quand tu dois célébrer, c'est toujours… Il y a des personnes qui sont un petit peu énervées, agacées. C'est comme ça. Voilà. J'ai déjà célébré le trophée de Champion de France il y a deux semaines. Pour moi, quelle que soit la célébration, nous sommes Champions et c'est le plus important. Le reste, et quel jour on nous donne le trophée… Moi, je ne suis pas préoccupé par ça. »
Cette saison en Ligue 1, sept de vos joueurs qui ont eu le plus de temps de jeu, ne sont pas dans le 11 titulaire en Ligue des champions. Est-ce que finalement, pour un entraîneur, c'est le fantasme absolu d'avoir une équipe en Ligue 1 et une équipe en Ligue des champions pour pouvoir performer correctement et aller au bout ?
« Ce n'était pas l’objectif d'être éliminé par le Paris FC mais à la fin, je pense que ça a été positif »
« Je pense que cette saison a été particulière pour ça. Je n’ai pas pu entraîner comme d'habitude aussi parce qu'il y a eu des moments où certains joueurs ne pouvaient pas avoir de turnover. Et ce n’était pas une question de gestion en termes de compétition plus difficile comme la Ligue des Champions ou de match plus difficile dans telle compétition ou pas.. Non, pas du tout. On a tout le temps eu beaucoup de joueurs blessés. Et ça a été très difficile pour ça. Mais en même temps, ça a montré le niveau de ceux qui ne jouent pas beaucoup de minutes. Et on a montré pendant toute la saison notre capacité à gérer les deux compétitions, (il se reprend) les trois compétitions. Malheureusement, on a été éliminés contre le Paris FC en Coupe de France. Ce n'était pas l’objectif mais à la fin, je pense que ça a été positif parce que pendant ces moments difficiles, on a eu une compétition de moins à jouer. »
Concernant le match de dimanche, y aura-t-il des places à gagner pour intégrer le 11 qui débutera face à Arsenal ou avez-vous déjà votre composition en tête ?
« Ce que nous cherchons à faire pour ces deux derniers matchs, et donc pour le match de demain, compte tenu du nombre important de joueurs qui ne peuvent pas encore jouer, c’est de conditionner le temps de jeu en minutes des joueurs à ce que l’on considère comme le plus important pour le 30 mai. C'est la condition la plus importante. Après, peu importe les joueurs, on aime être performant. C'est notre manière de voir les choses et on cherchera à gagner le match de demain avec la même ambition que lors du premier match de cette compétition. »
Je voulais faire un focus sur votre travail et le travail de votre staff. Vous avez démarré la saison sans véritable préparation. Pourtant, vous arrivez à chaque fois à aller au bout des compétitions, à disputer au moins les finales. Comment fait-on pour être compétitif sans préparation ?
« Va de serie. Comment dit-on va de serie [NDLR : “C’est inclus d’origine”] ? C'est génétique. C'est la génétique. Moi et les gens de mon staff, avons ce gène de la compétitivité, d'être toujours prêts pour la compétition, peu importe la compétition. Si tu viens à Gijon, où je passe l’été, et que tu me vois sur la plage, tu verras que même sur la plage, j’ai l’esprit de compétition. Quand je joue avec mes enfants, j’ai l’esprit de compétition. C'est génétique. Ce n'est pas un effort pour moi. Pour moi, et pour les gens qui travaillent avec moi. Pour Luis Campos, qui a aussi l’esprit de compétition. Incroyable. C'est de serie [d’origine] comme on dit en espagnol. Et je pense que c'est important de le savoir. Est-ce que je dois faire un effort supplémentaire pour motiver les joueurs ? Non. Je suis motivé de nature. Je pense que ça aide à préparer tous les matchs. Je suis prêt. Je me réveille prêt. Je n’ai aucun effort à faire pour ça. Peut-être pour d'autres choses, je dois faire beaucoup d'efforts. Mais pour ça, je suis prêt. »
En début de saison, vous aviez déclaré que la première Ligue des champions est toujours la plus compliquée à remporter pour un club. On est à deux semaines de la deuxième finale consécutive. Donc, comment vos joueurs abordent cette nouvelle finale par rapport au même moment l'année dernière ? Quelle différence dans l'état d'esprit vous constatez ?
« La première Champions League n’a pas de prix, elle restera dans l'histoire. Ça ne m’intéresse pas. L’important, c’est la deuxième. »
« C'est très positif et c'est beau de me rappeler cette déclaration. Je pense que la première a été incroyable, insuperable [incomparable], inoubliable. Mais en ce moment, c’est le gène de la compétitivité dont je parlais à l’instant qui prend le dessus. Je ne me rappelle pas de la première. La première, c'est de l'histoire (ancienne). Ça ne m'intéresse pas l'histoire. Ce qui m’intéresse, c’est de gagner la deuxième. C'est ça, marquer l'histoire. La première, peu importe. La première Champions League n’a pas de prix, elle restera dans l'histoire. Ça ne m’intéresse pas. L’important, c’est la deuxième, c’est celle que nous voulons gagner. Et si je suis honnête, et je cherche toujours à l’être, on n’a pas parlé en profondeur de la Champions League avec les joueurs, non. Il reste encore deux semaines. On a parlé de ce qui est important pour demain.
Demain, il faut montrer le type d'équipe que nous sommes. Et la meilleure manière de préparer la finale, c'est de jouer demain avec intensité. Et après, bien sûr qu'il y aura des moments pour parler, pour réfléchir à ce qu'on considère important pour préparer la finale. La finale, ce sera une question de petits détails, comme d'habitude. Comme ça l’a été contre Liverpool, Chelsea, Monaco, Bayern de Munich... Ce seront des détails importants, clés dans les matchs. Et quand on joue une finale de Champions League, il faut en premier lieu que chaque joueur valorise individuellement le bonheur que c’est de la jouer. Et quand tu réalises la chance que tu as de jouer une finale, le reste est toujours plus facile. »
En trois ans, vous êtes le premier à avoir gagné le titre de champion d'Europe. Vous êtes le premier aussi à vous qualifier en finale de la Champions League deux ans d'affilée. Vous parlez couramment français. Vous vous êtes adapté rapidement. Qu’avez-vous ressenti pour ce premier titre, quand vous avez soulevé le premier titre de champion d'Europe ? En tant que vous, en tant que personne, quel a été votre ressenti et quelles ont été vos premières pensées à cet instant ? Est-ce que vous pensez revivre ces mêmes émotions le 30 mai pour soulever peut-être votre deuxième titre de champion d'Europe ?
« Si je suis honnête, je ne me rappelle de rien. Parce que si tu penses au passé, tu es distrait. Et je ne veux pas être très distrait. Je suis pleinement convaincu qu'on peut gagner la deuxième Champions League. Et c'est ma motivation. Et c'est la motivation de l'équipe. Et c'est pour ça qu'on prépare le match de demain dans cette condition. Si tu restes concentré sur le passé, ou si tu restes concentré sur ce que tu aurais pu faire, tu peux être distrait. Et je ne veux aucun joueur distrait. Je veux que tout le monde soit prêt. Les supporters aussi. Je sais que les supporters sont là, parce qu'ils ont toujours été là. A tous les matchs, à domicile, à l'extérieur, peu importe le résultat, et on veut aussi être à leur hauteur. Et pour ça, il faut rester concentré sur les choses que l'on peut dominer. Et normalement, les choses qu'on peut contrôler, c'est le match de demain. C'est le match de demain avec les difficultés qu'on aura. Et rester concentré sur l'avenir, mais sur l’avenir proche, à savoir le match de demain. »